Les relations maroco-espagnoles sentiront-elles de nouveau le persil?

Les relations maroco-espagnoles sentiront-elles de nouveau le persil?
Washington – « Pour des raisons économiques liées à l’existence supposée de richesse en hydrocarbures, L’Espagne a toujours eu des visées sur les eaux territoriales adjacentes aux iles canaries et depuis plusieurs années elle visait à étendre sa souveraineté sur cette zone au-delà des 200 milles marines. Dans cette optique, et conformément à la pratique établie par la commission onusienne chargée de l’étude des demandes d’extension de souveraineté sur les eaux territoriales, les états membres sont tenus de présenter les éléments préliminaires qui soutiennent leur position 5 ans au préalable avant la présentation des arguments scientifiques. Chose que l’Espagne a fait, car elle avait présenté ces éléments dès le 11 mai 2009. Cinq après, l’Espagne défendra l’été prochain sa position devant la Commission des limites du plateau continental de l’ONU.  » C’est en tout cas ce qu’ a affirmé Samir Bennis, spécialiste du droit international et fin connaisseur des relations maroco-espagnoles, dans un entretien accordé récemment à l’hebdomadaire marocain Maroc-Hebdo International. Le syndrome de l’ile du Persil frappera-t-il de nouveau?
 
Vu l’intérêt factuel de cette affaire, nous avons jugé utile de reproduire cette importante interview.
Voici l’essentiel de cet entretien
<< Pourquoi l’Espagne a-t-elle choisi de rouvrir en ce moment ce dossier d’extension des eaux territoriales?
Pour des raisons économiques liées a l’existence supposée de richesse en hydrocarbures, L’Espagne a toujours eu des visées sur les eaux territoriales adjacentes aux iles canaries et depuis plusieurs années elle visait étendre sa souveraineté sur cette zone au-delà des 200 milles marines. Dans cette optique, et conformément à la pratique établie par la commission onusienne chargée de l’étude des demandes d’extension de souveraineté sur les eaux territoriales, les états membres sont tenus de présenter les éléments préliminaires qui soutiennent leur position 5 ans au préalable avant la présentation des arguments scientifiques. Chose que l’Espagne a fait, car elle avait présenté ces éléments dès le 11 mai 2009. Cinq après, l’Espagne défendra l’été prochain sa position devant la Commission des limites du plateau continental de l’ONU. Par conséquent, il ne faudrait pas donner une lecture politique quelconque a la démarche du gouvernement espagnol, car celle-ci rentre dans le cadre du délai prévu par les instances onusiennes pour se pencher sur l’études de toute demande extension des zones territoriales présentée par les états membres.
Sur le plan du droit international, quelles sont ses chances de faire aboutir sa requête?
La position de l’Espagne concernant l’extension de sa zone maritime au-delà des 200 milles marines est étayée par le droit international. Conformément à la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer de 1982, la frontière maritime de tous les états membres est fixée à 200 milles marines depuis la ligne de leurs côtes. Mais la même convention permet aux états membres d’étendre leurs eaux territoriales jusqu’à 350 mille marines. Ceci étant dit, même si l’Espagne se prévaut du droit international pour étayer sa position, il y’a peu de chance que sa demande aboutisse. D’une part, il faut tenir en compte que la majorité des demandes présentées par les états membres dans ce sens n’ont pas abouti. Sur 77 demandes enregistrées auprès de la Commission des limites du plateau continental de l’ONU, 17 demandes seulement ont abouti. De l’autre part, il y’a un différend entre le Maroc et l’Espagne sur la délimitation de cette zone maritime, sans oublier l’absence d’une solution définitive a la question du Sahara. Ces éléments seront forcément pris en compte par la commission onusienne et ne joueront pas en faveur de la demande espagnole.
 Du côté marocain, quelle a été la réaction officielle?
Tout naturellement, et comme cela a été relayé par la presse marocaine et internationale le Maroc a rejeté la demande espagnole. Dans ce sens, le 10 mars le gouvernement marocain a adressé une lettre à la Commission des limites du plateau continental de l’ONU dans laquelle il exhorte celle-ci à donner une fin de non-recevoir à la demande espagnole. Pour le gouvernement marocain la position espagnole est intenable, car la zone maritime qu’elle vise obtenir fait partie du plateau maritime marocain et se trouve dans une zone où il n’existe pas encore de délimitation des frontières entre les deux pays.
Quelle devrait être la position marocaine pour clore cette affaire une fois pour toute?
Je ne pense pas que cette question soit close de sitôt tant que le conflit du Sahara marocain ne trouvera une solution politique définitive, car il faudrait garder à l’esprit que l’essence du différend entre le Maroc et l’Espagne sur la question des frontière maritime réside dans le fait que la zone maritime revendiquée par l’Espagne inclue une partie considérable des eaux territoriales du Sahara, qui est de facto, et non de jure, sous souveraineté marocaine. Eu égard aux relations stratégiques et privilégiées qui existent entre les des pays, il est dans l’intérêt d’aucune des deux parties que leur relations soient affectées par ce dossier. Partant de là, les gouvernements des deux pays seront appelés a trouver un terrain d’entente pour éviter que la question de la délimitation de leurs zones maritimes respective ne fasse rentrer leurs relations dans une zone de turbulence.
L’option militaire serait-elle envisageable?
L’option militaire est totalement à exclure dans toute résolution de conflit entre le Maroc et l’Espagne. D’une part, les relations entre le Maroc et l’Espagne sont régies par l’a accord de coopération et de bon voisinage entre les deux pays signe à Rabat le 4 juillet 1991. En vertu de l’article 5 de cet accord, les deux parties s’engagent à régler tout contentieux qui puisse surgir entre eux par des moyens pacifiques. D’autre les deux pays ont besoin l’un de l’autre dans différents domaines et aucun d’eux ne risquerait d’embarquer dans une aventure militaire surtout lorsqu’on sait que les deux pays disposent de canaux de communications qui leur permettent de résoudre leurs contentieux par la voix diplomatiques. En définitive, on peut dire avec certitude que l’option militaire est complétement exclue de l’équation en l’état actuel des relations entre les deux pays. >>
(Fin de l’entretien avec Samir Bennis)
 

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