La Vision Stratégique Répertoire: l’enjeu de la crédibilité et de la confiance ?

La Vision Stratégique Répertoire: l’enjeu de la crédibilité et de la confiance ?

Rabat – La qualité d’un répertoire réside dans sa crédibilité, dans la fiabilité des renseignements qu’il contient, la fréquence et la régularité de son actualisation, son caractère exhaustif, sa catégorisation systématique des données, la facilité de recherche et de récupération de l’information et l’absence de redondances non justifiées.

La Vision Stratégique de la Réforme 2015-2030 du Conseil Supérieur de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche Scientifique est un répertoire de recommandations d’actions à entreprendre en vu d’améliorer le système éducatif marocain en faillite, voire de le réanimer et le rendre à la vie. En tant que tel, le premier critère de son évaluation est le degré de fiabilité et de crédibilité que lui accorde la communauté à laquelle il est destiné.

Les diagnostiques sont connus et tout le monde en est apparemment conscient. « Bien sûr, les auteurs n’auraient pas pu ne pas les confirmer, » avons-nous entendu dire plusieurs personnes concernées »mais avaient-ils besoin de réitérer les mêmes recommandations qui ont été formulées plusieurs fois avant sans avoir eu d’impacts conséquents sur la réalité. » Les réactions au document et les commentaires les plus fréquents suggèrent fortement qu’il aurait été plus opportun que ses auteurs tentent d’innover et de sortir avec un texte plus distinct des précédents ne serait-ce que pour éviter qu’ils mettent en péril le capital de confiance avec lequel ils avaient pris le départ.

Nous retenons ce critère de crédibilité-confiance car nos investigations nous ont révélées que plusieurs parties concernées n’ont pas perçu l’approche de gouvernance que les responsables de la commission ont adoptés comme ayant été participative, inclusive etouverte. Nous parlons bien de perceptions et d’expressions de ces perceptions et non de faits. Nous n’avons pas à rappeler que dans ce genre de situations, la perception compte pour argent comptant et détermine les attitudes et les comportements. Le niveau assez bas de confiance qu’on a relevé chez la majorité des personnes à qui nous avons pu parler de cette stratégie est dû, à notre avis, essentiellement à une approche de communication qui n’a pas pu ou su mobiliser et convaincre. Les mêmes critiques que nous avions relevés chez plusieurs parties concernées après la sortie de la Charte sont adressées à cette nouvelle stratégie. Le conseil n’est pas vraiment représentatif des personnes concernées et de la société civile. Les questions de comment et sur quelle base les participants ont-ils été choisis et pourquoi les minutes des réunions des commissions et des sous-commissions n’ont-elles pas été mises à la disposition du public pour qu’il prenne acte directement de toutes les propositions, des divers argumentaires, des divergences et des tendances qui ont marqués les débats et qu’il puisse juger lui même de la qualité de l’offre et du consensus qu’on lui présente.

Par ailleurs, cette observation confirme les résultats des études qui tendent à indiquer une perception très négative de la politique chez les populations, particulièrement les plus jeunes, au Maroc. Ces études indiquent que la majorité de la population, et plus particulièrement les plus jeunes, accordent peu de crédit au discours officiel et aux actions et projets auxquels ils sont invités à participer. La preuve avancée en est la désaffection que l’on connaît biende l’activité politique et de l’engagement dans des associations dans la société civile. En effet, malgré le plus des 100 000 associations au Maroc et les appels à participation dans la vie politique, il paraît que moins de 11 % et de 1% des jeunes adhèrent respectivement à une association ou à un parti politique en 2012. Le bras de fer entre, d’une part, les divers Ministères chargés de l’éducation et de la formation et, d’autre part, les différentes parties concernées par et impliquées dans les différents aspects du processus éducatif et de formation témoigne de ce peu de confiance.

Bien que ces chiffres ne soient pas significativement différents de ceux d’autres pays, y compris dans des démocraties occidentales du fait que la politique et l’engagement dans l’activité de la société civile demeurent la prėdilection de petites élites essentiellement urbaines, on aurait penséque le degré de confiance en les discours officiels se serait amélioré après les évènements de février 2011 et les conséquences qu’ils ont eues en relançant le processus constitutionnel et démocratique.

Les soucis et les attentes des parents, du corps pédagogique et de gestion des écoles et des employeurs potentiels des lauréats du système éducatif au Maroc sont à caractère immédiat. Ils ont besoin de réponses immédiates à leurs demandes en souffrance depuis longtemps. Ils ont des besoins au très court terme. Les débats académiques et les recommandations ne les excitent plus. Ils n’y croient plus. Ils ne croient que ce qu’ils voient. Et ce qu’ils voient est que les recommandations peinent à se matérialiser. Ils veulent une éducation et une formation en conformité avec les exigences du monde de l’emploi qui leur garantiraient un toit, une vie décente et si possible, des activités de loisir pour eux et leurs familles. Ils ne veulent surtout plus qu’on leur demande d’attendre. Ils n’en peuvent plus. Ils veulent des décisions à effet immédiat. Ce qu’ils pensent voir est que la politique actuelle ne peut pas leur garantir tout ceci. Un argument qu’on a souvent entendu est comment pouvons nous attendre des améliorations du système de ceux même qui sont à l’origine de sa dégradation actuelle. Le changement devrait commencer par celui des responsables à tous les niveaux aussi bien stratégiques, opérationnels et pédagogiques pour intégrer des jeunes encore capable d’innover, de trancher et d’opérer des ruptures.

Abstractions faite de la pertinence ou de la faisabilité des propositions et des recommandations de la stratégie, il s’agit donc d’orchestrer une campagne de communication à même de convaincre les personnes et les communautés socioprofessionnelles concernées et de les faire adhérer au projet. Une telle campagne doit, d’une part, être interactive, participative et construite autour de récits individuels et communautaires, et d’autre part, ouvrir la stratégie à un processus collégial de l’évaluation constructive et corrective tant de ses objectifs et ses priorités que de ses dispositifs de financement, de gouvernance et ses procédures de mise en place. Le ministère et le conseil ne pourront pas faire ceci sans un soutien et un accompagnement professionnel indépendant !

À suivre

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