Evaluation par observation directe de la campagne électorale courante

Evaluation par observation directe de la campagne électorale courante

Crédit Photo: Quid

RabatLes journaux en parlent, les sites web, les blogs et les médias dits sociaux ne s’en privent pas non plus. Sur le papier et la toile, les enjeux sont grands, les engagements et la mobilisation le sont à leur mesure. À en juger, on dirait qu’il n’y a plus personne qui ne soit impliqué d’une manière ou d’une autre et à un niveau ou un autre dans la campagne électorale. Les rapports des meetings réussis ainsi que des ratés abondent dans les analyses, les justifications et les pronostics. Pourtant, mêmes les adversaires les plus avertis semblent s’y être faits. Les jeux seraient faits et les gagnants sont donnés dans l’ordre. Dès lors, la course n’attire plus. Seuls celles et ceux pour qui compte de sauver les apparences et que le spectacle continue alignent encore des concurrents.

La passion n’y est plus. Sans conviction apparente ou sans la capacité de la faire voir et de la communiquer, des groupuscules hésitent de déposer dans des boîtes aux lettres, de glisser sous les portes fermées ou de remettre à des passants les prospectus et la littérature des partis qu’ils servent. De peur d’avoir à répondre aux questions des citoyens, les distributeurs évitent les foules et de se faire attraper la documentation électorale entre les mains. Deux jeunes personnes, qu’on prit pour des avant coureurs d’un concurrent parti favori, qui devaient se reposer dans un café, se faufilèrent et nous dirent qu’ils n’étaient que des accompagnants laissés derrière. D’autres, ailleurs, qui criaient réclamant leur lot de poupées de Derb Omar, se prenaient plus pour des festivaliers, des fêtards que des militants et la campagne pour une kermesse où ne manquent ni grillades, ni boissons, ni bonne humeur.

Les effets du désappointement

Dans les rues, on n’assiste pas aux attroupements partisans, aux débats sous les lampadaires et aux lectures collectives des journaux dans les cafés auxquels les campagnes électorales précédentes nous avaient habituées. On ne dirait pas que la nation se prépare à faire des choix cruciaux pour son avenir dans quelques jours. La nonchalance affichée et assumée est celle d’une destiné conclue et scellée que seule une mutinerie pourrait remettre en question.

« À quoi servirait ma voix, à quoi a-t-elle servi avant, à quoi avaient servi celles de mon père avant moi sinon de faire revenir mêmes et les maintenir au pouvoir avec notre bénédiction. C’est de l’extorsion institutionnalisée …  » nous opposa un jeune de qui nous voulions comprendre les raisons de se désaffection des urnes. « Ce ne sont pas les élections qui nous feront sortir de notre m…. . C’est autre chose qu’il faudra. On aurait pu avoir l’opportunité de le faire il y a six ans, mais elle nous a été confisquée. Regardez comment ceux qui font campagne contre les élections sont traités, c’est ça la liberté, c’est ça les droits politiques, non Monsieur, je ne vote pas pour ne pas consacrer la tyrannie … « 

À vous couper le souffle, non ? Il y a certainement problème quelque part. Où, exactement, nous en sommes pas aussi sûr.

L’espoir et la conviction irrationnels des sortants

Le premier ministre sortant et briguant un second mandat, faute d’arguments et de bilan défendable, s’expose en larmes, chaque fois il s’adresse à un meeting. Il sait que dans son commerce la raison ne pèse pas plus lourd que la passion et que cette dernière a toujours le dernier mot. Il l’a bien compris et il laisse les arguments et les discours de la raison à celles et à ceux qui doutent de leurs propres victoires et qui pensent pouvoir convaincre les foules en leur expliquant les différences entre équilibres macro et microéconomiques, en leur analysant la crise et ses origines, et les abreuvant de chiffres et de statistiques. Lui, il se suffit de leur opposer ses larmes, ses faiblesses, sa confiance en Dieu, des versets du livre saint et des anecdotes de la tradition, ses malheurs avec ses adversaires – toutes et tous assimilables à des impies, les malédictions qu’ils encourent s’ils ne le reconduisent pas et ses convictions qu’ils ne le laisseront pas tomber.  Ni lui ni les directeurs de sa campagne n’hésitent à brandir les fantômes de leurs morts, leçon sans doute apprise lors des ateliers de communication électorale conçus et administrés par les professionnels du Hamas et des instituts spécialisés chez l’Oncle Sam.

À la question à quoi servirait mon vote, il a la réponse la plus facile. Pour vous garantir le paradis. Imparable et imbattable à moins qu’on ait été dans une école qui n’existe plus, qui a été démontée spécialement pour lui faire place à lui, à sa garde, à son discours et à ses arguments. Malheureusement, les mécaniciens de la politique de l’époque n’avaient pas vu suffisamment loin. L’auraient-il pu, ils auraient pu anticiper que ce ne seraient ni eux ni leur démocratie frelatée, ni l’idée qu’ils voulaient construire et vendre de la nation que leurs actes développeraient, mais un tout autre projet parallèle qu’ils ne virent ni naître ni venir, celui qui se meut depuis les confins du machreq arabe et qui avançait pour englober la région tout entière sous le même pavillon d’un État dont les promoteurs, patients et versatiles, ne diront le nom qu’une fois installé. Le fait est que déjà d’autres le font, et que chez nous, apparemment, il commence à faire surface et à conquérir des esprits et à motiver des actions.

Les déficits les plus graves

Les autres, des anecdotes rapportent qu’il leur arrive encore de soutirer des applaudissements bien qu’en général incomparables aux tonnerres que leurs anciens suscitaient des foules. Une carence sévère en charisme, un déficit dramatique en éloquence, couplées de l’insuffisance tant idéologique que pragmatique et en clarté de leurs offres et de leurs discours en font des alternatives peu probantes. L’imagination regagnée par une impuissance chronique leur donne l’aspect repoussant et les traits d’une vie au bout du rouleau. Personne ne voudrait plus s’y associer. Pour se relever et raviver les âmes, il leur faudra réapprendre à ėcoûter, à parler et à répondre aux attentes.

Le renouvellement

Oui, c’est vrai, la rue raconte aussi la campagne du nouveau venu, ou plutôt d’un revenant de loin, de la gauche qui a pu se fédérer et se ressourcer de ses origines. Son problème, elle ne maîtrise pas la langue de bois et elle n’a pas encore appris à garder sa langue dans ses poches. Son énergie la tire comme trop vite et trop profondément dans les contradictions majeures qu’elle s’assigne la périlleuse mission de résorber par des actions franches, précises et immédiates. La foule semble encore redouter son hardiesse et hésite à lui reconnaître en public le soutien qu’elle lui voue dans le secret. Depuis qu’elle s’est déclarée, les pas qu’elle fait sont fermes, sûrs et déterminés. Sa conviction : elle prendra le temps qu’il faut, mais ne tardera pas à se faire entendre. La rue la regarde avec respect, ceux qui appellent au boycott la recommandent à ceux qui ne partagent pas leur attitude, les jeunes et les intellectuels se pressent à la découvrir, les désappointés de la politique avouent qu’elle serait leur option s’ils se remettent un jour de leurs chocs. C’est aussi la seule qui n’a pas jugé inopportun d’élire une femme à sa tête.  C’est la seule formation qui fait une campagne propre et qui fait un point d’honneur de ne laisser aucun papier traîné derrière elle après son passage. Un ajustement du discours s’avérera, peut-être, nécessaire pour accélérer l’ascension disent des observateurs. Parfois, certains de ses discours donnent l’impression d’un radicalisme d’un temps révolu, et comme l’histoire ne se répète pas, ses discours non plus. …

Comme on pouvait l’imaginer, son arrivée ne plait pas à plusieurs. Elle dérange car elle porte un message qui ne laisse personne indifférent. Mais de là à s’opposer à sa campagne par la violence et interdire, à l’arme blanche, son accès à des quartiers sous le prétexte qu’ils seraient le fief d’un tel ou d’un tel mandarin de la politique, c’est tout autre chose. Le plus gros risque, se prononce un pur et dur de la rive opposée, n’est pas cette nouvelle gauche fédérée elle-même, mais que son action et son discours ravivent la gauche traditionnelle, redore son blason, réhabilite son discours et la propulse à nouveau ….

Entre l’irrationnel et le rationnel en politique, la concurrence se transforme vite en affrontements, les rivalités en engagements et les conflits en combats. Dans tous ces cas, le débat ou l’écoute sont quasiment improbables. Et si des circonstances particulières rendent la négociation nécessaire, les compromis qui s’en suivent ne seront que momentanés et provisoires et dans l’attente de meilleures conditions pour un dernier assaut et achever l’autre. Car l’idée que les deux coexistent n’est tolérable à aucune des parties.

 

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