La tragédie des amalgames et du déni : le cas du terrorisme

La tragédie des amalgames et du déni : le cas du terrorisme

Abdellatif Zaki

Rabat – Pas d’amalgame mais pas de déni non plus. Les terroristes ne représentent pas l’Islam, certes, mais ils pensent qu’ils le font. On leur a inculqué qu’ils ne peuvent jamais avoir tort, qu’ils ont toujours raison, que personne d’autre n’a la vérité, que seuls eux la détiennent et quiconque ne l’accepte pas doit mourir. Pour savoir comment la manipulation s’est faite, il suffit de surfer sur les sites et regarder les chaînes de télévision dédiées à la cause et d’écouter les prêches du vendredi dans certaines mosquées. Nous ne parlons même pas des innombrables publications qui font l’apologie d’une idéologie obscurantiste. La haine en fait la toile de fond et l’appel à la damnation de l’autre, différent, se confond à celui de la responsabilité individuelle de l’anéantir. Il faut aussi faire un tour dans les quartiers pauvres des grandes villes et prendre la mesure de la précarité sociale et économique et de la vulnérabilité intellectuelle et émotionnelle des populations surtout les plus jeunes. Le désert culturel et l’absence de filets de protection idéologiques, d’une part, et les déficits des conditions qui préservent la dignité humaine, d’autre part, favorisent l’investissement du vide par les discours radicaux et les promesses d’une vie éternelle meilleure.

Le recrutement se fait dans les écoles, les collèges, les lycées, les universités, les mosquées, les clubs de sport, les associations professionnelles, les lieux de travail, les rues des bas quartiers et les prisons. C’est dire l’ampleur de l’action et son caractère systématique. La formation de base, quant à elle, se fait en partie au vu et au su de tous, dans les plages, dans les forêts et dans plusieurs clubs de sport et d’arts martiaux. L’entraînement militaire et au maniement des armes doit se faire par d’anciens militaires, des militants ayant fait des campagnes là où des guerres ont opposé des armées réputées représenter l’Occident et des mouvements islamistes de libération dans le secret des garages et des caves dans les quartiers périphériques des grandes villes pour ses modules théoriques et le retrait des fermes et des campagnes et dans les camps de pays connus de tous pour les travaux pratiques.

Par ailleurs, les terroristes sont aussi encadrés idéologiquement par des mentors qu’ils n’ont rencontré que dans le virtuel. Des mentors qui les suivent, téléguident leurs actions, les alimentent idéologiquement et les isolent des cercles de la société qui risquent de les repêcher. Les médias sociaux sont investis par des escadrons d’intervention rapide qui s’attaquent à quiconque propose un discours rationnel ou une lecture critique ou alternative de l’histoire et des textes qui en justifient la teneur irrationnelle et l’appel au sacrifice pour qu’elle continue et qu’elle soit protégée. Parmi ces escadrons, des pseudos intellectuels, des universitaires, des cadres de partis politiques à références religieuses et des cohortes de professionnels de la propagande œuvrant sous l’aile protectrice de l’anonymat des pseudonymes que les technologies numériques de la communication rendent possible.

Pas d’amalgame mais pas de déni non plus ! Le terrorisme est un volet des guerres menées par des pays dans d’autres. C’est la guerre ramenée chez ceux qui la font loin de leurs frontières. Cela ne le justifie en rien mais permet, non de le comprendre, mais de tenir compte des facteurs le motivant et le déterminant pour pouvoir l’endiguer. Ne disposant pas des mêmes moyens que les armées dont ils contestent l’engagement chez eux, ils optent pour d’autres armes, aussi meurtrières mais moins voyantes et plus légères. Dans le cas des guerriers de DAESH en France, ils revendiquent le droit de combattre l’agresseur chez lui comme il les combat chez eux. Il s’ingère dans leurs affaires et tue leurs compatriotes sans discernement, pourquoi se gêneraient-ils, eux. La logique peut être formelle, mais c’est justement celle qu’il faut, la seule qui sache simplifier les choses en faisant abstraction des contenus, des valeurs, des enjeux et qui réduit l’humanité en deux camps, celui des bons et celui des mauvais, ceux qui méritent de vivre et ceux qui doivent mourir. En tout états de causes, elle rejoint la théorie de « either …or » si chère à Bush Jr. par laquelle il justifia l’invasion de l’Irak, début de la désintégration de la région et sa tombée progressive au terrorisme.

Pas d’amalgame mais pas de déni non plus !DAESH n’est ni l’islam ni u e armée de tous les musulmans mais comme d’autres organisations de sa trempe, il a été vu naître et laissé grandir et se renfoncer – pour ne pas dire soutenu, financé, armé et protégé – par des régimes islamiques, mais pas seulement. L’OTAN et ses alliés dans la région lui ont laissé les mains libres et lui ont fait faire des besognes inavouables en Afghanistan, en Bosnie, au Kosovo, en Libye etmaintenant en Syrie. La France comme plusieurs autres pays occidentaux, entretient des relations de choix avec les pays du golfe qui font la promotion de la ligne idéologique de DAESH. Il est, en effet, inimaginable que ce grand pays européen, puissance mondiale économique et militaire, ne soit pas au parfum des relations de ces régimes avec DAESH et comment ils le font bénéficier des contrats et de la coopération technique militaires qu’ils ont avec elle. Simplement inimaginable !

Par ailleurs, Monsieur Holland reconnaît que sont pays avait livré des armes en pleine période du blocus de l’union européenne à des groupes dit d’opposition en Syrie dont certains se révélèrent d’obédience islamistes. Un grand commis de l’État, Monsieur Alain Chouet, ancien patron du renseignement de sécurité à la DGSE, parla d’imposture en indiquant comment le Qatar et l’Arabie Saoudite, tout deux foncièrement wahhabites, ont transféré des armes françaises à des organisations jihadistes en Syrie. Le Ministre des Affaires Étrangères de la République de France a déclaré que le groupe Annosra, une branche d’Alqai’ida « faisait du bon boulot » Le cycle du terrorisme avait peut-être commencé là où il échoua le 13 novembre 2015. Le Pape, lui, parla de l’hypocrisie ce ceux qui fabriquent et vendent des armes et parlent de la paix.

Pas d’amalgame mais pas de déni non plus ! Le terrorisme est un mal à combattre, et sans relâche. Le problème est que contrairement au soldat d’une armée régulière, voire à un maquisard, le terroriste est soluble dans la société et peut prendre le visage de monsieur et de madame tout le monde. Il peut se terrer là où personne ne pense pas le trouver. D’où, la grande difficulté de l’anéantir comme on pourrait le faire pour une colonne de blindés ou le descendre comme on ferait un avion de chasse. La guerre du terrorisme continuera tant que des gens iront faire la guerre loin de leurs pays, dans ceux des autres, sous des couvertures étiques à faire dormir debout, pour maintenir un colonialisme, consolider un impérialisme, protéger le sionisme ou pour s’assurer des matières premières, des exclusivités économiques, des hégémonies politiques et la domination financière contre la volonté des peuples et avec l’appui et le soutien de gouvernants inhumains, totalitaires et dictateurs.

Tant le terrorisme est à condamner et à combattre, tant les conditions de sa genèse et de son développement le sont aussi. Tant il ne doit bénéficier d’aucune tolérance de personne, tant les conditions qui le rendent possible et le justifient aux yeux de certains ne le doivent pas non plus. Tant il est horrible, condamnable et inacceptable, tant l’ingérence militaire et politique dans d’autres pays l’est aussi. Pour la résolution des conflits, il y a un droit international et des organisations internationales, il faut se rendre à eux et tout le monde, grands et petits, doit se soumettre à eux. Autrement, les plus faibles continueront à trouver des moyens pour faire mal aux plus forts, et ça, personne n’en veut ! Enfin, nous osons et préférons le penser et y croire !

 

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