The Road to Mandalay ou les affres de l’immigration clandestine

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
The Road to Mandalay ou les affres de l’immigration clandestine

Marrakech – Le premier film de la brochette 2016 est « The Road to Mandalay « . Il s’ouvre sur plusieurs promesses et n’en tient aucune à l’exception peut-être de quelques réussites techniques à caractère académique. Très vite, le spectateur, bien que le déroulement des faits vient perturber ses facultés d’anticipation, devine toute l’histoire et est presque privé du plaisir d’être surpris. Le récit ne lui dissimule rien, lui révèle les clés de ses secrets. Ne le peut-il pas, ne sait-il peut le faire, ou ne veut-il pas le faire, on en est pas sûr, toutefois. Par ailleurs, quasi linéaire, le scénario laisse un certain ennui s’installer malgré une ou deux scènes de grande intensité.

Le jeune homme n’avait pas l’ambition de la jeune femme. Lui, il était satisfait de son travail de clandestin dans une usine de textile dans laquelle les ouvriers n’avaient aucune assurance, aucun droit et aucune parole. Elle, tenait absolument à se faire faire des papiers pour pouvoir avoir une meilleure vie et un meilleur travail et plus tard partir à Taïwan. « À Taïwan. Tu auras aussi à travailler » lui asséna le jeune homme, « pourquoi alors si tu dois continuer à. Faire la vaisselle … « . Malgré sa réticence, il la suit dans les périples de recherche de faux papiers et s’embarque dans un périlleux parcours jalonnés de pots de vin et de corruption. Le jeune homme s’éprend d’elle et s’attache à elle depuis que, allongé par terre, à même le sol à côté du lit qu’elle partageait avec sa sœur, elle avait interdit sa main de prendre la sienne.

Renonciation à la dignité 

Le premier document qu’on lui dėlivra s’avéra non avenu et ne pouvait lui donner les accès dont elle rêvait. Il lui avait coûté toutes ses économies. Décidée d’essayer à nouveau, elle céda à la pression et vendit son corps. Sur le champs, elle apprit que c’était aussi son âme et sa pureté qu’elle vendit. Dans le film, c’est un gros lézard qui sort du lit et la flanque contre la fenêtre pour lui prendre sa virginité dans le dégoût, la peur et la honte.

Contre cette toile de fond complexe faite d’un amalgame d’immigration clandestine, d’une lourde présence de la guerre en Birmanie, d’exploitation des sans papiers, de descentes nocturnes d’une police corrompue, des refus de demande d’emploi, la fraude et la corruption, la quête d’un meilleur ailleurs et d’une meilleure vie qui doivent passer par la renonciation à la dignité et à l’identité se greffe une histoire d’amour à sens unique qui se termine dans la tragédie. Le jeune homme, dont le rêve est de faire des petites économies et rentrer chez lui ouvrir une boutique et importer des marchandises de Chine imaginait déjà sa bien aimée avec sa nouvelle identité acquise partie. Rejeté et dans le désespoir de la conquérir et, peut-être aussi d’accepter le prix fort qu’elle consenti de payer, la drogue qu’il prenait aidant, quelque chose éclata en lui.

Exploitation affreuse des employeurs 

Seul la nuit, il se déchaîne contre son corps et contre son lieu et ses moyens de travail. Il tire et pousse des rouleaux que normalement deux ou trois hommes manipulent, s’attaque au four de l’usine, dont il ouvre la porte et y jette dans un crescendo de violence tout ce qu’il trouve comme pour attiser ses flammes et sa chaleur. Au bout de cet état, l’haleine courte, coupée et, il grimpe les échelles de secours et s’introduit chez la jeune femme alors dans un profond sommeil, se jette sur elle, la regarde intensément la respiration haletante et lourde, elle se se rėveille, se débat, il l’étouffe et la poignarde. Il s’écroule par terre, essoufflé, et d’un geste éclair et sûr, se tranche la jugulaire, le sang éclabousse le tableau du Bouda pendu sur le mur qui regardait toute la scène.

La fuite des affres de la guerre, les douleurs de l’immigration clandestines, les supplices d’un système administratif et policier rétrograde et corrompu, l’exploitation affreuse des employeurs – grands et petits, tous s’avèrent incompatibles avec le rêve d’une jeune femme en quête d’un peu de liberté, d’autonomie et aussi de moyens d’aider sa mère et sa fratrie restées dans un pays en guerre. Le calme de la rivière sur laquelle la jeune femme fit sa première apparition n’en fut pas authentique, on pouvait voir qu’il annonçait le tumulte et la perversité dans lesquelles elle fait sa révérence.

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