N’ont-ils pas été avertis? Qu’ils en soient leurs propres témoins !

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
N’ont-ils pas été avertis? Qu’ils en soient leurs propres témoins !

Rabat- Les idées fusionnent, les passions sont à leurs températures d’ébullition, les nerfs sont à bout, les perspectives sont floues, les médicaments manquent aux hôpitaux, les enfants ne sont pas heureux dans leurs écoles, la prière se fait en deux groupes dans certaines mosquées, les jeunes s’agitent, les hommes et les femmes perdent pied et sont sur le qui-vive, les politiciens se frottent les mains, ils aiment, ils n’ont pas l’air de savoir ce qui les attends s’ils ne se la bougent pas.

L’information atterre. La violence se structure. Elle dévoile l’horreur qu’il ne s’agira plus d’oblitérer par un discours emprunté à des idéologies romantiques ou à une histoire imaginaire. La richesse du pays se serait perdue. Personne ne sait plus où elle est passée. La saison de chasse est ouverte. Il ne reste plus qu’à lâcher meutes et éperviers pour la rechercher et la récupérer.

Les politiques de la cohésion, de la paix sociale et de l’intégration des cultures et des couches économiques sont un échec total. Les discours les portant ont failli face aux premiers vrais défis. Un jeune homme est tué, égorgé, c’est la vérité qui sort des rues des quartiers de la marge. Les analyses se multiplient. Il y avait d’autres signes précurseurs de violence contre des émigrés du continent. Des actions ont bien été entreprises, trop tard disent certains, pas les bonnes en disent d’autres. Les problèmes d’ailleurs s´imposent à nous qui devraient être pris en charge dans l’Eldorado, nous ne sommes qu’une étape, une salle d’attente, on doit s’y faire, on a nos poissons, nos poivrons et nos fraises à fourguer, disent d’autres ! On dirait un récit de Dante ! Pour jouir du Paradis il fallait passer par l’Enfer et Purgatoire et lui, déjà au XIII siècle, il accepta l’exile pour que l’Eglise soit séparée de l’État.

De notre part, nous avions sonné l’alarme il y a quelques années déjà. Nous nous rappelons qu’on nous avait reproché d’aviser des sentiments et des attitudes racistes que nourrissaient certains de nos compatriotes jusque dans les salles de cours et des restaurants de nos universités et grandes écoles. Plus les émigrés devenaient visibles, plus des théories de concurrence pour la richesse, le travail et autres facteurs de bien-être se faisaient entendre…et plus primaires devenaient les instincts …

 Un résistant tué est une victime, un héros et un martyr

La résistance est toujours légitime. En aucun cas ne doit-elle être comparée à la violence de l’occupation et de la colonisation. Un résistant tué est une victime, un héros et un martyr. Un occupant tué est un voleur et un criminel pris en effraction l’arme à la main tirant sur d’honnêtes gens qui se défendent et défendent leurs enfants, leurs familles et leurs propriétés. Toutes les logiques les distinguent les uns des autres. Les logiques de toutes les religions, celles des droits positifs et celles de l’honneur et de la dignité glorifient les premiers et condamnent les seconds. Pas toutes les logiques, peut-être ! On attend toujours de voir celles des Nations Unies et des plus grandes démocraties de l’Occident libre et libéral.

Il suffit pour un parlementaire britannique de s’exprimer pour Gaza pour se faire tabasser en public : la preuve, s’il y en a besoin, de la vraie démocratie et de la liberté d’expression la plus authentique dans le pays le plus démocratique du monde. Le silence relatif retrouvé des airs de Gaza laisse s’entendre les déflagrations assourdissantes de conflits et de scandales d’autre nature.

L’État islamique avance. Il le fait avec des auto-mobilisés volontaires allemands, français, britanniques et hollandais. Il le fait aussi avec des mercenaires payés en pétrodollars et avec des armes dont l’origine commune impose des conclusions effrayantes. Pourquoi ne pas appliquer le principe le plus élémentaire et le plus consensuel de tous. Les responsables payent. Ceux qui foutent la pagaille font le ménage. Et ceux là, tout le monde les connaît, ils ne peuvent pas s’en cacher !

L’Ukraine actuelle n’est pas une démocratie, pourquoi donc s’acharne-t-on à nous le faire croire ? Les abris des anciennes guerres sont dépoussiérés et reprennent du service. Les petits enfants découvrent où leurs parents et grands parents se réfugiaient des nazis. Ils s’y cachent de l’armée ukrainienne qui s’est retirée du champs de bataille en y laissant les corps de ses morts sans même les enterrer ! Les séparatistes – aussi appelés pro-russes – récupèrent du pays. Les sociétaires de l’OTAN s’offusquent et menacent des d’actions plus sévères. Entre temps, les russes ficellent des dossiers de plusieurs milliards qui traînent depuis une dizaine d’années avec les chinois. Les petits pays sont rappelés à l’ordre pour qu’ils ne profitent pas du vide laissé par les parrains dont les troupes se lamentent dėjà et dénoncent l’inefficacité des sanctions.

La destruction prendra des décennies pour se reconstruire

Les diagnostics ne sont pas très différents. La pauvreté, la vanité, la cupidité, les tendances hégémoniques et l’égoïsme sont à l’origine des maux et des griefs les plus fréquents. Les conséquences aussi. La destruction prendra des décennies pour se reconstruire. Et les richesses perdues, combien de temps prendront-elles pour se reconstituer ou être retrouvées et restituées ? Sera-t-il plus aisé de raccommoder les sentiments écorchés, soigner les attitudes lacérées et les alliances défaites que de rebâtir les murs démolis dans les bombardements ?

Les solutions ne peuvent pas être les mêmes. Il n’y a pas de recettes. Le Royaume Uni peut confisquer leurs passeports à ses nationaux rentrant d’un front de « jihadisme » ou les emprisonner tous. Ceci ne servirait à rien car ce n’est pas une stratégie contre leur radicalisation ni contre la haine qu’ils ont pour leur pays et ses gouvernants. Les américains peuvent déclarer l’éducation supérieure un droit de tous. Ceci ne servirait à rien car la formation la moins chère est plusieurs fois supérieure aux salaires annuels moyens des couches les mieux loties et demeure inaccessible à des tranches importantes de la jeunesse, surtout celle des minorités ethniques maintenues dans la pauvreté. Les gouvernants du Maroc peuvent essayer de faire patienter le peuple au bord du gouffre. Ceci ne servirait plus à rien car le peuple ne veut plus qu’on le balade comme on l’a fait depuis longtemps avec des promesses de futurs meilleurs qui ne se matérialisent que pour ceux qui les font.

Les gens savent ce qui doit primer. Ils savent aussi ce qu’ils ne veulent plus, ce dont ils ne peuvent plus. Ils ne veulent plus qu’on leur mente, qu’on gaspille l’argent qui devrait aller à leurs villes, à leurs villages, aux écoles, aux hôpitaux, aux routes et aux activités culturelles et sportives de leurs enfants. Ils n’en peuvent plus de la peur dans laquelle on les fait vivre. Ils n’en peuvent plus d’être les otages de politiques qui les marginalisent et dont ils ne sont pas au centre. Ils ne veulent plus qu’ont leur fasse subir des discours qu’ils ne comprennent pas et qui ne les concernent pas. Ils n’en peuvent plus de ce sentiment d’infériorité, de non-citoyens et de servitude qu’on leur inflige. Ils veulent de l’air, de la liberté, de l’égalité, de la dignité, de la responsabilité. Ils veulent la fin de l’impunité, du copinage et des privilèges hérités. Ils veulent surtout que ça se fasse vite car ils n’ont plus de temps de patienter.
Protégez vos meubles, si vous en avez ! Tous, chacun dans on pays et à son niveau, sont d’accord qu’il faut agir d’urgence pour sauver les meubles et éviter le pire. Quand on a pas de meubles, toutefois, le pire n’est pas le feu ! Leçon très précieuse pour celles et ceux qui ont des meubles à sauver !

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