Trump ne m’étonne pas !

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
Trump ne m’étonne pas !

Rabat - L’étonnement n’est nullement justifié. Trump est égal à lui même. Il ne fait que tenir les promesses de sa campagne électorale et confirmer ses comportement de star de télé réalité sans états d’âme. Peut-être le fait-il de manière brutale, gauche, hâtive et sans considération des sentiments des uns et des autres, mais ça, c’est sa nature et son style, on le savait déjà. Qu’on les partage ou non, et nonobstant l’opposition de la rue qui s’organise contre son projet, ces promesses sont celles que la majorité de ses concitoyens ont choisies et pour lesquelles ils l’ont élu.

La rédaction de l’ordre d’interdiction des ressortissants de sept pays musulmans du territoire américain donne le la. Elle a été marquée d’amateurisme et souffre d’un déficit de maturité professionnelle aiguë. Le texte n’a pas été soumis aux révisions et lectures usuelles par les services juridiques et politiques ni de la Maison Blanche ni des experts des ministères des affaires étrangères et de la justice. Non seulement posa-t-il des problèmes aux autorités responsables de son exécution mais il fut immédiatement déclaré inconstitutionnel par des gouverneurs et fut, par la suite, suspendu par un juge fédéral.

« C’est un ordre discriminatoire. Il rappelle celui de 1942 qui institua les camps où furent tassés les américains d’origine nippone pendant la guerre et après … Notre état ne l’acceptera jamais » martèle le gouverneur de l’état de Washington. Celui d Californie rappelle à Trump que son état était un d’hommes et de femmes d’affaires, d’artistes, de créateurs et de travailleurs immigrés et qu’il n’y aura pas de discriminations ni religieuse, ni de race, ni d’origine. Quelques heures après la signature de l’ordre, une mosquée faisant aussi office de centre islamique fut brûlée. L’ombre du KKK pèse.

L’ordre est prémonitoire. L’ère Trump ne s’annonce pas rose pour le reste du monde. Les américains d’origines étrangères se sentent menacés, voire terrorisés. Il annule les droits acquis par de longues luttes des femmes et des gays. Il récuse les conventions que son pays avait signé avec des voisins et des partenaires. Il interdit aux chercheurs et aux universitaires de communiquer sur leurs travaux sans l’autorisation express d’une agence dédiée à leur censure – soit-disant pour protéger leurs résultats. Il parle avec une irrévérence choquante de grandes civilisations et de grands peuples.  Il défend ses décisions avec l’arrogance d’un enfant gâté, mal élevé, égoïste et méchant à qui on a confié la garde d’une caserne de soldats de plomb.

Il a la presse et les médias en horreur. Il les insulte, les humilie, les snobe, leur refuse l’accès à l’information, et les menace de procès pour diffamation. Il les court-circuite à coups de twitt et de prises de parole directes en leur absence. Il leur en veut de dévoiler son rôle dans l’effondrement financier des années quatre vingt dix,  ses subterfuges, ses mensonges et les zones d’ombre de ses affaires. Il les hait pour les analyses psychiatriques et psychologiques et de sa personnalité de grands experts qu’ils font font relayer sur leurs pages. Il les hait pour les caricatures et les blagues par lesquelles ils montrent son ridicule.

Les autres n’existent pas pour lui. Quand il dit, les États Unis d’abord, c’est de lui qu’il doit parler en réalité. Quand il veut faire rapatrier les industries et les capitaux américains, ses motivations sont ambiguës, c’est pour que ses affaires à lui renouent avec le bénéfice et sortent du rouge disent les observateurs. Il est le président des ultras riches, des isolationnistes, des populistes, des anti chinois, des misogynes, des racistes, des sionistes, des fabricants d’armes, des va-t-en guerre. Il veut relancer l’économie en drainant des investissements à des grands chantiers de construction, de réfection des routes, des voies ferrées, des aéroports. Ce n’est pas une performance de l’imagination ni d’intelligence, il compte répéter l’histoire en empruntant à Roosevelt sa solution d’il y a presque un siècle. Pour ceux qui s’en rappellent, ils en tremblent déjà, car ils savent que c’est seulement grâce et après la guerre que la crise s’était résorbée.

La construction des murs, ça me connaît, avait-il dit quand il décréta faire payer le Mexique pour la séparation qu’il entend ériger entre les deux pays. Il s’avéra vite que les murs qu’il excelle à bâtir ne sont pas que physiques. En plus d’isoler les États Unis, physiquement de ses voisins du Sud, il le fait en se retirant des groupes économiques et de coopération régionaux, en récusant les traités commerciaux bilatéraux et multilatéraux qui lient son pays à d’autres et en se soustrayant aux engagements de son pays et de ses alliances stratégiques tous, fruits de  négociations longues et ardues à la recherche d’un équilibre mondial, au demeurant jugé toujours largement en faveur de son pays. Et pour achever le cercle, il en appelle à la re- colonisation de l’Afrique. Et là, il me toucha directement. Du coup, je répond, touche pas à mon continent ….

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