La communication pour dépoussiérer la politique marocaine

Hamza hraoui
Directeur de communication et de stratégie de marque, Hamza est également spécialiste de relations publiques et membre du think tank "Different". Mais la stratégie de communication politique et publique font de lui un consultant que tout homme politique ...
La communication pour dépoussiérer la politique marocaine

Paris – Depuis quelques semaines, le communiqué de presse du Ministère de la Jeunesse et des Sports et la séquence de communication qui ont accompagné la gestion du dossier brûlant de la CAN 2015, sont sur toutes les lèvres.

Je ne parlerai pas ici du niveau du désormais fameux communiqué… Je veux porter le débat autour d’un sujet plus complexe: l’importance du « spin doctoring » pour nos institutions. Cette pratique est indispensable pour que le décideur public donne du poids à ses choix.

Nos hommes politiques n’ont plus le choix, ils doivent moderniser leur communication

Ils ont du mal à intégrer la notion d’interdépendance permanente entre politique, communication et opinion publique. Or, aujourd’hui, on ne peut plus omettre la communication, quand on vit avec l’immédiateté de l’information impulsée par le digital. Ce phénomène a profondément bouleversé la relation autorité-public, obligeant les hommes politiques à revoir en profondeur leurs messages et leur organisation.

Au Maroc, ces derniers seront de plus en plus amenés à s’expliquer, détailler et être en conversation permanente avec l’opinion publique. Ils doivent surtout davantage communiquer, et communiquer juste face à des citoyens-experts. Certains politiques délaissent volontairement le métier de la communication peut-être par peur de partager l’information et donc le pouvoir… Qu’ils se rassurent, la maîtrise de l’information et de la communication est justement la clé du pouvoir.

CAN 2015, un cas d’école

Quand Mohamed Ouzine voulait défendre son point de vue devant les Marocains, vis-à-vis de la fermeté de la Confédération africaine de football, il était déjà trop tard. Non seulement ses arguments n’étaient pas les bons, parler de faits et rien que de faits n’est pas toujours recommandé lorsqu’on veut s’adresser à l’émotion des gens, mais il était inaudible.

Nous savions tous que c’était peine perdue pour le Maroc, mais le ministre des Sports et de la Jeunesse avait pourtant une vraie carte à jouer: celle d’engager les Marocains derrière lui, en clarifiant les enjeux, en montrant aux gens une vision et un but impliquant, clair et solide. Mais ce qu’il lui arrivait était plus cruel. Plus il parlait aux médias et plus l’intensité du désir de l’entendre diminuait. Rien n’est plus terrible que de ne pas disposer du soutien de l’opinion publique quand on est en négociation dans un contexte international. Vous perdez en crédibilité et en sérénité. Issa Hayatou le savait et a fait pression sur le Maroc jusqu’à la fin du match.

La communication n’est pas un tout, évidemment, mais elle sert assurément l’action pour susciter l’adhésion des gens. Les politiques doivent savoir la manier pour renforcer leurs actions publiques. Car, in fine, l’enjeu crucial est toujours celui de l’image. L’image cristallise à la fois la confiance et la fierté nationale. Une image vaut mille mots disait Confucius, et malheureusement cette épitaphe peine à être inscrite au sommet de l’Etat, puisque c’est au chef du gouvernement de donner l’exemple.

L’image aussi est l’empreinte de l’autorité, utile à la démocratie puisque les deux sont liées. On a vu récemment comment la posture et le territoire sémantique du chef du gouvernement, désormais sa marque de fabrique, pénalisent son action. Au regard de son caractère, son image dans le pays fini par handicaper toute ses prises de parole.

Les communicants doivent monter en compétence, les décideurs eux, doivent installer la confiance

Je plaide donc pour une prise de conscience urgente de l’importance d’une communication politique créatrice de valeur. Car je me désole toujours de voir que c’est l’image du pays et sa construction démocratique qui prennent des coups. Et c’est à nous, « communicants » marocains, de pousser vers cette démarche. Travaillons avec responsabilité. C’est-à-dire? Nous devons être des pédagogues en permanence. La pédagogie n’est pas la propagande, et la communication politique c’est surtout et avant tout de la pédagogie. Elle est là pour informer, pour permettre de transmettre des messages, pour aider à prioriser, pour expliquer et justifier les décisions.

Elle est nécessaire pour la démocratie parce qu’elle doit être authentique et vraie. Elle ne vise pas non plus à tuer la créativité, et les exemples pour le démontrer sont légions: en France, ce pays qui nous influence tant, le Premier ministre Manuel Valls a fait son dernier discours de politique générale en version augmentée.

En parallèle de son discours devant les représentants de la nation, son compte twitter diffusait des infographies animées avec des verbatim bien choisis pour illustrer la force de ses propos. Une vidéo du discours en augmenté était également disponible sur Dailymotion à la fin du speech. Cette communication à destination du deuxième public (le citoyen-expert et les médias), a permis de donner un ton plus aspirationnel, plus proche que celui utilisé devant les parlementaires.

Pour définir cette pédagogie que j’appelle de mes vœux, le communicant doit être intégré au cœur du point névralgique du pouvoir: le processus de décision au sein des ministères et des institutions. Il doit travailler en pleine confiance et sur le même piédestal que le directeur de cabinet, assister aux définitions des projets structurants, aux réunions de crise dans les « war room » etc. Cette proximité facilitera la pédagogie et les électeurs auront alors en face d’eux des dirigeants véritablement soucieux de leur rendre des comptes, de les associer aux choix comme aux renoncements, bref, il s’agit ici d’un cercle vertueux où la démocratie prend toute sa place.

C’est un enjeu qui dépasse celui des hommes politiques. Ce déficit de communication dans un monde qui va très vite, peut mener à une inexorable destruction de la confiance, entre l’opinion publique et les décideurs. Car ce déficit fragilise non seulement l’expression des figures d’autorités mais accélère les crises du politique, des médias et de l’entreprise. C’est à nous communicants et décideurs d’y mettre fin en amorçant un changement méthodologique, mais surtout éthique, capable de redonner à la communication publique au Maroc son utilité et sa légitimité.

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