Qu’en est-il vraiment de la tolérance et du pacifisme de notre culture ?

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
Qu’en est-il vraiment de la tolérance et du pacifisme de notre culture ?

Rabat – Plusieurs voix, et non des moindres, se sont élevées contre les marques de sympathie et les réactions douteuses et ambigües envers les actes de violence à caractère terroriste qui frappent le monde surtout depuis le forfait du onze septembre. En effet, quelque soient les rangs religieux, sociaux, raciaux et des nationalités au sein desquels les victimes sont prélevées, il y eut immanquablement parmi nos concitoyens des expressions de félicitation, de soutien et de joie.

La langue tranchante et rapide sur la gâchette est blessante, lourde de conséquences et malheureusement éloquente. Elle dit la tare et la misère intellectuelles, la haine et l’agressivité qui germent dans plusieurs tranches et catégories de notre société. La vraie question est ce que nous entendons et lisons ces derniers jours est-il une régression soudaine sévère ou n’est-il pas seulement l’effet de l’expression libérée après une longue répression d’attitudes et de convictions dormantes structurelles des mentalités et foncière de la culture. Ne serait-il, donc, pas possible que ces prises de position ne soient qu’une révélation tardive d’une réalité tragique que nous découvrons à notre grande surprise ? La réalité n’est-elle pas que la tolérance et l’ouverture d’esprit dont nous parlions ne furent seulement illusions et chimères.

La question, toutefois, n’est plus de savoir le pourquoi de ces réactions mais de comment la communauté continue de les tolérer et ne se mobilise pas pour mettre les assaillants devant leurs responsabilités. Si les arguments de manipulation idéologique, d’ignorance des réalités politiques et des motivations des agresseurs et des mécanismes qui les sous tendent sont connus de tous, ceux qui expliquent le silence trop long pour ne pas semer le doute de complicité tant de certaines autorités que des individus ne nous sont pas aussi évidents.

Le crime ne paye pas, les criminels doivent être traqués et mis hors d’état de nuire, l’apologie du terrorisme est à bannir, les citoyens doivent être protégés, l’ordre doit être assuré, et la paix préservée quel qu’en soit le prix sont autant de paroles qui commencent à être transformées en actes politiques et judiciaires. L’opposition aux dernières poursuites n’a pas tardé à se faire entendre et sentir, révèle-t-elle une complicité latente ou de fait ou est-elle simplement l’expression de passions qui ne cherchent qu’à être endiguées et qui ne trouvent preneurs que chez les terroristes?

Quelle que soit la formulation des questions et les réponses qu’on leur assignera, elles demeureront incomplètes, voire complices, si elles n’intègrent pas dans l’équation les impératifs de refonte des programmes scolaires, la réhabilitation de la pensée critique danser  les approches pédagogiques à tous les niveaux du système éducatif et la relecture critique des dogmes, doctrines et préceptes fondateurs de notre héritage culturel et de nos ambitions politiques.

 *  Les opinions exprimées sur les colonnes de Morocco World News Français sont strictement celles de leurs auteurs. Elles ne reflètent pas nécessairement celles de ce site ou de ses responsables. 

commentaires

© 2014, Morocco World News - Français

Retour en haut de la page