Le financement et la croissance verte au Maroc

Le financement et la croissance verte au Maroc

Par Sofia Alami

Rabat – Les impacts du changement climatique obligent nos sociétés à réfléchir à leur adaptation au même rang que leur atténuation.  

Fermement engagé en faveur du climat, le Maroc a porté un grand nombre d’initiatives, notamment la politique marocaine de changement climatique, la Charte Nationale de l’Environnement et de Développement Durable, le Plan Maroc Vert, l’initiative AAA, la stratégie nationale de développement durable, le Plan d’Investissement Vert. Il a également lancé des projets structurants dans des domaines vitaux tels les énergies renouvelables, le tourisme et le transport. Par ailleurs  le Royaume du Maroc a été parmi les premiers pays à avoir présenté son INDC dans le cadre de la 21ème session de la Conférences des Parties tenue à Paris, ses INDC couvre, outre la dimension atténuation, le volet adaptation aux changements climatiques avec des ambitions de  réduction des émissions de gaz à effet de serre à hauteur de 32% à horizon 2030, moyennant une enveloppe globale estimée à 45 milliards de dollars américains.

Le succès de la mise en œuvre des engagements  du Maroc en faveur du développement durable est intimement lié à sa capacité de mobiliser les ressources nécessaires. Cela nécessite un appui international, mais aussi  une forte mobilisation de l’ensemble des acteurs de la société marocaine et  principalement, le secteur financier. Sans ce dernier, la transition vers une économie plus durable ne serait sans doute pas possible.

Au Maroc, comme partout ailleurs, la mise en place de politiques de lutte contre le changement climatique  se passe par des financements adaptés issus de sources publiques et privées, nationales et internationales :

Contexte International :

Dans le cadre de la  Convention Cadre des Nations Unies sur les changements Climatiques (CCNUCC), nombreux  fonds mondiaux sont dédiés à l’intervention climatique, à la fois pour le financement des mesures d’atténuation et d’adaptation. Il s’agit du Fonds pour les pays les moins avancés, du Fonds spécial pour les changements climatiques, du Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et ensuite du Fonds pour l’adaptation.

Il existe aussi d’autres instruments internationaux de financement qui ne relève pas directement du processus de la CCNUCC. On trouve d’une part ceux  qui contribuent au financement des mesures d’adaptation, notamment  le Programme pilote pour la résilience climatique, le Fonds pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et le Dispositif mondial de réduction des effets des catastrophes et de relèvement. Et d’autres part, on trouve ceux qui contribuent à l’atténuation tels que le Fonds pour les technologies propres, le Programme d’investissement pour la forêt, le Fonds carbone, le Fonds de partenariat pour la réduction des émissions de carbone forestier et le mécanisme REDD plus  de réduction des émissions causées par le déboisement et la dégradation des forêts dans les pays en développement. Le Fonds de partenariat et Financement de la lutte contre les changements climatiques

Contexte nationale :

L’Afrique est la région la plus vulnérable aux changements climatiques. En conséquence, le Maroc, est plus exposé aux conséquences du changement climatique, de ce fait il envisage un budget de 97 milliards de dhs, mais l’Etat Marocain ne financera que le tiers. A ce niveau, le secteur financier est appelé à jouer un rôle majeur notamment les établissements de crédit, les compagnies d’assurances et les intervenants au niveau du marché de capitaux :

Le secteur Bancaire Marocain : Ce secteur  a toujours soutenu et volontairement, les plans sectoriels du Royaume, par exemple : Le Maroc Vert ainsi que les géants chantiers des énergies renouvelables. Certaines banques ont même  développé des produits financiers spécifiques pour soutenir les entreprises engagées dans un processus de développement durable et d’efficacité énergétique.

Les Assurances : Depuis 2011, le secteur d’assurance Marocain a crée une assurance « multirisque climatique » permettant de garantir les investissements contre un ensemble de risques climatiques comme la sécheresse, l’excès d’eau, la grêle, le gel, le vent volant et autres. Le secteur vise à placer un montant de 6 milliards de dirhams dans des « actifs verts » dans un horizon de 5 ans.

Marché de capitaux : le marché marocain de capitaux  s’aligne sur la dynamique stratégique de développement durable à travers différentes mesures, tel que   la mobilisation de l’épargne à destination des investissements durables, favoriser l’émission de « Green Bond », accompagner les émetteurs faisant appel public à l’épargne pour qu’ils puissent intégrer, dans leur modèle de gouvernance, la dimension climatique et le développement durable.

Le recours à la fiscalité est envisagé à travers le principe de « pollueur- payeur ».

En outre, nombreux  fonds nationaux  ont été  créé afin de financer les interventions climatiques :

FEM (Fonds pour l’Environnement Mondial) : Atelier en 2003 et Dialogue national sur le FEM au Maroc (Marrakech 2006)

Forum MDP 2005 et Financement des projets de réchauffement climatique (Rabat 2012)

Création du FODEP (Fonds de dépollution) pour les industriels

Création du FDA (Fonds de Développement Agricole) pour les agriculteurs

Si la dynamique est la, les résultats sont t-il au rendez vous ?

Le Maroc est un pays en voie de développement, un pays dépendant en énergie, mais aussi, un pays très vulnérables aux changements climatiques. Cette situation  exige la mobilisation d’importantes ressources financières qui dépassent les capacités de financement au niveau national, cela fait du Maroc un pays fort dépendant en la matière.

L’exemple de cette dépendance pourrait être l’engagement du Maroc à réduire ses émissions de gaz à effet de serre à hauteur de 32% à horizon 2030. Seule une réduction de 13%  nécessite une enveloppe de 10 milliards de dollars, que le Maroc devra mobiliser par ses propres moyens. La réduction additionnelle de 19% nécessite quant à elle un budget de 35 milliards de dollars et est, cette fois ci, conditionnée par l’accès à de nouvelles sources de financement, notamment le Fonds Vert pour le Climat, et la conclusion d’un nouvel accord contraignant sous l’égide de la CCNUCC.

Nul ne peut nier  que le Maroc a bénéficié de  plusieurs millions de dollars pour accompagner son effort en énergies vertes, on peut citer  notamment un montant de  238 millions de dollars en 2014 pour accompagner la mise en place de la centrale solaire Noor, Or les fonds mondiaux sont insuffisants, dont l’accès est difficile, et parfois bloqués par les pays développés.

En effet, le  changement climatique coûte cher pour un pays tel que le Maroc. Certes un nombre croissant de responsables politiques ainsi que  des dirigeants du secteur privé s’engagent fermement à contribuer au financement de solutions mais  nous sommes, malheureusement, encore loin du compte. Du moins, pour l’instant.

Nous avons besoin de  politiques audacieuses et d’innovation sous des formes diverses : réforme des politiques étatique, marché attractifs de  obligations vertes,  avantages financiers pour les investissements verts, des financements publics innovants, et une mobilisation  de divers  parties prenantes : gouvernements, banques, assurances, fonds climatiques, investisseurs … il faut aussi renforcer la présence du Maroc sur la scène environnementale internationale à travers les différents types de coopération bilatéral et multilatéral, régionale et internationale.

La question des fonds a été laissée en suspens lors de l’accord de Paris.  A son tour, la COP 22 s’est achevée sans que la question des financements climatiques n’ait été tranchée, cette question très épineuse a été repoussée à 2018, espérons que le monde trouvera les réponses adéquates et fera le point sur sa feuille de route dédié au financement climatique signé à Marrakech.

Sofia Alami, Doctorante en Sciences de Gestion à Université Mohammed V - Agdal - Rabat.

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