Et que chacun s’occupe de ses affaires ..

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
Et que chacun s’occupe de ses affaires ..

Rabat – De retour de ma courte absence forcée tous les voyants sont au rouge, le rythme des clignotements s’accélérant, l’enregistreur automatique marque.  Visibilité nulle. Chaussée glissante. Terrain miné. Champs magnétisé. Boussole affolée. Orage de sable. Bourdonnements assourdissants de chants funèbres. Échos de fusillades. Détonations. Éclats. Éclaboussures. Giclements. Discours incohérents. Regards accusateurs envahissants. Tourbillons d’amalgames. Déni des réalités. Vagues dévastatrices. Textes contraints. Lectures astreintes. Interprétations inouïes. Interférences des repères. Intelligences bafouées. Confiance abusée. Histoires frelatées. Géographies plastiques. Armes blanches tous calibres. Attitudes disloquées. Incompétence et trahison. Voies congestionnées. Transit perturbé. Promesses accidentées, teintées de menaces. Pronostic engagé.

Tout évènement, aussi lent soit son déroulement, est beaucoup trop rapide pour qu’on s’en rende compte en temps réel, sans recul, sans une distanciation désintéressée – autant dire impossible. Aussi rapide soit-il, il est trop lent pour ne pas être insupportable – autant dire foudroyant. Aussi infime soit-il, il est un cas de force majeure, il coupe du monde davantage, enfonce dans l’isolement, tient à l’écart, aliène et masque les conséquences – autant dire un broyeur sans pitié.

L’instant et l’éternité se confondent, disparaissent l’un dans l’autre, se neutralisent. L’éphémère persiste et s’oppose au changement. Ni le temps ni l’espace demeure, seuls restent l’incertitude  d’une lueur d’espoir et la conviction que doit être retrouvée la paix perdue, volée et usurpée. Les hypothèses de ce qui adviendra se confirment et se vérifient. La cité disparaît sous ses décombres dans un lourd nuage de poussière, de poudre, d’odeurs nauséabondes, de gémissements, de sifflements et de déchirures du ciel. La file est trop longue et trop voyante pour ne pas être une cible facile – trop lourde pour ne pas être prise d’assaut. Avec les technologies de pointe les plus récentes, même la mort ne peut plus être dissimulée, les processions mortuaires sont détectées et interceptées. Nul ne doit plus être inhumé. On entend plus pleurer les enfants. On ne voit plus les bébés ensevelis dans les gravas de ce que fut leur domicile familial. La fin des privilèges humains. Les cœurs et les foies pourront être extirpés et dévorés. Tout s’achète au cri unique. La remontée est totale, supposée blanchir et purifier, elle est la victoire ultime sur la vie, sur la raison, sur l’Humain. La pénombre règne. 

Les théâtres, les terrasses des cafés, les salles de rédaction, les lieux de culte, les écoles, les rues, les centres commerciaux, les hôpitaux, les écoles, les plages sont tous marqués au fer rouge. Les qualifications changent en fonction de qui fait quoi à qui – les faits, eux, s’obstinent et se déclarent de la même espèce, ils ne changent pas. L’Afrique, l’Europe, l’Amérique, le Moyen Orient, l’Asie, les vies ne se valent pas –  pourquoi s’en étonner, depuis quand l’ont-elles été ? Les actes non plus, entre l’individuel isolé et le collectif raisonné, les motivations et les causes profondes se fabriquent, les arguments se développent, les réactions se justifient, les récits se construisent, les mémoires se fondent, les responsabilités se distribuent et les religions se condamnent.

L’Islam est pris pour cible. C’est trop facile comme écran de fumée  à dresser pour éloigner les regards des vraies complicités, des prétentions et des vues sur les pays d’Islam. Les destructions massives, les ingérences, les mensonges qui justifient la déstabilisation et l’assassinat politiques, les invasions et les partages des territoires. Il ne s’agit point de complotisme, ni de défaillance conceptuelle, ni de faillite de l’analyse. L’Islam est ce qu’il est, les problèmes inhérents aux sociétés du monde et leur décadences ne sauraient tous lui être imputés. La décision de le rėformer ou non incombe à ses seuls adeptes. À charge aux autres de réformer leurs systèmes politiques, sociaux, culturels et économiques et à prendre en charge les revendications de leurs propres citoyens, de corriger leurs trajectoires, de remettre les brebis galeuses au pas, de faire la critique des fondements de leurs États, d’en évaluer l’état d’évolution des valeurs et d’en réhabiliter les mécanismes. … Et que chacun s’occupe de ses affaires …

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