Que se dit-il donc dans toutes ces conférences : le cas des Medays 2016

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
Que se dit-il donc dans toutes ces conférences : le cas des Medays 2016

Tanger – Ces plateformes de discussion, de débats et d’échanges sont des évènements diplomatiques libérés des contraintes limitant les propos des chancelleries. Ce sont des espaces qui font le point des situations le plus complet et annoncent des perspectives encore officieuses pour qui sait lire le devenir des destinés communes. Ce sont aussi des moments d’ėvaluation, de confirmation et de remise en cause de comportements tant politique et économique que stratégique. Parce que le parterre des intervenants dans les différents panels sont des poids lourds de la politique, de l’économie et de l’industrie mondiales, des chefs de gouvernement et des ministres en exercice et anciens, d’ambassadeurs émérites, des chefs de grandes entreprises et des acteurs majeurs de l’économie, les échanges ne sont pas seulement pertinents, ancrés dans la complexité des réalités mais aussi et souvent incisifs et sans détours.

C’est ainsi qu’on se rend compte à quel point l’Afrique ne s’est jamais construite et qu’elle s’est perdue dans les projets de solutions que les anciens colonisateurs lui vendent chaque fois avec des noms différents allant de programmes dit plan de Lagos, traité de Abuja, plan NEPAD, et plus récemment l’agenda 2060 comme si l’Afrique peut prendre un autre demi siècle pour se relever et retrouver son chemin et quelques vingt ou trente autres années pour réhabiliter son éducation et former sa jeunesse alors que des millions de ses cadres les mieux formés sont drainés par les institutions universitaires, de recherche, financières et de service des anciens colonisateurs. Certains ont même proposé que l’Afrique n’existait pas encore!

Le cadre de référence des débats

L’Afrique et ses peuples a été assujettie pendant plusieurs siècles à des opérations de dépouillement et de destruction non seulement systématiques et structurées mais aussi soutenues par des idéologies les justifiant moralement, des armés, des administrations et des systèmes judiciaires leur assurant la suprématie et l’ascendance sur les populations endogènes. Par ailleurs, ce qui a été pendant longtemps pris pour de l’indépendance s’est avéré un simple changement d’approche et un transfert de la gestion directe apparente aux élites de l’Afrique. L’indépendance ayant été accordée pour assurer la continuité, sous des formes plus acceptables pour les populations autochtones de l’époque, et non la rupture du système colonial, elle a du mettre en place les mécanismes appropriés pour maintenir et protéger ses intérêts. C’est ainsi, par exemple, qu’un demi siècle après, les anciennes colonies commercent toujours en priorité avec leurs anciens colonisateurs qui continuent à prélever leurs matières premières et les envoyer se faire transformer et valoriser en métropole, que les peuples d’Afrique sont les plus vulnérables, les  plus pauvres, les moins scolarisés, les moins bien servis par leurs gouvernements en matière de santé, d’hygiène, d’urbanisation, de moyens de transport, d’électrification, d’accès à l’eau potable. C’est ainsi, aussi, que l’Afrique s’est le plus balkanisée et qui a le moins développé des liens commerciaux entre ses pays et qui n’a pas encore pu mettre en place des marchés communs et des groupes économiques régionaux opérationnels. C’est ainsi, aussi, que l’Afrique n’a pas pu imaginer, développer et mette en place de grands projets structurants communs en matière d’infrastructure, de finance et de mutualisation des moyens tant humains que matériels afin de sortir de l’individualisme des États et des tentatives de chacun d’émerger seul de son coin et d’opter pour des approches plus novatrices et viables de co-émergence.

Un diagnostic sans complaisance

C’est ainsi, par exemple, que les Medays de 2016 furent un espace dans lequel on pouvait dire que les gouvernement ne savent pas créer l’emploi et que seules des conditions socioéconomiques permettant le jeu de la concurrence, de la croissance et de développement durable et propre sauront désormais en créer. En d’autres termes, le secteur privé doit avoir les coudées franches, dans le cadre de politiques, de législations, de choix stratégiques et de perspectives au long termes clairs, applicables et appliqués pour qu’il soit possible de voir de l’emploi créés. Il est donc impératif d’inventer de nouvelles approches inclusives de mise en rapport, d’une part, les secteurs privés, les gouvernements tant nationaux que régionaux et locaux, et d’autre part les populations qui vont subir et jouir des politiques,

Le rôle des gouvernement serait donc limité à créer et garantir l’environnement dans lequel le capital pourra sortir de ses torpeurs et de sa frilosité et dans lequel le risque d’investir serait mieux maîtrisé. Pour que le capital puisse ce faire, il lui faut des marchés plus grands que ceux généralement promis à l’intérieur des frontières par des pays. Le capital, « par nature lâche », se sent plus en sécurité quand il peut se déployer en dehors des frontières nationales, d’abord chez les voisins les plus immédiats, puis dans un voisinage plus large, qu’on pourra appeler sous régional et régional qu’il utilisera comme un tremplin pour conquérir l’international. À dėfaut, le capital se replie, se terre, s’exile ou immigre clandestinement avec les conséquences que peut deviner facilement, à savoir, croissance réduire, développement handicapé, urbanisation anarchique, emploi non créé, exode de tous genres, fuite des cerveaux, difficultés sociales à caractère politique, etc.

Le vrai problème est apparement que tout ceci est connu de tous et que depuis des décennies déjà, tout le monde en parle dans des conférences nationales et internationales, mais que rien, ou presque rien, n’est fait pour mettre en place les politiques et les stratégies nécessaire pour pour résorber ces problèmes.

Des questions et des approches: les femmes et les jeunes

L’autre question qui pèse lourdement dans les débats de ces conférence est celle des femmes et de la jeunesse. En effet, quelque soit le thème discuté ou le problème à prendre en charge, politique, économique, social ou culturel, la femme et la jeunesse sont au centre à la fois comme éléments du problème et de sa solution. En agriculture, par exemple, surtout en Afrique, les femmes sont à l’origine de plus des deux tiers de la production et de la transformation initiale des récoltes mais ne profitent que très peu du retour de leurs travail et ne bénéficient presque pas de droit à la parole dans les processus de décisions politiques qui affectent leurs statuts et les maintiens dans leurs états de pauvreté et de vulnérabilité.

Quant aux jeunes, il a été dit que l’Afrique leur a dérober leurs rêves et les a destituer de leurs potentiels. Quand ont eu la chance d’être scolarisés et formés à de hauts niveaux, ils restent marginalisés et frappés de chômage en raison, d’une part, des systèmes éducatifs qui continuent à produire des profils à compétences obsolètes ou inappropriés, et d’autre part, de mentalités et de cultures pour lesquelles la valeur unique de l’éducation est dans des métiers que le marché de l’emploi ne peut plus absorber. Une étude a montré, par exemple, qu’un grand nombre de médecins et d’ingénieurs égyptiens, pratiquent la vente à la sauvette dans les rues des grandes métropoles nord américaines et européennes quand ils ne conduisent pas des taxis des leurs pays ou simplement vivent à la charge de leurs parents.

La question est donc complexe et les réponses n’ont pas toujours été de nature à y répondre. Les femmes souffrent d’une exclusion des filières (i) financières qui pourraient leur permettre de financer une amélioration de leurs moyens de production et de les approprier y compris les terres qu’elles cultivent, (ii) de formation pour acquérir de nouvelles connaissance et des technologies appropriées, (iii) commerciales et d’organisation qui leur permettraient de mieux commercialiser leur produits et éviter les pertes colossales dues aux intermédiaires, et (iv) de mutualisation de l’achat des actions et des intrants qui leur permettraient de baisser leurs coûts de production et la mise sur le marché de leurs produits.

Cette exclusion est donc structurelle et complexe. L’intégration des femmes dans les projets de développement nationaux, locaux et régionaux ne se fera que quand ces mécanismes d’exclusion seront démontés.

Quant à la jeunesse, le commencement devrait être la réhabilitation des relations entre les différents systèmes éducatifs et de formation, d’une part, et d’autre part, les puissances responsables de la l’économie réelle et de la production du travail et celles faisant la prospective. Cette réhabilitation n’aura de sens, toutefois, sans celle des attitudes envers les formations et les métiers qui seront disponibles et dont le marché de l’emploi aura besoin au moment où il en aura besoin. L’implication de la jeunesse dans le processus de production de la richesse aussi bien que de la décision politique, économique et environnemental aux niveaux national, régional et local est fondamental pour la mise en cohérence de l’offre d’éducation et celle de l’emploi.

Ce qui reste à faire

Beaucoup reste à faire surtout dans la situation actuelle où seul soixante pour cent des terres arables africaines sont cultivées et que plus de soixante pour cent des eaux mobilisables en Afrique sont capitalisées, que les richesses minières du continents sont encore exportées pour être traitées et transformées ailleurs, que plusieurs pays africains payent encore des dîmes contre l’indépendance que les colonisateurs leur ont consentis pour s’épargner des problèmes qu’ils ne pouvaient plus gérer, et que la quasi totalité des pays africains souffrent de déficits tragiques en matière de la puissance et des compétences et des savoirs faire nécessaires à la négociation avec les bailleurs de fonds, les institutions financières internationales et les groupes de pression étrangers et qui continuent, paradoxalement, à opposer aux représentants de ces organismes des négociateurs que, eux-mêmes, dépêchent et délèguent à ces pays. Le comble!

Les besoins son immenses et chacun pense bien les connaître et de les avoir identifié avec précision. Toutefois, toute tentative de lire ou d’explorer des études relatives à la question sera vaine, simplement parce qu’il n’existe pratiquement pas de travaux sérieux et crédibles dans le domaine. L’Afrique ne se connaît pas suffisamment, ne se parle suffisamment et n’a pas pu développer de stratégie de développement africaine.

Le périple actuel du Roi Mohammed VI du Maroc en Afrique est, peut-être, le premier effort de construire l’Afrique, non des axes, mais de restructuration autour de projets à l’échelle du continent et des ambitions d’une conciliation fondée sur la complémentarité économique et la mutualisation des ressources et inscrite dans la conscience et la conviction que l’Afrique ne peut compter que sur elle même, en ancrée dans le socle des cultures et des spécificités locales et dans la priorité de l’intérêt suprême des peuples d’Afrique remis au centre de toutes les actions politiques et économiques.

*  Les opinions exprimées sur les colonnes de Morocco World News Français sont strictement celles de leurs auteurs. Elles ne reflètent pas nécessairement celles de ce site ou de ses responsables. 

commentaires

© 2014, Morocco World News - Français

Retour en haut de la page