La guerre ne fait pas de cadeaux, pourquoi donc lui en faire?

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
La guerre ne fait pas de cadeaux, pourquoi donc lui en faire?

 

Rabat – Ces derniers mois, les jugements de la recrudescence de la violence des actes de guerre en Syrie suscitent des critiques, des protestations, de l’indignation et des condamnations de tous, y compris de ceux qui ont commis de pires. De toute évidence, il y en a parmi nous qui continuent de porter un regard romantique sur la guerre et des armées qui la font oubliant que pris dans des feux croisés, même un enfant de chœur se transforme en soldat qui doit tuer pour vivre.

Ces critiques ont tendance à occulter le fait que depuis la naissance de l’histoire, il y eut, dans les moments de défaite des armées et de leur débandade ainsi que ceux immédiatement suivant leurs victoires et dans les moments de leur gloire des dérapages, des abus, des violences et des actes ignobles de vengeance. Ce fut la règle. Ni grand général ou grande armée victorieuse, ni pitre meneur d’armée n’y ont échappé ni n’échapperont dans le futur. La clémence n’est pas une valeur des victorieux, la compassion envers les vaincus n’en n’est pas non plus. Les scripts de l’histoire peuvent raconter leurs histoires à qui veut les croire, mais le pardon et la magnanimité sont des mythes et ne font pas partie des vertus des militaires et des soldats.

Serait-il réaliste de s’attendre d’une armée en retraite de construire ou d’une qui avance de le faire sans détruire. Quelle est cette armée qui n’a pas brûlé quand elle devait battre en retraite et quelle autre a pris le temps de bâtir en poussant ses troupes au delà de ses frontières? Les guerriers ne sont pas des bâtisseurs, quand ils ne brûlent pas les ponts derrière eux, c’est pour éviter de butter contre la crue d’un fleuve dans le cas d’un repli ou pour mettre en place une embûche. Quand ils négocient ou acceptent une armistice, c’est quand ils ont le couteau sur la gorge, la leur ou celle de l’ennemi. La paix pour eux, c’est quand l’autre ne peut plus combattre, à genoux ou dix pieds sous terre. S’ils font des alliances, c’est pour mieux humilier le plus faible, le tirer dans une nouvelle embuscade, tirer plus du vaincu ou pour se soumettre à un plus fort pour avoir raison d’un plus puissant.

Oui, les armées des romains et d’autres envahisseurs ont bien construit des routes et des cités, mais ne furent-elles pas des citadelles en honneur de leurs comptoirs, des édifices pour leur assurer une meilleure pénétration, une exploitation plus totale des contrées assujetties à leur domination et un contrôle plus sûr des peuples asservis.

Oui, en effet, il y eut des armées de libération. Mais encore faut-il s’entendre sur qui prétend libérer qui de qui, de quoi, comment et à quel prix. Plusieurs guerres de libération se sont faites sur les cendres de civilisations et de populations qui ne comprenaient rien à ce qui leur arrivait. D’autres ont libéré certains de leurs dépendances et enfoncé d’autres dans le besoin, la peine et la souffrance. Il y en eut qui, pour émanciper des capitaux et capitaliser des moyens et des ressources, durent maintenir dans l’oppression et la pauvreté celles et ceux-là même qui les portèrent à la victoire et au pouvoir. Rarement, a-t-on vu des armées dans lesquelles les combattants des premières lignes et ceux qui les engagent, font leurs stratégies et décident pour elles sont les mêmes. De plus en plus rarement aussi, trouve-t-on parmi les combattants sur le sol des soldats qui connaissent exactement les raisons de la guerre qu’ils font ou qui savent pourquoi ils font ce qu’ils font ni pourquoi ils n’hésitent pas à commettre ce qu’ils auraient  condamné avec véhémence s’il leur était conté.

Pourquoi donc continuer de demander à la guerre d’être clémente, juste et ne pas faire autant de morts, de mutilés et de dégâts? Pourquoi, simplement, ne pas œuvrer à ne pas en arriver à la faire et à apprendre aux enfants à ne jamais accepter à se soumettre à quiconque leur demande de la faire et l’inviter à y aller lui-même ?

 

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