« The King of Belgians » ou le roi fantoche

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
« The King of Belgians » ou le roi fantoche

Marrakech – Un roi fantoche comme on ne peut en imaginer en dehors des contes pour enfants. Dépourvu de toutes prérogatives, aucune décision ne lui revenant, ne jouissant de point de liberté et ne pouvant guère prendre d’initiatives, le Roi des belges est atone, terne et languissant. Il s’ennuie et se lasse de la vie. On le fait attendre, on lui fait dire et faire des choses qu’il n’apprécie pas et on lui refuse les moindres avis sur les discours qu’il doit prononcer et qui doivent être validés par un Premier Ministre qui ne daigne même pas le recevoir et un service de protocole théoriquement à son service. On lui manque de respect mais il semble résigné. Accepte-t-il son sort ou couve-t-il des projets de dissidence protocolaire?

Lors d’une visite morne et sans aucun intérêt pour lui en Turquie, à Istanbul, deux événements l’un politique, l’autre cosmique vinrent bousculer sa torpeur et l’en faire sortir. La nouvelle lui parvint que la Wallonie a déclaré son autonomie mais qu’en raison d’un phénomène naturel, une tempête de soleil, les aéroports sont fermés et les avions ne peuvent pas décoller. Ses efforts de convaincre les autorités turques qu’il doit absolument partir furent vain. En outre, le trajet par terre est jugé trop périlleux aussi bien par les services de sécurité turques responsables de sa protection que par ses propres accompagnateurs. Le Roi ne comprenait pas ce qui était périlleux dans ce voyage alors que la simple mention des pays et des capitales des Balkans faisaient trembler les autres et grincer leurs dents.

Sentant que son heure est venue il décide de regagner son pays pour le réunifier coûté que coûte. Il arbore des attitudes que les responsables de son protocole de lui connaissaient pas. Contre l’avis et les mesures des services de sécurité turques qui tenaient à éviter des incidents diplomatiques avec la Belgique, il accepte la stratégie d’un producteur britannique qui l’accompagnait depuis un certain temps pour réaliser, sous la supervision et le contrôle d’une chargée de communication, un documentaire sur lui.

Périple à travers les Balkans

La stratégie consistait à tromper la vigilance de la sécurité turque en se dissimulant entre les danseuses et chanteuses d’une troupe hongroise en visite en Turquie. Aussi bien Le Roi et sa troupe se déguisent en danseuses, se maquillent et mettent des tenues exotiques. L’exploit est réussi et la perspicacité des polices des frontières turques est déjouée. Au grand dam de son chef du protocole et de sa chargée de communication, le Roi commence à faire des phrases complètes, voire à s’amuser et à prendre goût à la vie. Ses nouveaux conseillers sont dorénavant son habilleur et le producteur.

Le périple à travers les Balkans est aussi une émancipation du contrôle quasi total de ses faits et gestes, de chacun des mots qu’il doit prononcer en public et une libération totale de l’identité Royale qui est en fait une mascarade qu’on lui fait jouer et étouffe sa vrai personnalité. Il décide qu’il n’est plus satisfait d’être un simple passager et qu’il doit recouvrir et assumer son statut authentique de capitaine de verseau. Il redécouvre les petits plaisirs de cueillir des fruits d’un arbre, d’en ranger dans sa chemise retournée dans les bords et d’en croquer sans protocole, de s’assoir à même la terre. Il réapprend à rire, à boire avec des mis, à se soûler, à chanter, à écouter des blagues salées et s’en divertir, à courir pour fuir la police, à conduire un autobus. Il découvre le goût d’une marmelade qu’une femme l’invite à essayer sur le bout de son index. Il passe des frontières moyennant des pots de vin et en forçant des barrières de contrôle, le tout dans une bonne humeur relative qui rompt avec sa vie antérieure de Roi. Il fait l’expérience de la faim et du manque d’argent. Il fit la connaissance d’un ancien héros, mais aussi criminel de guerre dans les conflits des Balkans que le réalisateur l’accompagnant avait filmé commettant des actes inavouables et fit la fête avec lui. Le héros tragique, à qui son ami réalisateur avait menti sur l’identité du groupe les hébergea pour la nuit et se montra particulièrement généreux avec eux en reconnaissance de la non publication du documentaire le compromettant. Le lendemain, le chef du cabinet découvre qu’il avait oublié tous les passeports, y compris celui du Roi, dans le campement du héros. D’après le réalisateur qui connaissait bien son ami, c’était une raison suffisante pour qu’il ne leur mette pas les mains dessus. Il serait capable de tout. Il n’aime pas qu’on lui mente, surtout s’il avait entre les mains une proie qu’il pouvait monnayer pour une belle rançon. Non seulement avait-il la gâchette facile et rapide, mais son historique de sniper professionnel le rendait encore plus redoutable. Une fuite effrénée s’ensuit.

Prison d’Arménie

Le Roi connut même les cellules d’une prison en Arménie que son costumier converti en navigateur avait prise pour l’Italie quand il se trompa de cap et laissa le bateau échouer dans un petit port arménien. Pour les faire sortir clandestinement d’un pays devenu dangereux alors qu’ils n’avaient plus ni documents de voyage ni d’identité ni argent, le réalisateur leur avait acheté un bateau qui pouvait à peine flotter avec ce qu’il lui restait comme deniers. Les autorités locales étaient dans leur plein droit de ne pas croire les allégions de la compagnie que un tel était le Roi de Belgique, qu’un autre son chef de cabinet, l’autre son chargé de communication, l’autre son costumier et l’autre le réalisateur faisant un documentaire sur lui. Comment aurait-il pu être autrement : une bande d’étrangers sans passeports, sans le moindres sous, dans un pitre état et débarquant tôt le matin de l’adriatique dans un vieux bateau?

L’escapade se terminant en Arménie après moult appels téléphoniques et négociations, le Roi semble différent bien qu’il doit reprendre son rôle et le profil qui l’identifie. Il invite le réalisateur à ne pas publier son documentaire à l’instar de ce qu’il fit avec le héros criminel bon vivant. Après que le réalisateur acquiesça, le Roi changea d’avis et l’autorisa à le publier. Le réalisateur demanda si l’autorisation portait sur l’ensemble des images, le Roi dit oui. Et c’est comme cela que l’histoire du Roi des belges nous parvint à travers les séquences et les commentaires du réalisateur narrateur. C’est ainsi aussi que nous apprenons que le voyage n’est pas seulement un déplacement dans l’espace, mais aussi une confrontation de soi avec soi-même ainsi qu’avec les éléments de la nature et de la société des humains et qu’il est en fin de compte un processus de re-positionnement en leur sein, de ré-appropriation de sa destiné, de la résolution de ses conflits internes, de faire leur compte à ses démons et de la confirmation de qui l’on est et de qui on voudrait être.   

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