Le développement économique et social local n’est-il qu’un voeu pieux ?

Mehdi Alaoui M'hammedi
Titulaire d'une licence ès Sciences de gestion de la faculté Sidi Mohamed Ben abdellah à Fès, Mehdi Alaoui M'hammedi prépare actuellement un master en finance et comptabilité à la faculté Ibn Tofaïl de Kénitra. Il a pris part à de nombreux ateliers ...
Le développement économique et social local n’est-il qu’un voeu pieux ?

Marseille – Pour combler le fossé grandissant entre les attentes des citoyens et la réalité quotidienne, les meneurs de jeu affirment que l’État ne peut plus prendre tout en charge, et il est temps que les différentes parties prenantes s’impliquent pour mener à bien le développement économique et social local. L’accent a été mis sur la lutte contre la pauvreté, l’exclusion et la précarité, à travers le lancement de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) en mai 2005. Ce projet instaurait des nouveaux modes de gestion basés sur une optique partenariale entre les différentes parties prenantes à savoir les institutions déconcentrées, décentralisées et la société civile. La collaboration s’est progressivement développée, jusqu’à la reconnaissance de la société civile comme un médiateur entre les citoyens et le pouvoir central sous des formes reconnues et institutionnalisées. De même, l’organisation territoriale du Maroc s’est largement modifiée, la répartition mise en place élargie et fixe les champs d’intervention des organes décentralisés. Pour assurer la gestion de ces nouvelles tâches, un cadre budgétaire et financier a été mis en place à l’instar du Dahir n° 1-09-02 du 22 safar 1430 (18 Février 2009) portant promulgation de la loi n°45-08 relative à l’organisation des finances des collectivités locales et de leurs groupement, et du Décret n° 2-09-441 du 17 moharrem 1431 (3 janvier 2010) portant règlement de la comptabilité publique des collectivités locales et leurs groupements. Dans ce cadre émergent, l’État n’est pas écarté mais son statut change pour devenir un acteur de développement économique et social local et non un acteur central (Gagnon & Klein, 1991). De ce fait, le local devient un cadre significatif qui concède l’opportunité de repenser un développement économique et social d’une manière innovante, qui implique toutes les parties prenantes dans le processus de prise de décision et dans la gestion des affaires locales.

Un développement économique et social en berne !

Les différentes réformes instaurées avaient pour objectif de booster le développement économique et social local, et mettre en place un système de gestion capable de créer des conditions sociales, politiques, économiques, culturelles plus favorables au développement, et qui va permettre de définir les besoins des citoyens et s’engager à les satisfaire. Du fait de son rapprochement du citoyen, la commune sera l’entité de proximité chargée de suivre et gérer de tous prés le processus de développement économique et social local. Malgré les efforts déployés, le développement local n’a pas encore pris sa vitesse de croisière. En revanche, les villes marocaines affichent un ensemble de dérèglements et les répercussions des dizaines d’années de dysfonctionnements surgissent : des voies détériorées, un transport en commun défaillant, des tonnes d’ordures qui jalonnent les quartiers et un manque important d’infrastructures (stades, écoles, universités, structure d’accueil des jeunes et des personnes âgées…).

Commune – citoyen : le désamour persiste

Au-delà de l’incapacité des collectivités locales à assurer leurs missions, une enquête en ligne sur la qualité de la vie dans une ville marocaine a été réalisée par l’association Global Shapers Casablanca et l’institut de sondage Averty Market Research & Intelligence, en partenariat avec le portail d’informations marocain Hespress, cette enquête a été réalisé en mars 2014 et a porté sur 1.950 répondants. L’enquête fait remonter à la surface la méconnaissance des citoyens du fonctionnement de la ville et de la gestion des affaires locales, et leurs insatisfactions des services rendus. En effet, le constat est flagrant, seuls 2% des citoyens sont satisfaits des services rendus, 35% ne sont pas du tout satisfaits, et 46% sont plutôt pas satisfaits. De même, 9% des personnes sondées ont une bonne connaissance du fonctionnement de la gestion de la ville, et seuls 18% connaissent le nom du président du conseil d’arrondissement auquel appartiennent. De ce fait, la commune est considérée comme une entité marginale qui s’occupe rien que de :

  • la gestion des déchets ;
  • la légalisation des papiers conformes ;
  • la délivrance d’actes de naissance, de décès et de mariage.

Responsabilisation des acteurs et implication effective des parties prenantes : les points clés de succès d’une réforme plus performante

Le Maroc se distingue à plusieurs égards, d’une part, le pays se singularise d’une stabilité effective qui a été concrétisé et assurée par la nouvelle constitution votée en 2011 (Vergne, 2014), cette dernière a ouvert de nouvelles opportunités et besoins en matière d’appui sur des questions de politiques structurelles et réglementations, tels que la transparence, la responsabilisation et l’implication de la société civile dans le processus de développement. D’autre part, l’économie marocaine prouve d’une certaine résilience, la croissance économique est en effet la plus élevée dans la région. Avec un taux de progression du PIB de 5% prévu en 2016, une croissance de 4,8% en 2016, et un engagement à réduire le déficit budgétaire à 3% du PIB d’ici 2017 (Ben Hayoun, 2015).Le Royaume devrait poursuivre le processus de réformes à travers la responsabilisation des acteurs et l’activation des démarches de la participation des citoyens dans la gestion des affaires locales, afin d’impliquer les citoyens dans la gestion des villes. En effet, la Constitution de 2011 avait introduit le principe de la reddition des comptes qui est défini selon l’atelier national « reddition des comptes et gouvernance territoriale au Maroc, organisé en 2014, comme un principe qui renvoie à l’obligation que le responsable doit informer, apporter des preuves et justifier l’administration d’un bien ou d’un processus sur la base de critères préétablis et souvent convenus avec la partie mandante. À travers la mise en place des dispositifs d’audit interne et externe et d’évaluation, l’activation du ledit principe permettra l’amélioration de la qualité d’intervention des élus et des fonctionnaires locaux et assurer à long terme, le passage progressif d’une comptabilité quantitative à une comptabilité qualitative. De même, à travers des moyens variés : réunions publiques, comités de quartiers, sondages, enquêtes, dialogues formels ou informelle à l’occasion des prestations (Bartoli, 2006), l’implication des citoyens dans la gestion des affaires locales pourrait conduire à la simplification des démarches administratives, à faciliter la procédure administrative et rejeter progressivement le carcan bureaucratique, généralement vécu comme lourd.

 

* L’auteur est actuellement étudiant-chercheur à l’Institut de Management Public et de Gouvernance Territoriale de l’Université Aix-Marseille.

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