De la mystique des formes et des couleurs

Mustapha Saha
Sociologue, poète et artiste peintre, entre autres, Mustapha Saha se définit lui-même comme "ne courant aucun lièvre politique" et que seule "la gazelle culturelle l'intéresse"...
De la mystique des formes et des couleurs

               Avec l’artiste Fathya Tahiri. Crédit Photo: Elisabeth & Mustapha Saha

Paris – L’artiste Fathya Tahiri expose ses nouvelles créations à la Galerie 38 de Casablanca du 10 Février au 9 Mars 2017. Le sociologue Mustapha Saha jette un regard analytique sur son œuvre atypique.

L’œuvre protéiforme de Fathya Tahiri est un périple plastique incessant entre attraction tellurique et gravitation cosmique. Ses sculptures massives déconstruisent les anatomies conventionnelles, métamorphosent les corps  en nodosités tentaculaires, ramifient  les abîmes insondables aux matérialités  captives. Une œuvre paradoxale entre prouesse technique, finesse plastique  et luxuriance anamorphique, qui brise allégrement les cloisons artistiques.  L’allégorie rédemptrice des songes dissout la vraisemblance séductrice des mensonges.  L’informulable s’exprime dans l’énigmatique cumulation sémiotique. Les réalisations sont autant de gestations divines que la nature, effrayée par leur complexité rhizomique, renonce à  procréer depuis ses mésaventures jurassiques. L’arborescence intuitive des formes inédites désaliène la sensibilité perceptive des œillères éducatives.

La conscience malheureuse trouve son salut dans la sublimation matricielle

L’artiste révolutionne l’émotion esthétique en la replongeant dans sa source initiale. Ses arthropodes, poursuivis depuis la nuit du temps par la  malédiction symbolique, retrouvent leur somptueuse structure dans leur amplification physiologique, se transforment en imposantes architectures métaphoriques dans leur bénignité protectrice, surplombent l’échelle humaine de leur majesté paisible. Ses sirènes captent, dans la déchronologie médiumnique, l’éruption première des nymphes génitrices. Son bestiaire, remontant  le temps jusqu’au fond des âges,  invoque des créatures fantastiques jaillies de réminiscences irrépressibles. Chaque sculpture est une immersion sensitive dans la matière, une fluctuation prospective de morphologies extraordinaires,  une épreuve introspective dans les méandres imaginaires. La main modèle l’impossible dans un état extatique. La conscience malheureuse trouve son salut dans la sublimation matricielle. Le regard du spectateur s’intrigue de la perfection des rondeurs, des sensualités saisies dans leurs entrelacements indémêlables, des transfigurations extravagantes, des entités hybrides, des chimères mythologiques métissées de gorgones mauresques. Se démontrent par l’absurde la bipolarité magnétique, les vibrations  plutoniques, les résonances galactiques. L’œuvre balise la quête mystique. Les bijoux, émaillés de pierres ambrées du désert, cristallisent les minéraux dans leur lave fusionnelle, puisent l’or, l’argent, le cuivre dans leur quintessence originelle, transforment la parure en sculpture éternelle. Ainsi se façonne  le collier d’Isis l’immortelle.

La toile se travaille dans ses niches intérieures

De l’incandescente palette, refoulant inlassablement les stigmates du mal, surgit le cri primal.  L’impulsive inspiration, en expectative des lueurs vitales, entre menace d’extinction et miraculeuse réincarnation,  fraie son chemin dans les ténèbres. La peinture, ordonnatrice des intuitions gestuelles, captatrice des vibrations spirituelles, exploratrice des sinuosités conflictuelles, s’éclabousse d’artefacts planétaires. Se chevauchent,  dans les déflagrations chromatiques, les spectres fulminatoires et les figures jubilatoires. La toile se travaille dans ses niches intérieures. Les paysages et les saisons, les nitescences et  les floraisons, les broussailles  et les frondaisons,  les silhouettes brumeuses et leurs combinaisons, s’ébauchent dans les profondeurs. Le motif se constelle de récurrences connectives. Les éléments interagissent dans une nébuleuse centrifuge.  Les aimantations pigmentaires impulsent les palpitations organiques. Dans l’ambivalence de l’admissible et de l’inconcevable,  du plausible  et de l’indéchiffrable, de l’accessible  et de l’incommensurable, le foisonnement dissymétrique absorbe le subdivisible et l’imprévisible. S’intercepte parfois l’invisible dans les interstices de l’imprescriptible.

Plume et pinceau tressent les métaphores

La muse libératrice se perçoit comme  démon tortionnaire. Sortent fantômes taraudeurs de leurs tiroirs. Le dédale intime se reflète dans le miroir. Les visions nocturnes deviennent  fulgurances visuelles,  illuminations conceptuelles,  révélations rituelles. Plume et pinceau tressent les métaphores.  Le vertige des abysses entrevus fuse en cascades de phosphore. La tempête couve la catharsis consolatrice. S’expurge  passion dévastatrice. S’apaise tourmente fécondatrice. S’éloignent  nuées chagrines. Resurgissent floraisons purpurines, couleurs azurines, rêveries marines.

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