Survivre à la campagne ou s’en rėveiller …

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
Survivre à la campagne ou s’en rėveiller …

 

Rabat – Quelques semaines avant le lancement de la campagne électorale, plusieurs des vingt neuf concurrents étaient encore portés disparus. On commençait à perdre espoir de les retrouver sur les rails à temps quand des indices survinrent annonçant qu’ils étaient aperçus occupés à dépoussiérer leurs tenues de combat et à déballer le restant des documents de la campagne d’il y a une législative. Il était temps de leur dégager la voie et les laisser passer …

Tels des forêts vierges 

Exprès, nous nous présentâmes, quelques semaines avant le coup d’envoi, aux bureaux de plusieurs des vingt neuf en lice. Pas plus de six ou sept temples avaient les portes ouvertes ou avaient un gardien. Certains ressemblaient plus à des forêts vierges qu’à des centres dans lesquels des humains passaient de temps en temps. La porte de l’un de ces temples situé dans une grande et très animée artère de la capitale était comme protégée par des toiles d’araignées tellement denses qu’un malheureux lézard – ou ce qui en avait l’air – s’était fait prendre et s’y décomposait. Un autre, dans un quartier très actif de la ville ocre, n’avait plus été ouvert depuis les communales nous dirent des voisins mitoyens et un veilleur de nuit. Le site web d’un autre n’avait pas été actualisé depuis des mois. Nous voulions vérifier si la politique avait la même capacité de mobilisation pendant les mandats que durant les préparations les précédant immédiatement. À l’exception de la ville du détroit qui donnât un avant goût de certaines luttes partisanes à peine dissimulées lors la MedCop, rien d’autre ne filtrait. La confirmation fut faite rapidement, non, les temples de la politique s’activent beaucoup plus pendant les campagnes et demeurent quasiment sans clients – où de disciples ou adeptes si on préfère, le reste du temps.

Réponses provocatrices

Maintenant que la campagne est en cours, on est en droit de poser des questions. Qui en conçoit les stratégies, qui en exécute les actions et qui en recueille les effets et en récolte les fruits? Des questions que ceux à qui on les pose n’aiment pas prétextant qu’elles ne cherchent que la provocation.

Bien sûr, nous répète-t-on là où on va, les stratégies sont conçues de bas en haut, qu’elles sont discutées et débattues horizontalement, de la manière la plus participative et la plus ouverte, et bien sûr, les actions sont mises en place par les militantes et les militants qui se les ont appropriés et, bien sûr, il ne faut même pas posé la question, elles sont financées comme le prévoit la loi et strictement conformément à ses stipulations.

 Promesses en tous genres

Concernant la question de savoir qui en bénéficie, c’est la question qui s’avéra la plus odieuse à poser, comment oser en douter, bien sûr, c’est le peuple, ce sont les couches sociales les plus nécessiteuses, les vulnérables car elles convergent toutes vers des objectifs très clairs, ceux d’égaliser les chances, de garantir les conditions de la dignité pour toutes et tous, d’éradiquer la pauvreté et de vaincre la vulnérabilité, d’assurer une scolarité et des services sociaux de qualité pour toutes et tous, de veiller à ce que les droits humains – surtout ceux des femmes, des enfants et des personnes en situation d’handicap – soient respectés, de fournir du travail à tous les jeunes – surtout les diplômés d’entre elles et eux, de réhabiliter les libertés, etc.

Et bien sûr, les temples ne tolèrent le service que de leurs propres prêtres et ouailles. Elle et ils se connaissent à leurs casquettes, képis, chemises et à la couleur des documents qu’ils portent et distribuent si généralement. Bien sûr, des brebis galeuses existeront toujours et glisseront l’ensemble de leurs documents dans une dizaine de boîtes aux lettres ou dans des bennes à ordures. Celles-là et ceux-là, il ne faut pas les compter, elles et ils ne comptent pas, ce sont les égarés de la droite ligne.

La famille d’abord

Les réactions aux questions de ce premier round sont, toutefois, les moins tendues même si elles sont les plus précises. En effet, nos interlocuteurs sortent de leurs gonds, s’énervent et perdent leur contenance dès qu’on leur fait état des plusieurs membres de leur hiérarchie qui ne pensent pas avoir été consultés lors de l’élaboration des programmes, de la stratégie globale du parti et dans le choix de leurs candidats ou quand on porte à leur connaissance que des personnes portant leurs couleurs nous ont confiées qu’elles recevaient des contre parties pour leurs services durant la campagne et que, dans quelques cas, certains auraient officié pour eux un jour ou une partie d’un jour, et le jour suivant ou le reste du même pour des concurrents dans une autre partie de la ville, ou quand on leur rapporte les critiques d’analystes de leurs programmes arguant qu’ils favorisent les riches et tendent à reproduire les injustices sociales, économiques, judiciaires, culturelles et identitaires. La remarque qui les rend le plus fous est celle relative à la composition de leurs listes électorales regroupant, parfois, plus de membres des mêmes familles que de personnes sans liens familiaux aux autres membres.

Finances tabous

Aux questions de financement, à plusieurs reprises, la teneur de la réponse ne fut pas loin de « ça ne vous regarde pas, occupez-vous donc de ce qui vous regarde, que vous donne le droit de fourrer votre nez dans nos affaires, etc. Attendez un peu, on publiera nos comptes, des rapports exhaustifs seront rendus public en temps opportun … « .

L’épouvante me tira du fin fond de mes supputations, trempé – de sueur -, une migraine aiguë, et pressé … Je n’avais rien éteint…

 

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