Que reprochent les américains aux musulmans?

Que reprochent les américains aux musulmans?

Rabat – Il y a un peu plus d’une décennie, il me vint de commettre deux livres sur les perceptions des musulmans et des arabes en occident en général et par les américains en particulier. Les derniers développements suivant la campagne électorale américaine et l’élection de D. Trump mais aussi les discours des candidats de droite et certains de la nouvelle gauche à la présidentielle française m’ont donnés une nouvelle matière à réflexion.

Le récit fondateur du stéréotype

J’ai lu et relu les discours et écouté et réécouté les débats et les entretiens de ces politiques pour en sortir l’image qu’ils se font – ou s’efforcent de rendre – du musulman et de sa religion. Nonobstant les précautions usuelles quant à la différence entre Islam et musulman d’une part, et islamisme, islam politique, radical et militant et terrorisme islamique, que les commentateurs prennent le soins d’exprimer avant de s’adonner à leur besogne, l’image qu’ils esquissent présente invariablement les mêmes traits et les mêmes contours.

Dans leur récit, le profil du musulman moyen se décline en quelques grandes constantes qui couvrent les convictions, les attitudes, les valeurs et les comportements tant dans le domaine privé que dans le champs public. Toutes sont évoquées pour conforter l’idée qu’un musulman est le mieux quand il est le plus loin car plus on le laissera se rapprocher, le plus de perturbations secoueront les équilibres sociaux et culturels et mettront en péril la stabilité émotionnelle des gens et lézarderont leurs carapaces idéologiques.

Les marqueurs du musulman

Dans cette image, les musulmans se reconnaissent à l’exclusivisme foncier qui motive leurs convictions, et à la violence qui caractérise leurs attitudes et leurs comportements. Leurs idées sont arrêtées et n’acceptent pas de marge de variation. Ce qu’ils croient et ce qu’ils pensent est la vérité absolue. Leurs choix doivent être la référence pour tous. Leur religion est la dernière possible et toutes avant elle sont soit frauduleuses soit ont été falsifiées. Quand l’un ou l’une d’entre eux est adepte d’une école de pensée, il décrète tous les autres des impies et les condamne à mort. Ils s’attaquent entre eux et continuent de s’entretuer pour des divergences d’idées datant de quatorze siècles. Chez eux, la passion et les excès le remportent sur la raison et la mesure.

Tels qu’ils sont présentés, ils n’ont, donc, aucune tolérance de la différence et du choix personnel et individuel. Les musulmans n’ont pas le droit de changer de religion. La conversion à une autre est pour eux une défection qui mérite la mort. Par ailleurs, toute personne qui n’observe pas les dispositions cultuelles est passible de punitions plus ou moins sévères et il incombe à l’État de veiller à ce que la puissance de la religion soit toujours au dessus de toute autre. Elle, seule, a autorité à organiser les relations et les comportements des individus et des groupes au sein de la société et de valider les institutions et en légitimer les compétences. L’État doit sévir pour assurer la continuité du culte et châtier tout manquement de l’observance de ses rituels.

De ce fait, le musulman est présenté comme un individu qui a toutes les justifications morales et légales d’opposer la violence au reste du monde qui refuse d’entendre son appel, de l’accepter et de se convertir ou de se soumettre dans l’humiliation. Le Jihad est ainsi présenté comme la responsabilité de l’État et l’obligation de l’individu musulmans, chaque fois qu’ils le peuvent, à opposer la violence aux autres, là où ils sont dans le monde, jusqu’à ce qu’ils se soumettent et jusqu’à ce qu’il n’y ait plus sur la terre que des soumis. D’où l’autre mission de l’État et de l’individu musulmans d’endoctriner les autres et les remettre sur le droit chemin et de les éduquer dans la culture de la haine des autres religions. Les autres sont des cochons et des singes et méritent les calamités naturelles et l’enfer.

La négation du choix

C’est cette idéologie qui permet aux promoteurs du terrorisme, d’une part, de revendiquer le soutien moral et de fait de tous les musulmans et de condamner ceux qui s’y opposent et, d’autre part, de cultiver la conviction que le monde entier devrait, tôt ou tard, se plier à leur pouvoir et reconnaître qu’ils sont supérieurs à tous les peuples. Le musulman est donc convaincu que nul n’est son égal, encore moins, mieux que lui. L’Occident se positionne ainsi comme une cible du musulman et se donne le droit de le rappeler à l’ordre et lui faire prendre le sens des choses.

Dans cette image, le musulman est un individu réfractaire à la réflection critique et aux approches rationnelles et scientifiques. Il n’admet pas le renouveau dans les méthodes de lecture et d’interprétation des textes fondateurs même quand celles-ci sont ancrées dans des avancées de la connaissance et des compétences cognitives et de l’intelligence de l’histoire. Il interdit à tous ceux qui ne partagent pas ses convictions et ses choix d’avoir des opinions relatives à son histoire telle qu’elle lui a été transmise par les anciens qu’ils vénèrent plus que sa propre raison. Il s’est inventé une histoire, feint d’y croire et cherche à en convaincre les autres et à la leur imposer.

Du déni des sciences humaines à celui des lumières

De même, et en conséquence, il arbore une rigidité totale vis-à-vis des évolutions sociales, culturelles, politiques et économiques. Il récuse les sciences de l’homme et les accuse de vouloir miner sa spécificité et son identité. Il rejette les techniques bancaires ainsi que les instruments et les produits financiers qu’il juge avec des données caduques. Il refuse – dans le discours – de faire des transactions commerciales et financières adossées à de l’intérêt ou à de l’assurance et s’ingénie à leur créer des avatars qu’il baptise islamique pour y plonger.

Il peut s’engager dans des rapports frauduleux, mensongers et hypocrites comme il peut trahir et ne pas tenir ses promesses et honorer ses engagements s’il juge que c’est dans l’intérêt de faire avancer ses projets d’hégémonie et de soumission des autres. Sa parole n’a donc que la valeur du principe religieux de Taqiya par lequel il s’autorise de duper et de tricher les autres pour aboutir à ses objectifs.

Pour enfoncer le clou davantage, le musulman est présenté comme ne pouvant être ni démocrate, ni laïc, ni respectueux des libertés individuelles ni reconnaître aux femmes de droits égaux à ceux dont il jouit. Sa religion l’en interdit. S’il ne peut pas séparer l’État de la religion, c’est que pour lui, il n’y a qu’un seul législateur, et c’est Dieu. L’opinion de l’individu n’a aucune valeur du moment où rien n’a été omis du livre saint qui est exhaustif et qui a des réponses à toutes les questions. S’il ne peut pas accéder aux demandes des femmes, c’est que leurs droits et leur statut sont explicités dans les textes fondateurs. Faire autrement serait commettre le pire, l’impardonnable, et échouer en enfer.

avantchristophecolombe

L’intégration impossible

Les musulmans trouvent donc difficile de s’adapter ou de s’intégrer dans des sociétés à culture démocratique dans lesquelles la législation est l’affaire des hommes et des femmes et que les décisions ne se prennent pas en référence à des textes sacrés et immuables mais à des documents conçus et rédigés par des hommes et des femmes et révisés par eux mêmes chaque fois qu’ils le jugent nécessaire. Ils ne s’intègrent pas aux cultures des sociétés hôtes qui les reçoivent et s’ouvrent à eux, même quand ils y sont en qualité de réfugiés et qu’ils ont fuit les affres que leur font souffrir leur propre coreligionnaires, et qu’ils jugent immorales et qu’ils s’efforcent à leur imposer leurs choix et leur faire changer leurs traditions et leurs religions. Ils se soulèvent, par exemple, contre les signes ostentatoires des relations homosexuelles, acceptées ou simplement tolérées dans certaines sociétés chez qui ils se réfugient. Pour eux, publique du moins, elle est l’acte le plus abominable, le trône de Dieu en tremble. En privé, il n’est un secret pour personne, elle est aussi présente chez eux que chez les autres.

La réduction

Une fois ce fond théorique bien mis en place, l’image simplifiée, réduite, standardisée et modélisée du musulman peut devenir plus homogène, crédible et plus facilement vendable. Il devient évident de dire que c’est parce qu’ils sont musulmans que les hommes imposent leur hégémonie sur les femmes et leur font vivre le calvaire de la ségrégation et de la discrimination.  C’est aussi parce qu’ils sont musulmans qu’ils donnent leurs filles en mariage à d’autres de l’âge de leurs grands pères et sans prendre leur avis. C’est aussi la raison pour laquelle ils commettent des crimes sur les femmes et leur trouvent des justifications et des prétextes. Ils devient aussi facile de comprendre comment et pourquoi ils humilient leurs épouses en leur faisant porter le voile total, en les enfermant et ne les autorisant pas de quitter seules le domicile conjugal et en en prenant d’autres. C’est aussi ainsi qu’ils peuvent battre leurs femmes, pour les éduquer, comme ils le réclament, les répudier à leur convenance sans qu’elles n’en soient informées parce qu’elles ont pris de l’âge, elles sont malades, ne peuvent plus porter d’enfants ou elles sont devenues pauvres. Plus d’étonnement qu’ils les tuent pour sauver leur honneur !

Les hommes, quelque soit leur degré de parenté avec une femme, peuvent l’enfermer et la démunir de sa liberté et de tous ses droits. Les mâles d’une fratrie peuvent faire subir à leurs sœurs, voire, à leur mère quand le père est absent ou souffre d’une incapacité leur pouvoir et leur autorité absolus. Ils peuvent les donner en mariage en dépit de leur volonté et en les privant de leurs parts d’héritage. Pas des moindres exactions qu’ils font aux femmes il y a la haineuse pratique de l’excision, la lapidation, l’exclusion de l’activité sociale, culturelle, politique et des responsabilités administratives et politiques.

Des stéréotypes ou le jeu du réel et du virtuel  

À la base du discours sur lequel l’image de l’islamiste radical, et donc du terroriste, est fabriquée en Occident et aux États Unis, il y a donc des présuppositions, des stéréotypes et des idées reçues de ce qu’est l’Islam et de ce que sont les musulmans. La perception du terroriste islamiste est une dérivé de celle du musulman ordinaire de tous les jours qui a été construite, à distance et dans le cadre d’agendas interposés, sur des bribes de récits, d’informations tronquées, de commentaires biaisés, d’opinions intéressées, et de mythes incertains.

En fait, la menace qui fait le plus peur n’est plus celle d’un terroriste qui viendrait se jeter sur un bus d’écolières ou se faire exploser dans un centre commercial. Si ce risque existe toujours, il est moins probable que ceux perpétrés par d’autres catégories socioéconomiques et politiques devenus partie intégrale de la vie quotidienne. Et ça, toutes les études sérieuses le montre sans équivoque. La vraie menace qui fait trembler est démographique, sociale et culturelle. Les musulmans sont une population en augmentation en nombre et coriace pour ce qui est son identité qu’elle définit, contrairement à la majorité des occidentaux, non seulement en termes de religion et d’histoire, mais plutôt en termes de résistance aux effets, perçus et ressentis, d’une guerre réelle, imaginaire ou virtuelle que leur livrent les autres depuis toujours.

L’islam contemporain est militant, il vit de la résistance, d’un combat pour la survie et de l’espoir de meilleurs jours de paix, de quiétude, de reconnaissance et de respect. Comme pour tous les combats de son genre, celui-ci peut prendre des formes multiples allant du soufisme le plus pacifique à la lutte armée en passant par toute la panoplie de l’expression politique, artistique et philosophique et de l’humanisme à sa négation.

Pas d’apologie, mais …

Pratiquement de toutes les composantes de l’image que donnent ces occidents de l’islam et des diverses catégories de musulmans, aucune n’est exclusive à cette religion et à ses adeptes. Il ne s’agit pas ici de faire une apologie, de juger ou de condamner, mais de relever un abus de confiance et un mécanisme de manipulation de la perception et donc de la pensée et de la connaissance de toute une génération et de tout un peuple. Qu’ils soient des leaders de l’opinion politique, des intellectuels, des politiques ou d’autres à qui les médias sont ouverts, ils trahissent celles et de ceux qui les ont investis de leur confiance en leur donnant une image distordue, fausse et incomplète d’une culture qu’ils ne connaissent pas, d’une religion qu’on leur a appris à détester, d’une civilisation qu’on les a chargé de dénigrer et de populations qu’on leur a dit qu’il valait mieux tenir à l’écart.  

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