Prises au piège de « Zin li Fik »

Soukayna Filali
Agée de 24 ans, Soukayna Filali est titulaire d'un CAE ( certificate in advanced English) et d'un IELTS (International English language testing system) en Afrique du Sud, doublés d'un Deug en Littérature anglaise de l'Université Mohammed V à Rabat. ...
Prises au piège de « Zin li Fik »

Rabat- Entre les dangers du tabac, la pauvreté, la drogue etc; La prostitution a toujours fait partie de ces sujets trop stériles à mon goût, qu’on a dû intervertir tout au long de notre cursus scolaire pour griffonner des rédactions imposées par un système éducatif trop à la traîne.

Quoiqu’il en soit, mon sujet d’aujourd’hui n’est ni le système éducatif marocain ni la prostitution, mais ce fameux film qui était supposé élucider ce fléau omniprésent depuis des siècles à un peuple aux valeurs morales codifiées par une société accoutumée à pêcher en cachette.

Celui-ci est sans doute le « énième » article que vous lisez après ces opinions tous azimuts qui font ravage sur le net depuis la publication des extraits de « much loved » sur YouTube, Facebook, ou autre.

Parmi toutes ces éloges et critiques souvent non fondées, je préfère qu’il soit classé comme étant une opinion neutre d’un petit bout de femme de 23 ans qui n’est ni critique de cinéma ni cinéaste pour en juger le contenu.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’aime pas trop polémiquer sur les sujets récurrents sur les réseaux sociaux, question de ne pas faire tâche parmi ces innombrables philosophes qui font apparition à chaque fois qu’il y a un nouveau sujet « tabou » à décortiquer.

Mais après avoir pris le temps de regarder les 4 heures de rushes sur le net, il faut avouer que j’ai été plutôt déçue. Tellement déçue que j’ai décidé d’écrire ces quelques lignes au nom de ceux qui partageront peut-être le même avis sans avoir l’audace ou le temps d’en parler.

J’aurais espéré voir un film avec des histoires de protagonistes beaucoup plus poignantes qu’une prostituée confiant son enfant à sa mère, une autre dont le père est en Espagne et la mère désorientée dans un misérable patelin aux environs de Marrakech, ou encore moins une troisième qui paie un clochard pour la baiser.

 S’il s’agit bien du fruit de 200 rencontres avec de vraies prostituées, comme l’affirme Nabil Ayouch, je me dis que le tri aurait pu être bien meilleur.

C’est bien d’avoir le courage de traiter un sujet aussi secouant, mais encore faut-il être capable d’en assumer les défis. On traite un sujet en mettant sur le tapis ses causes et conséquences tandis que le message du film est loin d’être aussi perçant.

Notre société n’est peut-être pas aussi pieuse qu’elle prétend l’être, mais ce n’est pas à travers les obscénités dont Nabil essaie de faire le plaidoyer qu’on va démolir le mur d’hypocrisie qu’on s’est construit autour de nous tout au long de ces années.

On va me dire que je ne peux pas juger un film sans avoir vu sa version finale. Je réponds que la version finale est le résultat d’un filtre des 4 heures divulguées sur le net. Ces scènes ne font peut-être pas partie de la version finale du film, mais elles ont bel et bien été tournées.

Avec une illustration pareille, il ne faut pas quand même s’attendre à une grande compassion de la part du peuple marocain.

Ça me rappelle un témoignage sur Hit Radio où une vraie prostituée fait l’apologie du  film en prétendant qu’il reflète ce qui se passe réellement à Marrakech. Je ne mets pas sa parole en doute, il peut même y avoir pire. Mais la partie sur laquelle je me permets de tiquer était sa réponse à la question de Momo:

Q : « Pourquoi exerces-tu ce métier ? »

R : « Parce que c’est le plus facile. »

Certaines prostituées ne le sont pas par choix, et c’est exactement cette réalité qu’il faut dénoncer sans avoir à tourner des scènes jusqu’à ce qu’elles fassent jouir leur clients.

Loubna, Halima, Asmaa, des actrices presque jamais vues à la télé, ont toutes cru marquer l’apogée de leurs carrières avec des scènes aussi choquantes.

Néanmoins, elles sont tombées dans le même piège des prostituées qu’elles prétendent défendre. Elles ont tourné le dos à leur religion, leurs familles, les mœurs de la société où elles ont grandi en espérant faire la différence.

Loubna affirme lors d’une interview qu’elle se voit Hajja dans 5/ 6 ans où elle envisagerait de quitter le cinéma et revenir vers dieu.

Désolée Loubna, mais se repentir n’est pas réservable par avance. Quand on sombre dans l’erreur, le désaveu risque d’être reporté pendant une belle lurette en quête d’une satisfaction loin d’être atteignable.

Quand on voit ces actrices s’exhiber devant une caméra, danser à quatre pattes et tourner des scènes de sexe pour de l’argent, on se demande ce qui pourrait bien les différencier de ces prostituées qu’elles défendent ?

Ah oui, les vraies prostituées dans ce cas-là marquent un point en termes de discrétion.

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