Surf sur burkini

Mustapha Saha
Sociologue, poète et artiste peintre, entre autres, Mustapha Saha se définit lui-même comme "ne courant aucun lièvre politique" et que seule "la gazelle culturelle l'intéresse"...
Surf sur burkini

Rabat – Entre psychose collective et pensée rudimentaire, réalité ségrégative et monomanie sécuritaire, prépotence punitive et carence protestataire, la société française se focalise sur un anachronisme vestimentaire pour occulter son impuissance face aux véritables enjeux sociétaux. La délirante polémique sur le burkini se répand sur presse surchauffée et plages tartuffées comme épidémie dévastatrice. Les prophètes de l’apocalypse s’en font leur strychnine exterminatrice. Les arrêtés arbitraires des maires populistes tournent à l’humiliation publique.

Faut-il rappeler que «le costume complet de bain », blouse sur pantalon et bonnet, autrement dit  « burkini », était imposé aux dames sur les plages françaises jusqu’à l’entre-deux-guerres. Les hommes devaient porter une tenue couvrante jusqu’au cou et aux mollets car il était indécent de montrer son torse. Il aura fallu attendre les années folles pour que Coco Chanel libère les corps de leur étuve laineuse en lançant la mode du bronzage.

 Idéologie xénophobe

L’invention récente du burkini, par la styliste australo-libanaise Aheda Zanetti, n’est qu’une récupération mercatique et mercantile des vieilles tenues de bain occidentales. Les magasins Marks et Spencer et d’autres enseignes anglo-saxonnes ont intégré dans leur gamme cette tenue de plongée sans destination sportive. La raison marchande rentabilise les saisons et les déraisons. Le burkini, marque déposée, n’est ressenti comme une bravade ostentatoire que parce qu’il est identifié, par l’idéologie xénophobe, à un exhibitionnisme religieux et qu’il donne lieu à une surenchère provocatrice.

Le « burkini » n’est ni une mode ni une nouveauté stylistique. Le « burkini » est tout juste un simulacre, une apparence hallucinatoire, un fantasme hypnotique, un vulgaire amalgame rhétorique dans lesquels s’engouffrent le sophisme médiatico-politique et l’insignifiance ambiante. Cet accoutrement de cirque n’a d’autre motivation que la simulation d’une conviction religieuse en milieu hostile. Il dissimule un mal-être social entretenu par les discriminations quotidiennes auxquelles il sert d’alibi. Le xénophobe se proclame victime d’offense symbolique pour légitimer son repli identitaire. L’échotier brouille le vrai et le faux sous titres racoleurs pour vendre son papier. Le politique, décroché des réalités, épaissit les rideaux de fumée pour masquer ses déficiences. Les réseaux sociaux attisent la braise des controverses stériles. La ronde des illusionnistes, dépossédée du monopole de l’information, se rabat sur la désinformation comme ultime bouée de survie.

Obscurantisme destructeur

La mixité sociale, le métissage ethnique, la diversité culturelle sont depuis longtemps réalisés sur le terrain, dans les centres urbains et les stations balnéaires. Le bikini et le monokini ont soulevé en leur temps des indignations spectaculaires et dérisoires. La presse crédible s’en faisait l’économie.  Les provocations autour du « burkini », révélatrices de l’identité des contraires, de la connivence objective du fascisme et de l’intégrisme, symptomatiques d’un vieux monde à l’agonie, ne relèvent pas d’un phénomène sociologique, inscrit dans la durabilité, mais de la manipulation idéologique conjoncturelle, de l’obscurantisme destructeur, façonneur de faux débats.

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