Des obsèques et des obsèques …

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
Des obsèques et des obsèques …

Mahmoud Abbas en larmes aux funérailles de Shimon Pérès

Rabat – On aura vu les représentants du peuple palestinien pleurer la mort d’un ancien ennemi qui se dédouana de ses actes criminels contre eux et contre les leurs, au moins aux yeux de la « communauté internationale »* et sur le papier, en leur proposant une paix qui ne s’en avéra pas une. Plusieurs en doutaient, le savaient déjà et se soulevèrent, avant même Oslo et Camp David. Le projet n’était pas raisonnable, pouvaient-ils deviner. Il ne tint pas la route. À chacun ses perspectives et ses logiques, nous dira-t-on. Certes, mais permettons aux autres d’en avoir les leurs aussi …

Mais de là à ce que la pression des intérêts stratégiques soit telle qu’elle justifie des sanglots dans les bras d’une proche parente de leur bourreau, même repenti, demeurera un mystère pour les proches des victimes des attentats, des attaques, des violences et des guerres que le mort orchestrait avant et après la signature de la paix. Pour d’autres, guère de mystère, elles croient y voir la confirmation de leurs anticipations. Normalisation, même partielle ou sectorielle, équivaut à soumission totale.

A larmes égales ?

Les sentiments ne se décrètent pas, les ennemis d’hier peuvent se lier d’amitiés aujourd’hui – voire devenir des associés, des clients ou des fournisseurs, l’émotion peut envahir devant la mort, même d’une bête, d’un chien, tout ceci est vrai. L’on se demanderait alors, s’il n’y eut pas de sanglots, ou des larmes chaque fois qu’un palestinien se faisait tuer – peu importe comment – par les snipers, les armes, les soldats et les colons sous le contrôle du mort en instance d’être mis sous terre et de ses acolytes. L’on se demanderait aussi si les mêmes larmes se seraient vues aux obsèques d’une fillette ou d’un jeune homme qu’on a retiré de sous les décombres d’un hôpital ou déchiqueté par les bombes et l’aviation dont on ne sait plus ni les nationalités, ni les motivations ni les raisons de tuer en Syrie et de mettre à plat tout un pays. Et pourtant, la crème de la crème, ou n’est-ce que l’écume, des responsables de la communauté internationale en sont non seulement les témoins oculaires mais les décideurs, les donneurs d’ordre, les acteurs et les livreurs. Ils ne s’en cachent pas, ils trouvent le moyens de s’enorgueillir et de s’en flatter. Ils ne prennent plus la peine de faire leurs condoléances, encore moins d’assister à leurs obsèques. Il faut dire qu’il y en a trop chaque jour et qu’ils sont occupés à coordonner leurs actions pour la reconstruction après la paix …

La paix réelle et durable s’éloigne

Il est aussi vrai que la paix ne se fait qu’avec des ennemis, et qu’une fois faite, l’histoire doit reprendre son cours dans la sérénité et l’espoir. Il est vrai aussi que la condition pour la paix de durer et d’avoir un sens, le pardon doit présider à ses différentes étapes. Mais exiger l’oubli est aussi criminel, peut-être plus, que le crime à oublier. C’est ce qu’on nous apprend et qu’on nous répète depuis quarante cinq. Ne nous apprend-t-on pas que le déni de la violence et de l’injustice des hommes et de l’histoire est assimilable aux crimes les plus honteux et les plus inhumains contre l’humanité et devrait, par là même, être passible aux mêmes sanctions?

Affliger aux palestiniennes et aux palestiniens ainsi qu’à celles et à ceux qui portent leur cause dans leurs cœurs les sanglots, les larmes et le flux des émotions de leurs dirigeants et de leurs représentants aux obsèques d’un ennemi, même s’il fit des efforts de faire oublier ses crimes contre leur terre, leurs droits historiques et leurs vies, est une cause supplémentaire d’attiser les sentiments contraires, de creuser davantage les fossés les peuples et leurs gouvernants et d’éloigner des vrais possibilités de la paix réelle et durable.

Les autres peuvent oublier ou feindre d’oublier, surtout les complices, mais pas les victimes, ce serait trop leur demander …

 

* Avec tout le respect que nous avons pour les lectrices et les lectures et à leur intelligence, nous les prions de nous laisser faire la remarque suivante: par « communauté internationale », seuls les plus puissants et les plus pesants sur les décisions économiques, financières et militaires mondiales sont visés. On pourrait ajouter à ce groupe, ceux qui s’y sont soumis ou qu’ils ont pu soumettre à leur hégémonie. Il ne faut surtout pas confondre avec l’ensemble des pays où des peuples du monde….

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