L’Europe a mal, très mal

Mohamed Chtatou
Dr Mohamed Chtatou est professeur universitaire à Rabat en sciences de l’éducation. Il enseigne aussi l’anthropologie culturelle (culture et histoire amazighes) à AMIDEAST et la communication et l’interprétariat à l’Institute for Leadership and ...
L’Europe a mal, très mal
Crédit Photo: Polemia
 

Rabat – Depuis l’avènement du Brexit qui a précipité le départ du Royaume Uni de l’Union Européenne, l’Europe a très mal. Elle ne se sent pas bien dans sa peau et a beaucoup de doutes sur son identité communautaire et son existence en tant qu’entité politique fédérale. Il va sans le dire qu’elle se pose beaucoup de questions existentielles aujourd’hui.

Le couple France-Allemagne ont essayé de minimiser le départ catastrophique du Royaume Uni, mais n’empêche le mal est fait. En dehors des officiels, beaucoup d’experts ont des doutes sur l’Europe fédérale tant souhaitée depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Certains pensent qu’il faut sortir de la monnaie unique l’Euro, d’autres encouragent le retour à l’état souverain et la fin de Schengen pour des raisons purement sécuritaires.

La deuxième guerre mondiale a montré bel et bien que le pays européens en tant qu’entités dispersées ont été incapables de faire face à l’Allemagne nazie et sans l’intervention massive et conséquente des Etats Unis, l’Europe aurait été phagocytée par Hitler.

Il ne faut pas oublié aussi qu’à la fin de la guerre sans l’intervention économique de l’Oncle Sam par le biais du Plan Marshall, l’Europe n’aurait pas pu décoller économiquement toute seule. La leçon apprise par les Européens de cette guerre et ses conséquences est qu’il faut être fort pour faire faces aux dangers potentiels. Depuis, les états européens, bien qu’ils sont toujours sous le parapluie nucléaire américain, ont fais beaucoup de chemin dans le projet d’une Europe Unie. Ils ont construits une Europe fédérale  ou les pays ont gardé leur souveraineté intacte : une contradiction en soi qui est pour beaucoup dans la déconfiture actuelle du rêve unitaire.

Fédéralisme européen absurde

En quelque sorte le Royaume uni a toujours été la mauvaise conscience de l’Europe et aujourd’hui c’est le pays qui sonne le glas de cette union. En réalité, le Royaume Uni était toujours un pays insulaire qui suit plus les Etats Unis, pour des raisons d’affinités culturelles et linguistiques, que l’Europe. Il y avait un temps ou les gauchistes britanniques soutenaient avec fermeté que leur pays n’était ni plus ni moins qu’un porte-avions américain, sans souveraineté aucune.

Pourquoi l’Europe bascule-t-elle aujourd’hui ? En réalité on peut recenser plusieurs facteurs inhérents, mais trois sont essentiels.

D’un coté le fédéralisme européen est absurde, Bruxelles est une coque vide sur le plan constitutionnel, la souveraineté des pays individuels réduit son efficacité grandement. Il parait que les Européens veulent le beurre et l’argent du beurre. Ils veulent une Europe unie sans pouvoir central fort, sans armée unique et sans politique étrangère unique. En quelque sorte le fédéralisme européen est une copie très pale du fédéralisme américain qui montré ses preuves.

Depuis deux décennies l’Europe a été le théâtre d’actes terroristes sanglants commandités  par al-Qaeda, il y a un temps de cela et aujourd’hui Daech. Les actes condamnables de ces centrales terroristes ont montré clairement le manque de concertation entre les services de renseignements pour ne pas dire leur limite et incompétence à faire face à un danger sans forme réelle. Le terrorisme a frappé avec aisance toutes les capitales européennes sans exception. Est-ce le résultat de la perméabilité des frontières européennes ou la faiblesse du renseignement et des forces de l’ordre ?

 Xénophobie devient racisme

Les Européens ont peur, très peur dans leur quotidien. Dans plusieurs cas cette peur se transforme en xénophobie et racisme vis-à-vis des populations musulmanes immigrées, le résultat immédiat est la montée de l’Islamophobie en Europe.

Le troisième facteur est indéniablement le danger grandissant de l’immigration, issue de deux facteurs essentiels dans le sud : les dictatures et la pauvreté, sans oublier pour autant, les guerres civiles. Ainsi, les migrants sont soi des individus attirés par l’Eldorado européen ou des réfugiés politiques fuyants les multitudes de guerres civiles dans leurs pays, comme c’est le cas pour la Syrie.

L’Europe a tres peur de l’immigration massive. Elle a peur pour des raisons économiques, sécuritaires et culturelles. La population est en train de désavouer les politiques sur ce dossier. Ainsi le parti de la chancelière allemande Merkel est en train de subir le contrecoup sur le plan électoral pour avoir ouvert la porte aux réfugiés syriens pour des raisons purement humanitaires. En réaction, le Président Français Hollande prône une Europe resserrée et à cette fin il a préparé une feuille de route pour  « donner une nouvelle impulsion » au projet européen qu’il a présenté au sommet post-Brexit de Bratislava du 16 septembre 2016.

Le sommet informel de Bratislava va-t-il sauver l’Europe de la noyade ou continuer à proposer des réformes qui calment les douleurs mais n’extirpent point le mal ?

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