La mémoire dans les vapes …

La mémoire dans les vapes …

Rabat – Nos rêves nous les façonnons nous-mêmes. Il y en a dans lesquels on se plait et on voudrait ne jamais en sortir et d’autres dont on a envie de fuir au plus vite …  Il y en a qui s’offrent à nous, qui nous invitent et nous promettent de nous accommoder, de nous prendre en charge, de tout nous faciliter, de neutraliser nos faiblesses et nos incapacités, d’aplatir l’ensemble de nos problèmes et de nous investir de tous les pouvoirs sur nous mêmes, sur les intentions des autres et des nôtres sur notre environnement de vie … De tous, on se réveille pour nous retrouver seuls, à n’attendre rien ni personne, convaincus qu’on ne mérite même pas d’être attendu, la mémoire transformée en dépotoir d’insanités, de souvenirs d’une histoire frauduleuse, de récits d’événements qui n’ont jamais eu lieu et d’échecs qu’on refoule de honte de les dire ou quelqu’un ne les devine ou nous surprenne en train de les repasser en revue … C’est dans ceux-là que nous commençons à nous découvrir, à nous connaître et à nous initier … plutôt pousser l’imaginaire jusqu’à lui faire renouveler notre initiation dans l’espoir de pouvoir montrer patte blanche à nos enfants …

Imaginez donc et vous comprendrez cette difficulté que nous avons à nous relâcher, à regarder les gens droit dans les yeux, à leur faire confiance, à aller de l’avant et cette appréhension d’être abusé, rejeté ou pas apprécié à notre juste valeur – à propos, c’est quoi notre vraie valeur comment la faire et l’atteindre, comment devrions nous la jauger ? Vous comprendrez pourquoi nous avons si bien appris à jouer de notre propre patience et à déjouernotre impatience faisant les deux durer au delà de leurs seuils naturels de mutation en décisions et en actions … Et pourquoi nous nous sentons à l’aise ni dans des habits trop larges et bouffonsni dans des accoutrements serrés et trop étroits, que les premiers nous dissimulent et offrent de nous des silhouettes qui ne sont pas les nôtres, nous éjectent en dehors de nous-mêmes, les seconds nous découvrent, nous révèlent et nous étouffent jusqu’au fin fond de notre intérieur. Le regard témoin des autres nous terrorise … le nôtre nous paralyse … En tentant de nous défaire des deux, nous ne savons plus que reste de nous  …

L’initiation à la vraie vie doit-elle, donc, se faire toujours dans le doute, l’incertitude, la douleur, la peine, la trahison, l’isolement, la connaissance et le franchissement des interdits ou peut-elle se faire aussi dans l’oubli, le déni, le défi et l’inconscience ou est-ce simplement le passage d’un songe à un cauchemar, d’une illusion à une autre que nous créons pour nous y réfugier, le départ d’un monde connu et paisible pour un autre nocif et  subversif, de l’irresponsabilité aux poids des actes insidieux que les adultes entreprennent mais évitent d’en parler …

L’ombre trop lourde pèse sur notre lucidité. La mélancolie nous ronge. Elle nous mute dans un monde duquel, pourtant, nous parlions avec amertume et sans regrets, duquel nous disions qu’il fut sans précédent, le plus oppressant, le plus étouffant, le plus aliénant … Sans dénigrer ni personne ni son passé, l’obligation de nous y soumettre est la conséquence de nos multiples faiblesses … Faiblesse de notre capacité à nous reconnaître, à nous redėfinir, à nous imaginer une identité qui nous ferait plaisir et à y adhérer sans complexe, à prendre le dessus sur nous même et nous prendre en charge sans intermédiaire ni substitut, faiblesse de notre volonté de prendre le risque de nos responsabilités …

La tragédie est que nous avons fini par faire un transfert collectif sur un temps défunt que nous hissons en demi dieu qui détint le pouvoir de châtier – nous châtier, ôter la liberté – la nôtre, épier – nous épier de jour comme de nuit, récompenser – les siens et ses serviteurs, mais toujours dans le dédain et le mépris  … Par quel magique retour de manivelle parvint-il à nous habiter et à nous convaincre à l’habiteralors qu’il n’est plus des nôtres ? Est-ce depuis que personne ne nous parle comme seul lui savait le faire – pensons nous – depuis que personne ne tient plus tête aux intrus ni serre les rênes aux plus fougueux ni ramène -  au pas  – ceux que nous prenons maintenant pour égarés au bercail, ni à la raison ceux qui doutaient,ni possède le sens de la répartie qu’il faut … l’élégance, l’intelligence, le verbe, la fermeté qu’il faut … la main forte qu’il faut pour nous protéger … Hystérie collective …. souffle romantique … fuite en avant … peur du vide … cris au secours … un tiens vaut mieux que deux tu l’auras … démission ?

Les chantiers. Il y en de matériels et de physiques et il y en a d’immatériels et d’intangibles. Tout le monde en parle, s’alourdit sur comment en optimiser les rendements, les moraliser, les démocratiser, y faire tous participer, en égaliser la distribution des rendements, les évaluer, etc, mais il semble que personne ne sait comment ou ne veut vraiment que ça se fasse … . Jamais n’avions nous été aussi près de faire le rêve dont nos rêvions. Ce qui devait nous libérer, s’avère semble-il, de plus en plus capable de nous asservir, nous alourdir, nous ralentir et nous enfoncer dans de nouvelles peurs, limiter l’étendu de nos choix – pire encore, il nous enlève le risque et l’incertitude de nos attenteset nous prive ainsi de ce qui pouvait assaisonner nos options … et nous reverse dans les cauchemars que nous pensions avoir conquis et dissipés, dont nous pensions avoir mérité le droit de nous libérer au plus vite …

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