La politique n’est-elle pas l’art des possibles ?!

Abdelkhalek Zyne
Ancien journaliste du quotidien L’Economiste et ancien rédacteur-en-chef de La Tribune du Maroc, Abdelkhalek est aussi lauréat d’un prix français prestigieux des jeunes écrivains.
La politique n’est-elle pas l’art des possibles ?!

Casablanca – Voici pourquoi Saâdeddine El Othmani a accepté l’USFP:
1-Parce que le PJD a remporté la première place aux élections du 7 octobre avec 125 sièges mais pas la majorité. Il est premier mais non majoritaire. Il est donc contraint de composer une coalition.
2-Pour composer cette coalition, le PJD devait prendre en considération plusieurs paramètres politiques officiels et officieux. Entre autres: le souhait de faire sortir l’USFP de l’opposition et de le réintégrer dans le jeu gouvernemental ne serait ce que de façon symbolique.
3-La restauration de l’USFP a commencé avec l’hommage rendu à Abderrahman El Youssoufi dont une rue porte son nom à Tanger. Le deuxième acte a été la désignation de Habib El Malki comme Président du Parlement. Et le troisième acte devait être le retour de l’USFP au gouvernement. Ces actes de restauration sonnent comme une réparation a posteriori de l’écartement d’El Youssoufi en 2002 du poste de Premier ministre alors que l’USFP s’était classée premier et son remplacement par un technocrate en la personne de Driss Jettou. Les militants socialistes avaient à l’epoque avalé leur langue et El Youssoufi s’était exilé. Beaucoup critiquent aujourd’hui l’écartement  » de Benkirane mais alors comment juger l’écartement d’El Youssoufi à l’époque sachant qu’il avait géré la transition inter-règnes? Le paysage politique a besoin d’un pôle progressiste qui porte la modernité et fasse le contrepoids avec les tenants de l’ordre conservateur. Le PAM n’a pas réussi à l’incarner en dépit des individualités qui le composent. L’USFP a en revanche la légitimité historique et politique pour porter cette nuance, encore faudrait-il revitaliser le parti.
4-Fin politicien et leader charismatique, Benkirane n’a pas décrypté les signaux en faveur de la restauration de l’USFP et s’est arc-bouté dans une position dogmatique d’autant que historiquement les relations entre le frère Benkirane et les camarades de la gauche USFPiste n’ont toujours pas été paisibles. Le point de blocage est idéologique et personnel car en réalité on demandait à Benkirane une concession à la marge et non au centre du dispositif gouvernemental. En d’autres termes, l’USFP ne représentait aucune menace.
5-Arrivé premier, il ne coûtait à rien à Benkirane d’être en phase avec l’air du temps et de proposer deux ou trois maroquins à l’USFP et de former son gouvernement dont il avait le leadership. De toute façon, le PPS a moins de sièges…si c’est juste une question de nombre de sièges. Le discours d’Oualidia et la fameuse phrase « Je ne suis pas Abdelillah si l’USFP entre au gouvernement » en dit long sur le blocage personnel de Benkirane vis à vis de l’USFP. 
 6-El Othmani vient de gagner sa première bataille. Il cédera 2 ou trois portefeuilles à l’USFP mais il garantit à son parti la primature et un 2 ème mandat gouvernemental. Le PJD n’a rien à gagner à être dans l’opposition. Ce sera un suicide et une erreur politique majeure. 
 7-La politique est l’art des possibles. Le Maroc a perdu pratiquement 6 mois dans les tractations gouvernementales. L’économie souffre, l’administration est au ralenti, tout est bloqué. Nous ne sommes ni l’Espagne ni la Belgique pour nous permettre un spectacle de 18 mois ou le luxe de refaire les élections.
Je félicite M. El Othmani pour son pragmatisme et je rends hommage à M. Benkirane. Et je dis : maintenant, au travail !

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