Silence, on interdit !

Mohamed Benfadil
Après des études supérieures juridiques et littéraires, au Maroc et en France, Mohamed Benfadil a succombé à l’appel du pays pour servir sa patrie par la plume. Ayant aiguisé ses armes journalistiques au quotidien Al Bayane puis à l’hebdomadaire ...
Silence, on interdit !

Washington – La décision d’interdiction au Maroc de Much Loved, le dernier film de Nabil Ayouch qui traite de la prostitution à Marrakech, et qui continue de faire couler beaucoup d’encre, n’a assurément rien d’intelligent. Elle n’aurait de sens en effet qui si elle pouvait efficacement en empêcher la diffusion par d’autres moyens. Or ce n’est sûrement pas le cas, dans la mesure où l’interdit excitant toujours la curiosité humaine, les Marocains, pudiques de par leur éducatuion moralo-religieuse il est vrai, mais hypocrisie social sous-jaçante aidant, finiront par se le procurer à tout prix. Ce genre de réflexe n’est pas nouveau. On l’avait vu notamment dans le cas de l’édition. L’ère virtuelle et son pouvoir incontrôlable de diffusion et de mobilisation des masses n’avaient pas encore montré le bout de leur nez, mais les brulôts des années de plomb avaient fait le bonheur des photocopieurs clandestins. Et celà n’avait que porté les auteurs de ces ouvrages, dont je tairai les noms ici, au Zénith de la notoriété.

Mustapha El Khalfi, qui se trouvait à Washington, « hôte de marque » de la jeune station communautaire Radio Mogador,  d’où il a annoncé cette décision qui parait ne pas emporter l’adhésion, l’a motivée par le fait que le film incriminé «  nuit aux valeurs du Maroc, à la femme marocaine et à l’image du Maroc« .

Le propos de ces lignes n’est pas de porter un jugement sur la pertinence ou non de ce film, les médias et les réseaux sociaux s’en sont déjà donnés à coeur joie. Et ses détracteurs ont déjà eu gain de cause avec la décision de son interdiction. Mais les valeurs du Maroc, l’honneur des Marocaines et l’image du Maroc en sortiront-ils grandis? Rien n’est moins sûr dans la mesure où les seuls gagnants dans cette affaire de film de c… ne sont autres que son auteur et ses promoteurs. Car « le plus vieux métier du monde » continuera à sévir, au Maroc comme ailleurs, et ses souteneurs, de quelque nature qu’ils soient, continueront sans le moindre scrupule à en faire leur beurre. Et leurs victimes, dans la vie comme dans le film,  en feront toujours les frais.

Les valeurs du Maroc sont chères aux Marocains et aux Marocaines, lesquels sont majeurs et vaccinés et donc à même de les fièrement et jalousement conserver jusqu’à les transmettre à leur progéniture. Ce n’est donc pas une affaire de sale pellicule qui les corrompra. Ni une interdiction qui les préservera.

Reste l’image du Maroc, laquelle ne s’adresse pas aux Marocains eux-mêmes, mais bien au reste du monde. Mais là, la décision du Ministre voit sa souveraineté buter sur un mur d’extranéité, pour emprunter le jargon des juristes. Et c’est là où le bât blesse. Car les ennemis du Maroc, de ses femmes, de ses valeurs et de son image, assouviront leurs désirs malsains et pervers de ces morceaux de chair que ce réalisateur franco-marocain, qui se veut incompis, voir en avance sur nous autres indigènes, tient avec une insistance quasi-maladive, à faire transparaître.

Quoi qu’il en soit, en définitive, cette interdiction n’est rien moins qu’un coup de pub gratuite, que Nabil Ayouch ne pouvait espérer. A lui maintenant les plateaux de télévision, les stations de radio et autres festivals et salles de cinéma d’un Occident friand de tout ce qui égratigne ou froisse cette sacro-sainte image du Maroc. Lesquels, après la Croisette de Cannes, se feront à n’en pas douter un plaisir non moins malsain de lui dérouler leurs tapis rouges. Alors, laissons tourner et après: silence, on interdit? Bravo Monsieur le Ministre!

commentaires

© 2014, Morocco World News - Français

Retour en haut de la page