L’échec n’est-il donc pas total ?

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
L’échec n’est-il donc pas total ?

Rabat – Trois faux départs disqualifient de la course. Le  problème est qu’en se disqualifiant, un coureur qui doit remettre un témoin à un autre qui l’attend et qui doit à son tour le remettre à un autre, ne rate pas seulement l’occasion de se proclamer champion, ni ne rate–il seulement sa course mais celle de toute une équipe, peut-être de tout un pays qui ne verra pas son drapeau hissé parmi les grands et son hymne national retentir de gloire. Tout comme les rendez-vous qui ne ne se rattrapent pas, certains échecs ne prėvoient pas d’opportunités de s’en relever. Et quand c’est de l’histoire qu’il s’agit, on ne peut badiner ni avec les départs, ni avec les rendez-vous, ni prendre de risque d’être en échec.

Depuis que le Maroc entreprend des expériences en matière de démocratie, on vient au terme de chacun de ses exercices le juger non concluant. En d’autres termes, l’espérance n’a pas encore été satisfaite et l’expérience n’a pas encore connu de succès. C’est pour dire que faux départs ou non, la ligne d’arrivée n’a encore jamais été franchie. On peut se demander pourquoi, mais on le fera pas ici. Nous nous contenterons de prendre acte de l’échec et d’en relever quelques indicateurs.

désappointement sans recours

Le fait d’appeler au boycott des urnes par plusieurs franges de la société et de la communauté politique exprime bien la perte de l’espoir dans le processus dit démocratique du pays. En effet, pourquoi des intellectuels se disant foncièrement démocratiques se retiraient-ils de la partie s’ils n’y voyaient pas les signes de la fourberie alors qu’ils pourraient y trouver de bons comptes. De même, que ferait-il toute une jeunesse qui s’était emparée de la rue il y a moins de cinq ans prête à affronter le pire pour réclamer la vraie démocratie, une qui lui donnerait droit à la parole et d’être citée, se rétracte et appelle au boycott et au retrait du processus pour lequel elle avait si âprement combattu si ce n’est pas une désillusion terminale et un désappointement sans recours.

La démocratie est, en principe, la promesse que les libertés seront garanties, les droits protégées, l’expression de l’opinion et le choix seront souverains et que la différence et la pluralité seront préservées. L’arène, puisqu’au Maroc le combat politique se livre encore de corps à corps, est faite de parcours glissants et jonchés d’embuscades, de tirs croisés, de langages ambiguës, de profils se transfigurant sans avertissement préalable et de réactions déconcertés, imprévisibles et plus probablement violentes, des prières et appels francs – tenez-vous bien par des candidats au parlement – à exterminer des peuples autochtones entiers. L’exclusion forcée et l’interdiction de l’autre règnent sur les comportements des concurrents auxquels sont opposés des discours assassins. La négation de l’alternative est le chef-lieu de la pensée. Des lois liberticides font leur entrée dans le code de la presse.

Administration rentière

La promesse associée le plus intimement au processus démocratique actuel au Maroc fut combattre la corruption. Sans encombre, toutefois, et plus vite que la fermeté des engagements n’autorisait de le prėvoir, le crédo est sacrifié et le sacrifice est assumé sans un brin de regret. Mieux encore, il est justifié par un discours para-religieux. Non seulement le mal ne fut pas combattu, mais tout prêtait à voir qu’il fut toléré, voire, encouragé. La rente administrative attestée par des salaires excessifs, des primes indues, des retraites au-delà de l’imaginaire populaire, des avantages en nature, la distribution de lots de terrains domaniaux à des prix défiant la logique du marché foncier, des bourses d’études à l’étranger pour les rejetons des responsables et hauts fonctionnaires, etc. exacerbent les sentiments et sont perçus comme un affront à la démocratie et un manquement aux promesses d’égalité, d’équité, de probité et d’abnégation qui portèrent à la la majorité, et partant, au gouvernail de la chose publique ceux qui prirent sur eux de moraliser l’État et l’administration.

À la demande pressante de la société civile qu’il revoit à la baisse les salaires exorbitants des ministres et des hauts responsables de l’État et d’annuler les retraites des députés, le chef du gouvernement, qui en a l’ample latitude de le faire, déclara qu’il ne touchera à rien de ce qu’il trouva en place. Pourtant, il trouva les moyens de réduire les bourses des stagiaires et les retraites des petits et moyens fonctionnaires et d’augmenter leurs contributions aux diverses caisses sociales entamant ainsi leur pouvoir d’achat déjà amenuisé par l’augmentation du coût de la vie suite au démantèlement de la caisse de compensation. Les plus démunis se trouvant encore plus appauvris, ceux à revenus moyens se retrouvant dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins essentiels, la vulnérabilité sociale et économique s’étendit pour inclure des tranches de la populations que d’aucun prenait pour nanties.

Dénit total de droits

Les jeunes et les lauréats des écoles de formation ne décolèrent pas. Les salaires des stagiaires des centres de formation aux métiers de l’éducation furent tout simplement réduits de moitié et les contrats par les lesquels ils se sont engagés avec l’État et celui-ci avec eux tout simplement révoqués. Même sons de cloches chez les médecins et les résidants. Quand tout ce beau monde descend dans la rue pour se faire entendre, l’ordre est donné pour les mater et dissuader les autres. Ce fut sans compter avec la persévérance de la jeunesse et sa détermination à ne jamais se laisser faire. Des dizaines de milliers de jeunes venus de tout le pays manifester pacifiquement dans la capitale et devant le parlement et le ministère concerné, quand leurs déplacements ne furent pas interdits de fait en dėni total de leurs droits constitutionnels, ont dû à plusieurs reprises faire face à des force de l’ordre ne pouvant que leur opposer la contrainte physique et musclé comme sommés par le haut de la hiérarchie gouvernementale. Il y eut des coups et des blessures … La liste serait longue ….

Jamais le pays n’a été autant endetté. Il semblerait que le poids de la dette per capita est de vingt quatre mille dirhams. Et quiconque s’aventure à critiquer le gouvernement ou à ne pas se conformer à son idéologie est immédiatement taxé de parasite et plus précisément de tic de chien, de mécréant, de laïc – car il faut bien le rappeler, laïcité veut dire dans le discours des islamistes à la barre vaurien, athée, antisocial, immoral et ne méritant que le mépris de la société, l’exclusion de toutes ses institutions et ses structures et, bien sûr, les châtiments les p-us sévères. Même le Coran est réquisitionné pour porter secours et justifier l’immoralité de la grève, pourtant droit constitutionnel, et la punition des grévistes en prélevant de leurs salaires l’équivalent des journées d’arrêt pour raison de grève. Ceci ne devrait pas, toutefois, surprendre car la religion et ses textes fondamentaux a même été interpellée pour justifier la fornication – il s’agissait du cas de deux des plus gros calibres de la moneclatura sexagénaires pris en flagrant délit dans une voiture sur une plage !!!! Il fallait bien dédouaner leur forfait, me diriez-vous, soit, mais tout de même …

Le bisou et la moulinette

La confusion s’installe dans les esprits dès le dėpart et jusqu’à la fin. Il n’ėtait plus clair s’il s’agissait de gouverner un pays où de le soumettre à un prosélytisme à peine voilée. Les libertés individuelles sont bafouées partout. Les femmes sont persécutées en raison de leurs vêtements que des passants jugent non conformes avec leur idée étriquée de la décence. Les tentatives de prendre en otage des plages ne sont pas rares. Les domiciles de personnes suspectées d’être homosexuelles sont pris d’assaut par la populace. Deux adolescents échangeant un bisou passent dans la moulinette des milices de la toile et de la justice. L.

L’échec est total et sans appel. Les concurrents ont été dopés à un discours religieux frelaté enrobé dans des promesses édulcorées de performances jamais réalisées. Une fois le départ donné, il s’avéra vite que les appréhensions des observateurs indépendants furent bien fondėes. Aucun des prétendants en lice ne pût transformer ; tous, frappés d’une impotence professionnelle chronique, manquant de l’expérience requise, éblouis par les feux de la rampe  et habitės par l’avidité et le besoin de vouloir rattraper toutes les indigences du passé dans la hâte, tous, firent rater au pays l’occasion de se relever, d’aller de l’avant et franchir la ligne d’arrivée la tête haute et des records battus. Il n’y aura pas de signes d’exaltation dans les rues …

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