Au chevet de la politique

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
Au chevet de la politique

 

Rabat – Confusion totale, on ne sait plus qui est qui? À mesure que le champs politique cède aux pressions de la passion et de l’irrationnel, plus il devient rare de se réclamer de droite ou de gauche sans se sentir obligé de s’en excuser. Par ailleurs, rattrapées par leurs diables, les deux pôles, suffoqués et à court d’air, peinent à résister et donnent l’impression d’être au bout du rouleau, prêts à rendre l’âme. L’optimisme, toutefois, voudrait que l’on pense que l’agonie, aussi longue, douloureuse et pathétique sera-t-elle ne devrait pas être nécessairement irréversible. Les victimes devraient être capables de se relever et les dégâts de se réparer. Les différentes formes de l’intimidation et du chantage dont les bourreaux se prévalent pour aplatir les différences, faire taire les revendications et achever la diversité ne devraient pas non plus être une fatalité.

Perturbé, le balancement normal de la pendule peut avoir l’air de défier les lois et aller taquiner les limites jusqu’à heurter les parois, les percer et déclencher l’hémorragie. La brèche ne peut être ni colmatée ni comblée sans l’engagement infaillible pour la vie, la liberté, le bonheur et la joie.

 

« Combien de partis, avez-vous dit déjà ? »

« Ah, oui …  intéressant … rien que ça …  « 

« L’ensemble de la gamme, y compris les extrêmes du spectre ».

« Et qu’en est-il de toutes les contradictions qui les ont opposées à travers leur histoire, leurs référentiels que l’on pensait irréconciliables, leurs discours qui se nourrissaient de projets de destruction l’un de l’autre, leurs conflits idéologiques intestinaux, les sentiments de haine qu’ils portaient l’un pour l’autre et le manque de confiance ancestral que leurs militant-es de base héritent de leurs aînés, qu’en est-il de tout ça? »

« Il faut croire que soit ça ne compte plus autant, soit que les enjeux sont maintenant ailleurs, que les priorités ne peuvent plus être assumées par les institutions en place ou que les consciences sont en train de subir une redéfinition profonde et que la sémantique s’en retrouve ébranlée et les discours conquis par l’ambiguïté ».

Les mots se récupèrent et prennent des sens que seul-es celles et ceux qui les répètent savent manipuler pour se maintenir dans la foulée des privilèges et des avantages qu’ils procurent tel l’équilibriste qui doit juger la force du vent et sa direction avant de faire chaque nouveau pas. La cohésion politique ne serait donc plus celle qui cimente au sein d’un groupe ou d’un mouvement autour de projets, de principes et de priorités mais le liant qui permet la plus forte maîtrise coalisée pour la traite la plus complète et la saignée la plus épuisante.

Les dimensions financières et monétaires font de l’ombre aux prérogatives sociales et humaines, voire économiques, de la politique. La valeur s’échange en pouvoir exclusif contraignant dès lors que ni l’une ni l’autre ne se conçoit partagé, pluriel ou facultatif. Une seule valeur et un seul pouvoir, indivisibles et dissociables, sont possibles. Tous doivent s’y soumettre. À la limite, la liberté d’en reformuler l’expression est consentie donnant ainsi l’impression d’une marge de variation, voire, l’alternative de s’en départir.

Exit la moralisation, la lutte contre la corruption, la transparence, le renouveau, les concepts classiques de la démocratie et ses mécanismes élémentaires la liberté d’expression et de conscience, la majorité issue des urnes, la reconnaissance des minorités, le droit de se réunir, etc.

Jamais n’aurions nous vu autant de débats contradictoires sur la participation ou non à un gouvernement au sein des mêmes formations politiques tout comme on n’avait jamais vu des partis sans poids physiques s’attacher et se cramponner à une majorité qui est loin d’être la leur. D’aucuns invitent à y voir le champs d’un cygne faisant ses adieux à un espace sur lequel il régna longtemps sans partage et qu’il perdit plus vite qu’il ne puis s’en rendre compte. On en dit aussi c’est l’instinct de survie qui avertit, relance et pousse à s’accrocher, des œillères occultant l’ébullition ambiante, se voilant la face pour se dérober aux regards de celles et de ceux qui choisissent de ne pas suivre tête baissée …

À supposer que sans le feu la fumée soit possible, sans combustion le brûlé peut-il se sentir si fort !?

 

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