L’émotion : ravageuse de l’intellect …

L’émotion : ravageuse de l’intellect  …

Rabat - Interroger l’émotion que l’on a et s’étonner de celle que l’on n’a pas, que l’on s’efforce d’avoir et que l’on ne peut avoir est une pratique que les écoles devraient initier leurs disciples à faire d’une manière régulière et systématique. Si nous n’aimons pas qui on veut ni haïssons qui l’on veut c’est très probablement parce que la capacité de s’émouvoir se transmet et que, tels le langage et le patrimoine culturel, historique et social, les conditions dans lesquelles naissent les émotions, s’épanouissent, s’étouffent, se dégradent et meurent sont aussi acquises naturellement – certains diront par une aptitude innée.

La question est peut-on apprendre à contrôler la poussée de nos émotions, à en maîtriser  l’évolution et à les orienter ou est-on condamné à nous y soumettre toute notre vie. Peut-on en arrêter le processus hégémonique, nous en protéger et intervenir, comme on le ferait sur un matériel génétique, pour en corriger les déviations qui risqueraient de nous tirer dans des descentes aux enfer ou nous feraient commettre l’impardonnable …

Mais de quoi sont-elles donc faites nos émotions ? Pourquoi et à quoi s’émeut-on et que fait-il qu’on se laisse envahir et posséder par elles ? Nous supposerons que les émotions peuvent avoir une forte prise sur notre capacité de raisonner et de ne dire qu’une fois convaincus suite à un exercice méthodologique discipliné d’observation, d’analyse et d’évaluation. En d’autres termes, nous supposerons, comme d’autres, qu’il y a des catégories d’émotions qui peuvent nous précipiter dans des réactions et des expressions tant physiques que verbales irréfléchies … et qui feront le réflexe dominer la réflexion, la supplanter et nous faire relayer des propos, des jugements et des sentiments aliénants que nous ne comprenons pas mais que nous croyons fermement être les nôtres, voire, libérateurs et confirmant la représentation que nous nous faisons de notre identité et que des concurrents – imaginaires par ailleurs – s’ingénient à nous dérober et à y substituer une version diminuée et frelatée.

Ces catégories d’émotions finissent, sous l’effet de pressions internes, externes et exogènes par creuser des écarts entre les pans de la société qui ont été initiés ou acquis d’une manière ou d’une autre l’aptitude à reconnaître leurs émotions, à les analyser, à les canaliser et à les soumettre au contrôle de la raison, de la critique et de la connaissance et ceux qui ne l’ont pas été et qui succombent à leurs dictats et s’érigent en gardiens de valeurs qu’ils estiment sont menacées d’être subtilisées de leur temple – par ailleurs aussi de la pure création de leur imagination.

On voit l’étendue de l’ampleur du clivage chaque fois des événements tant locaux, régionaux, mondiaux que d’ordre d’apparence racial, ethnique ou confessionnel interpellent des positions et appellent à des décisions. À chaque fois, la rupture se confirme, le ton monte, les esprits s’aiguisent, les langues se déchaînent et les fonctions primaires de l’intelligence s’annulent. La lecture se résume ainsi à dissimuler et à confondre plutôt qu’à élucider et éclairer, à aguicher plutôt qu’à convaincre. La réaction émotionnelle devient le seul point de vue admissible et toute expression différente est assujétie à un acharnement calomnieux et à des campagnes de dénigrement, de diffamation, d’insultes et d’accusations de trahison à peine voilées visant à déshonorer les porteurs de la différence et à les disqualifier du débat.

Le vent en poupe, à cause des hostilités que subissent les consciences critiques intellectuelles, rationnelles, cognitives et empiriques, l’émotion aveuglante semble, pour le moment, l’emporter.

Depuis Descartes et en passant par Darwin et les premiers théoriciens de l’émotion à Cannon, Orians, Heerwagen, Ekman, Tobby, Cosmide, Meyers et les autres qui ont étudié l’émotion et en ont fait leur objet d’investigation, chacun par ses propres outils conceptuels, ses hypothèses et ses approches, l’émotion est considérée comme une force qui peut être fatale dans la mesure où elle peut occulter toutes les autres facultés … Et c’est ce qu’elle est en train de faire. Ses ravages ont atteint les communautés qu’on aurait pensé étaient les mieux immunisées … ceux qu’on s’ėtait habitué à appeler les intellectuels et qu’on a si souvent attrapé se réjouissant des malheurs des autres, d’aimer l’idée qu’une tempête, un ouragan, des inondations, un tremblement de terre ou une épidémie est une punition divine. Ceux là qui ne se cachent même plus pour prier pour l’extermination de peuples entiers pour la simple raison qu’ils ne partagent pas leurs choix confessionnels et pour qui les autres, tous les autres, sont des menaces donc devraient être des cibles légitimes …

À chaque culture ses adventices et à chaque moisson ses ravageurs … Heureusement que la lutte est toujours possible …  le plus intégrée elle est, le plus durables seront ses effets, le plus générale et totale elle est, le plus de protection elle assurera, le plus tôt elle est lancée, le plus efficace elle s’avère …

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