La Hogra au Maroc

Soukayna Filali
Agée de 24 ans, Soukayna Filali est titulaire d'un CAE ( certificate in advanced English) et d'un IELTS (International English language testing system) en Afrique du Sud, doublés d'un Deug en Littérature anglaise de l'Université Mohammed V à Rabat. ...
La Hogra au Maroc

Rabat – J’ai toujours admiré la sagacité des Marocains qui ont inventé certaines injures en arabe dialectal, aussi  vulgaires, et aussi perçantes soient-elles…

On retrouve des insultes avec des morphèmes tellement bien regroupés qu’on a l’impression qu’elles ont été conçues par des pros de linguistique rien que pour booster leur impact à chaque fois qu’elles sont prononcées, dans des situations qui laissent communément à désirer.

La traduction du mot « pute » en arabe marocain aurait servi d’un parfait exemple mais je préfère plutôt lever le voile sur le titre de cet article soit « l7ogra » ou « le mépris » pour ceux qui ne sont pas très familiers avec l’expression qui caractérise leur conduite au quotidien.

Je ne sais pas si c’est commun, mais l’adjectif « Hoggar » avec le « h » prononcé au plus profond de la gorge  et le fameux « ga » sur lequel on appuie de toutes nos forces font cette parfaite combinaison qui te ronge de culpabilité à chaque fois que tu es traité de la sorte. Même en étant innocent, tu te remets systématiquement en question en te demandant ce qui aurait pu pousser une personne à te traiter d’un terme aussi incriminant.

Quoiqu’il en soit, la linguistique fait partie de cette nuée de matières que je me forçais à supporter au courant de mon cursus universitaire, donc il est hors de question que j’y consacre un paragraphe de plus.

Revenons au sujet de cet article, quelle est l’origine de cette oppression à laquelle plusieurs individus, avec qui la vie a été moins généreuse, font face en permanence ?

Au lieu de pointer mon doigt vers la société, les dirigeants, les forces de l’ordre ou tout simplement « les autres », j’ai préféré voir au-delà de ces accusations, devenues trop dépassées de nos jours. En me basant sur ma modeste expérience en addition à celles des personnes moins veinardes que j’ai  eu la chance de côtoyer au fil des années, j’ai pris le temps d’analyser un peu leurs modes de vie pour tenter d’en tirer une conclusion, qui soit plus logique à gober.

Certains parents, moins civilisés que d’autres, optent pour une éducation qui consiste à inciter leurs enfants, dès leur jeune âge, à se battre corps et âme pour être toujours les meilleurs.

Jusqu’ici tout va bien, mais tout bascule quand cette émulation devient associée à une soif de pouvoir qu’on crée chez un enfant en limitant ses choix à devenir quelqu’un à donner des ordres ou à en recevoir.

Au lieu d’éduquer un enfant qui sortira du rang pour rendre le monde meilleur, on ne cesse d’alimenter cette haine vis-à-vis des pauvres et cette fascination pour les riches avec l’espoir d’un jour en faire partie.   Par conséquent, et depuis leur jeune âge, plusieurs d’entre nous grandissent en fantasmant sur ces brutes dominantes qui abusent de leur pouvoir pour ne surtout pas finir comme les misérables qui en subissent les conséquences.

Il y’a ces moments pénibles dans la vie où l’on se retrouve obligés de supporter une émission débile à la radio parce que le conducteur en est fan. C’est comme ça que j’ai un jour été écœurée par un échange entre une mère au  foyer qui demande de l’aide à une, soit disant, thérapeute pour convaincre son enfant d’aller à l’école. C’est là que cette fameuse thérapeute sort la connerie du siècle en demandant à la maman d’accompagner son petit fils pour un tour en ville et de lui donner l’exemple d’une personne bien placée conduisant une belle voiture et celui d’une personne moins présentable qui passe la journée à se faire regarder de haut parce qu’elle n’est jamais partie à l’école.

Mais qu’est ce qu’elle en sait ? J’ai personnellement croisé, et à plusieurs reprises, des gardiens de voitures, des serveurs et mêmes des clochards avec un background culturel à lui rappeler que les apparences sont beaucoup plus trompeuses qu’on elle ne le croit mais que la vie a malheureusement négligé en accordant plus d’opportunités à d’autres qui n’en méritent pas.

J’imagine si cette pauvre femme au foyer, passant ses journées à s’inspirer des femmes qui ont réussi leur vie à la radio, allait en parler à ses voisines et ses cousines, puis à son mari le soir après qu’il soit rentré du travail (ou des bras de sa maitresse) dans le but de le persuader qu’elle n’est pas assez désespérée par sa routine robotisée, quoiqu’au fond elle n’arrive pas à élever son enfant sans demander les instructions d’une tierce personne.

Combien d’autres vont continuer à marginaliser les moins fortunés plus qu’ils ne le sont par la société où nous vivons ? Nous refusons d’admettre que les pauvres se méprisent entre eux tout autant qu’ils ne se font opprimer par les riches.

Après de longues heures sous le soleil ou la pluie à allumer le même nombre de clopes que de bougies nécessaires pour fêter son prochain anniversaire, un agent de circulation doit absolument justifier son shift par quelques procès qu’il ne peut coller qu’aux conducteurs de petites voitures économiques. Suite aux expériences de ses anciens collègues, il ne doit jamais courir le risque d’appliquer la loi sur les conducteurs de belles voitures qui risquent de le priver de son uniforme, aussi minable et aussi indispensable soit-il.

On a aussi souvent été dégoutés par ces scènes où l’un des serveurs botte les fesses d’un mendiant qui daignait s’approcher de ses clients. S’il pense que son comportement le valorise aux yeux de ses clients, alors ce mendiant mérite son pourboire bien plus que lui.

Ils ont tous eu leurs lots de drame et continuent pourtant à se battre contre des ennemis illusoires qu’ils ont  décidé de nommer pauvreté et humiliation. Ils ont grandi dans une société qui leur a appris à idolâtrer la vie des riches et à maudire chaque énergumène susceptible de leur rappeler la vie misérable à laquelle ils veulent fuir.

Hantée par le prestigisme , c’est triste de voir toute une génération s’adonner à une compétition malsaine qui a pour seul objectif la prépondérance au détriment de l’intérêt collectif et des valeurs éthiques, humaines et morales.

Je tiens à remercier celui qui m’a rappelé la règle d’or de L. Ron Hubbard : « Essayez de traiter les autres comme vous voudriez qu’ils vous traitent » et j’espère que vous prendrez le temps de l’assimiler et de revoir votre manière de traiter les autres en dépit de leur statut social où des conditions où vous les avez connus.  Et comme a dit Gandhi : « Si nous voulons changer le monde, commençons par nous-même ! »

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