Scandale de la raclette au complexe Moulay Abdallah: Voilà pourquoi Ouzzine doit démissionner

Ismail Harakat
Ex-membre des rédactions de plusieures publications au Maroc, en France et en Espagne, Ismail est également académicien. Il est aujourd’hui enseignant chercheur et professeur aux universités canadiennes de Sherbrooke, Laval à Québec et ...
Scandale de la raclette au complexe Moulay Abdallah: Voilà pourquoi Ouzzine doit démissionner

Montréal – À presque 46 ans, Mohammed Ouzzine n’a pratiquement rien compris aux règles du jeu politique. Dans son esprit, le scandale de la raclette qui a rendu la pelouse du Complexe Moulay Abdallah impraticable à l’occasion de la Coupe du monde des clubs est au mieux un coup de la malédiction du ciel et au pire le fruit de l’incompétence de son entourage. Autrement, il ne lui est pas arrivé un seul instant à l’esprit qu’il puisse lui-même assumer une part de responsabilité dans toute cette affaire. Il s’accroche ainsi mordicus à la thèse selon laquelle un ministre ne peut être au four et au moulin et doit déléguer à autrui un certain nombre de prérogatives afin de ne pas retarder les chantiers lancés sous la conduite « éclairée » de notre gouvernement.

Ce sentiment d’injustice ressenti à l’issue du scandale de la raclette l’a poussé à prendre le taureau par les cornes en éconduisant sans aménité le secrétaire général du ministère ainsi que le directeur des Sports. Dans son for intérieur, il semblait convaincu que l’opinion publique marocaine allait avaler la couleuvre et s’estimer satisfaite de cette réaction intempestive et en apparence ferme.

Ouzzbenk

Dans le fond, il est possible que la responsabilité du scandale incombe effectivement aux cadres limogés, à la société ayant décroché le contrat de la réfection du Complexe Moulay Abdallah ou à celle qui devait s’occuper de l’implantation du gazon selon les standards requis par la FIFA, mais dans tous les cas de figure la responsabilité directe de Mohammed Ouzzine est largement engagée pour la simple et bonne raison qu’il est en tête du département de tutelle. Peu importent les conclusions de la commission d’enquête chargée de tirer toute cette  affaire au clair, il faut que Mohammed Ouzzine démissionne sans se poser la moindre question quand bien même serait-il victime de l’incompétence de son entourage, voire de la malhonnêteté de certains. C’est exactement ce qui se serait passé dans n’importe quel pays démocratique. La démission aurait été dans pareil cas la première mesure qui aurait été prise par un responsable qui se respecte, parallèlement à l’ouverture d’une enquête.

Un lien passionnel entre le poste et son titulaire

Se considérer innocent tant et aussi longtemps que les conclusions de la commission n’auront pas été rendus publics est en soi une insulte faite aux marocains car on conforte ainsi  l’image de l’homme politique qui s’accroche à son poste contre vents et marées, ce qui constitue somme toute la réalité marocaine. Mohammed Ouzzine aurait pu s’épargner la honte de la sanction royale en prenant les devants, même si le palais n’a fait que récupérer pour son compte l’indignation populaire. Il y a donc quelque chose de pathétique dans cette insistance à se maintenir au poste au moment  où l’opinion publique crie au scandale et réclame des sanctions. Le titulaire du département de la Jeunesse et des Sports ne semble pas saisir l’ampleur de la catastrophe et préfère s’en tenir aux conclusions de la commission d’enquête qui pourrait peut-être pense-t-il le dédouaner de toute responsabilité et à partir de là s’accrocher à son poste jusqu’à la fin du mandat du gouvernement Benkirane.

Il est fort regrettable de constater qu’au Maroc, la vertu de la démission ne figure pas dans le lexique gouvernemental. On ne compte pas le nombre de hauts responsables qui ont manqué l’occasion d’anticiper le cours des événements en démissionnant, estimant à tort ou a raison que le temps constitue un remède efficace contre l’opprobre populaire. En février 2010, le ministre des Habous et des Affaires islamiques aurait du démissionner après l’effondrement du minaret d’une mosquée à Meknès. Le ministre de l’Habitat aurait du faire la même chose face aux drames à répétition engendrés par l’insalubrité des anciennes médinas du pays. Le ministre El Guerrouj aurait pu disparaitre de la circulation  après s’être couvert de ridicule avec du chocolat. Et on peut dire même qu’Abdelilah Benkirane lui-même aurait du démissionner à la mi-mandat après que ses prérogatives aient été considérablement amputées en violation flagrante de la nouvelle constitution.

Qu’importe! On ne démissionne pas au Maroc. Cette « vertu » est étrangère à nos mœurs politiques qui veulent que seul le  roi est habilité à démettre un responsable de ses fonctions. C’est évidemment faux car la réalité réside dans le lien viscéral entre le titulaire d’un poste et son siège. Une fois que le lien entre les deux devient passionnel, la séparation vire au drame.

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