Le glas sonne pour la classe politique marocaine

Mohamed Chtatou
Dr Mohamed Chtatou est professeur universitaire à Rabat en sciences de l’éducation. Il enseigne aussi l’anthropologie culturelle (culture et histoire amazighes) à AMIDEAST et la communication et l’interprétariat à l’Institute for Leadership and ...
Le glas sonne pour la classe politique marocaine

Rixe au Parlement… Crédit Photo: WLB

Rabat – Le tremblement de terre émotionnel qu’a connu le Maroc le 30 octobre 2016 à la suite du décès de Mohcine Fikri est, sans aucun doute, très dangereux pour les jours à venir. La classe politique et l’establishment doivent en tirer immédiatement les leçons qui s’imposent pour l’avenir, et il faut le dire l’avenir est très sombre et l’ « exception marocaine » est en grand danger de mort.

Au Maroc aujourd’hui, il y a deux classes distinctes : la classe gouvernante, qui est faite de politiques, industriels, argentiers, rentiers, bourgeoisie, etc., riches comme crésus et le peuple qui comprend des fonctionnaires endettés jusqu’à l’os et des démunis qui vivent du jour au jour. Pour rappel, la classe moyenne qui sert d’ « absorbeur de chocs » entre les riches et les pauvres, a disparue il y a fort longtemps.

Le PJD, un « paracétamol » qui ne calme plus les douleurs

En 2011, au fort du Printemps arabe, le roi, en bon et loyal pompier, proposa au peuple marocain une constitution-relais pour une monarchie constitutionnelle future. Cette constitution ouvra la porte grande pour l’arrivé des Islamistes au pouvoir, ce qui fut le cas en grande pompe.

Pendant 5 ans, de 2011 jusqu’à 2016, les Islamistes « paracétamols » calmèrent les multiples douleurs de la société marocaine sans avoir réussi aucunement à diagnostiquer le mal. Pour justifier leur impuissance à résoudre les grands problèmes et maux, à l’approche des échéances d’octobre 2016, ils évoquèrent le concept de ta7akkoum, qui, en des termes clairs, veux dire que les grandes décisions restent entre les mains du shadow cabinet royal, pour ne pas dire les mains du souverain.

Les Islamistes voulaient se dédouaner craignant le backclash du peuple. Il vrai que certaines décisions peuvent être influencées par l’entourage royal mais c’est minimal. Toutefois, à la stupeur de beaucoup, ils furent réélus avec plus de sièges au parlement, sur un agenda purement religieux et non économique.

Le mal viscéral du peuple c’est le chômage et la hogra

Durant leurs nombrables campagnes électorales, le PJD et le reste des partis font des promesses creuses au petit peuple de lui fournir l’emploi synonyme de dignité. Généralement tous les partis politiques marocains font des promesses sans se baser sur des études scientifiques préalables. En clair, les partis politiques marocains n’ont point de programme économique ou autre et ne peuvent aucunement créer les emplois tant souhaités par le petit peuple pour survivre dans un système économique libéral sauvage et inhumain. Ils ont de la littérature politique qu’ils mettent à jour à l’approche des échéances électorales, d’où leur échec populaire strident.

Déçu, depuis plusieurs lunes, de la performance des partis politiques marocains, le peuple ne daigne même pas voter : 7 octobre 2016 : 57% d’abstention. L’abstention, toutefois, n’arrange en aucun cas les doléances sempiternelles du peuple marocain qui souffre et souffre en silence de la hogra.

AKP, parti d’experts, PJD, parti de prédicateurs

En Turquie, les Islamistes de l’AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi) , depuis leur arrivé au pouvoir en 2002 ont accompli un miracle économique sans précédent dans l’histoire du pays.

Le succès de l’AKP est du au fait que le parti c’est ouvert sur toutes les couches de la société turque, islamistes ou séculaires, ou autre ; et a pu, ainsi, constituer un grand réservoir d’experts qu’il a mis a l’œuvre et à contribution pour le bien du pays toutes classes confondues.

Conséquemment, tout le peuple s’identifie avec ce grand parti qui veut le bien de la Turquie moderne, y compris l’opposition. La preuve en est que la nuit du coup d’état avorté du 15 juillet 2016, le peuple est sorti dans la rue pour barrer la route aux mutins sans peur, sans oublier, pour autant, que l’opposition a condamné sans réserve les putschistes.

Au Maroc, les islamistes du PJD s’adossent surtout sur le mouvement religieux le MUR (Mouvement de l’unicité et la réforme) pour son identité politique. Comme tous les partis politiques arabes, il reste un ensemble tribal et patriarcal. En un mot c’est une sorte de confrérie religieuse qui n’accepte personne de l’extérieur de peur d’avoir à partager le gâteau du pouvoir.

Le PJD, reste un parti de prédicateurs fermé sur lui-même, comme tous les autres partis traditionnels ou administratifs qui sont en train de passer à la trappe inexorablement. Si le parti ne s’ouvre pas sur le peuple, de toute urgence, et ne constitue pas des think tanks pour articuler un programme économique digne de ce nom. Ce parti lui aussi disparaitra un jour proche s’il ne fait pas sa mue très prochainement.

La révolte des Farrachas

Pour fuir l’oisiveté, mère de tous les vices, la jeunesse marocaine, surtout des millennials (ceux nés avant et après le troisième millénium), face à l’impuissance des politiques à créer des emplois, a passé à l’informel, au nom de la dignité humaine. Ainsi, dans toutes les villes  du royaume, les jeunes chômeurs s’adonnent au travail informel en tant que farrachas. Malheureusement, ces jeunes sont quotidiennement molestés par les forces de l’ordre ainsi que les fonctionnaires véreux des municipalités.

Le tremblement de terre d’Alhoceima du 30 octobre 2016 n’est qu’un avant-goût. Le prochain gouvernement doit trouver une solution à l’emploi informel d’urgence au lieu de passer son temps à palabrer, car le prochain soulèvement sera, sans doute, un tsunami qui balayera tout sur son passage.

Le PJD s’est désolidarisé avec les masses populaires sorties pour crier leur dégout et ras-le-bol et a invoqué l’ennemi externe, dans la bonne tradition arabe de la fameuse Theory of Conspiracy, et cela, sans aucun doute, va lui couter très cher dans l’avenir.

A  bon entendeur salut.

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