Le plus radicalement dangereux est en nous-mêmes !

Hassan Alaoui
Hassan Alaoui, Directeur des Rédactions du « Matin » et « Maroc Soir » pendant trente ans, et cofondateur de plusieurs autres titres, dirige aujourd’hui Maroc Diplomatique, un des plus sérieux et crédibles mensuels marocains. Diplômé de la ...
Le plus radicalement dangereux est en nous-mêmes !

Casablanca – Comment va le Maroc ? J’ai la petite prétention de poser crûment cette question qui me taraude. Bien entendu, je n’ai pas la réponse. Qui, au demeurant, pourrait aujourd’hui prétendre en fournir une ou même plusieurs ? Je pousserais néanmoins l’audace jusqu’à dire : comment va le monde ? Car, nul pays n’échappe désormais à ce cycle de désordre, d’inquiétude et de peur. Les vertiges identitaires sont devenus la première revendication des peuples en désespoir : en France, en Russie, en Hollande, dans cette tranquille Scandinavie – autrefois hâvre de la social-démocratie -, en Grande Bretagne et dans d’autres pays, dégénèrent des mouvements fascistes qui n’ont rien à envier à ceux du nazisme hitlérien. Ils prospèrent dans le terreau de l’immigration, du faciès et du chômage. Ils poussent quelques « bons esprits » qui incarnaient la gauche, même les « libéraux » et certains démocrates en mal de positionnement à leur emprunter quelques thèmes quand ce n’est pas à les imiter carrément dans la perfide surenchère.

Euro-neo-fascisme

Nous vivons désormais dans un monde forclos. Plus la communication et l’ouverture croient élargir leurs instruments et leurs espaces, moins les habitants de cette terre meurtrie – plus de 7 milliards – expriment un quelconque sentiment de rapprochement et d’empathie les uns envers les autres. Pourtant, la Galaxie Mac Luhan est bel et bien là, incrustée dans nos têtes depuis belle lurette. Elle est en œuvre, certes, mais diffractée, le nationalisme ravaudeur l’ayant coiffée au poteau. Le sociologue canadien qui se faisait fort de la réduire à un village, ne croyait pas si bien dire : la communication devait être le vecteur prodigieux du brassage humain. Bernique : jamais les haines n’ont été si profondes et affichées.

« Le spectacle, stade ultime du fétichisme de la marchandise » ! 

Je reprends à mon compte ce beau texte – le deuxième après le monumental livre : « La Société du spectacle » – que Guy Debord avait publié dans les années soixante-dix. L’identité est l’objet des faiseurs de spectacles, tout à leur cynisme incarné. Au Maroc, la perte d’identité participe d’une dilapidation de soi que les psychanalystes qualifient à tort ou à raison de transfert ! Lacan, plus et mieux que Freud, caractérise le transfert par le mimétisme immobile, subi…sans résistance du Sujet que nous sommes.

Plus que les scandales et les rocambolesques tripatouillages qui défraient la chronique, plus que les démences individuelles qui prennent une dimension tragique dans nos modes de vies, c’est d’une rupture du lien social qu’il faut s’inquiéter ! Cette identité bigarrée, disloquée, vantée pourtant comme une riche et nécessaire dissonance, faisant même du paradoxe un credo, ces discours lénifiants et emberlificoteurs, ce racisme rampant, cette tension enfin au creux d’une vague dévastatrice…nous voilà conduits tout droit à la pensée unique, rigide et autoritaire, bénissant même ce que l’on devrait craindre et ce qu’il peut y avoir comme le plus radicalement dangereux…Nous-mêmes !

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