Il n’est plus aussi amusant de faire de la politique

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
Il n’est plus aussi amusant de faire de la politique

Rabat – La politique et ses différentes manifestations, les élections y compris, n’est plus qu’une série d’épisodes de téléréalités, des feuilletons fleuves pour lesquels aucun épilogue n’est prévu tant qu’ils font de l’audimat – entendre font vendre et perpétuer le système. Ils traversent les deux tours des présidentielles qui ne sont que des étapes où le suspens est poussé à l’extrême pour booster la mobilisation des consommateurs et ramener les brebis égarées aux rangs et les remettre au pas. Dans les plus grandes démocraties, la politique est ainsi réduite à ses instruments de com.

Les scénarios, par contre, naissent dans les noyaux qui font les indices flamber ou s’effondre dans les bourses et où convergent et se manipulent les rennes des places financières mondiales et des affaires qui pèsent et dont le poids est prépondérant dans le maintien de l’ordre, de la paix et de la stabilité. La production, elle, se fait ailleurs que dans l’enceinte des institutions dites politiques ; ces dernières n’étant en fait que les coulisses des scènes sur lesquels le jeu se fait. Le spectacle se déroule devant un parterre de figurants tous ventriloques conformément à des distributions de personnages qui sont, tour à tour, comédiens, danseurs, spectateurs, comparses, machinistes, techniciens de fortune, et nettoyeurs. Tout indique, cependant, que l’illusion va se confirmant avec la prise en main des scènes par des hologrammes là où l’humain ne peut pas ou ne veut pas être ou n’est plus indispensable. On ne se pose même plus la question de savoir si l’apparence n’est pas, au moins parfois, trompeuse …

La production est tellement brillante que personne ne peux s’offrir la gloire d’en rater un événement. Les points d’information, les combats de coqs, les commentaires et les commentaires des commentaires, les défilés des images et des contes ne se comptent pas et ne s’arrêtent pas. Toutes les scènes jouent la même pièce bien que tantôt avec des lignes reformulées et des vocabulaires ajustés, tantôt avec des décors retouchés et des looks remodelés, les masques laissent toujours entrevoir les traits des mêmes visages ternis par les feux des rampes et les voix usées à répondre à des listes de questions imperturbables.

Le temps réel n’importe plus depuis qu’il n’est plus dissociable des autres temps. En effet, le sens de la réalité se dissout dans la pression maintenue de l’annonce répétée répétée à ne pas en finir d’un entretien ou d’un débat longtemps avant l’échéance et sa reprise capitalisée longtemps après la performance augmentée de rappels, de comparaison, de pseudo analyses et analyses contradictoires, de dérisions, de caricatures, et de superpositions avec d’autres numérosde subterfuge.

Les repères se brouillent dès lors qu’un même texte est repris par le même comédien dans des épisodes à plusieurs tours d’intervalles et dans des contextes différents et dès lors que les mêmes lignes sont régurgitées par deux comparses dans des rôles supposés être à l’opposé l’un de l’autre, les ennemis l’une de l’autre.

Les masques tombent et les discours se rejoignent et se confondent, tout devient prévisible, le sort des enjeux est connu d’avance …. il n’est plus aussi amusant de faire ou de regarder faire la politique, ce n’est pas surprenant qu’elle ne passionne plus, que les duels n’emballent même plus les mordus tantles gladiateurs de service sont faux et les combats des formalités, un spectacle … sans saveur ni piquant …

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