Une révolution diplomatique…enfin!

Ismail Harakat
Ex-membre des rédactions de plusieures publications au Maroc, en France et en Espagne, Ismail est également académicien. Il est aujourd’hui enseignant chercheur et professeur aux universités canadiennes de Sherbrooke, Laval à Québec et ...
Une révolution diplomatique…enfin!

Montréal- Le discours du roi Mohammed VI devant la 69ième session des Nations Unies et dont lecture a été faite par le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane constitue une véritable révolution diplomatique dans l’histoire du Maroc post-indépendance. Pour la première fois, un souverain marocain ose dire ses quatre vérités à cet occident arrogant, beaucoup plus prompt à donner des leçons qu’à délier les cordons de la bourse. Un occident qui lâche sa meute d’organisations dites des droits de l’homme et qui s’arroge en toute iniquité le droit d’accorder les bons et les mauvais points aux pays du Sud à travers des critères de notation très discutables.

Non seulement le Maroc a-t-il exprimé toute l’étendue de sa déception face à cette tendance des grandes puissances occidentales à imposer un modèle de gouvernance unique indépendamment de l’évolution propre à chaque société, mais il a joint la parole au geste. Ainsi, alors que Washington, Londres et Paris – ce fameux trio qui monopolise les décisions interventionnistes à l’échelle du Conseil de Sécurité des Nations Unies – fait semblant de verser des larmes de crocodile suite à la crise ukrainienne, le Maroc a pour une fois eu la bonne idée d’emprunter une voie tout à fait opposée, pariant sans la moindre gêne sur Moscou à travers la signature d’une série d’accords avantageux pour les deux pays. Il était temps.

Trouver des alternatives viables aux marchés européens 

La diplomatie marocaine, alignée sans la moindre nuance sur celle de la France et à un degré moindre des États-Unis, a toujours mis tous ses œufs dans le même panier. Au nom de la question du Sahara, certes, mais aussi des autres avantages qui devaient découler de cette relation privilégiée. Or, il s’est avéré que la majorité des accords signés entre le Maroc et ses partenaires américains ou européens profite à Washington et à Bruxelles davantage qu’à Rabat. A commencer par l’accord de pêche qui eu pour conséquence de vider le littoral marocain de son poisson, faisant flamber les prix comme jamais. Et que dire de ces accords de « libre-échange » assujettis à toute une batterie de conditions au nom des sacro-saintes normes de qualité et d’hygiène comme si nos produits étaient à haut risque.

Oui, il était temps d’en finir avec ce monopole et cette prétendue « relation d’excellence » qui ne s’est pas du tout traduite par des résultats tangibles et un bilan équilibré.  Trouver des alternatives viables aux marchés européens est devenu une nécessité absolue à un moment où le centre d’intérêt économique de la planète s’est déplacé vers l’est. Le pari fait par le Maroc sur la Russie est donc une très bonne nouvelle et il serait vivement souhaitable qu’un accord similaire soit signé avec la Chine. Il faut certes relativiser la portée de ce changement de cap opéré par la diplomatie marocaine quand on sait que l’éloignement de la Russie ou de la Chine constitue un véritable facteur de blocage, mais il fallait oser. Un jour viendra où ce nouveau virage d’avèrera payant.

Le rôle du Maroc dans la lutte contre le terrorisme 

L’Europe et les États-Unis savent ce que représente en outre le Maroc en tant qu’allié dans la lutte contre le terrorisme. Son rôle est d’ailleurs régulièrement souligné par les pays du Sahel eux-mêmes qui apprécient au plus haut point l’implication humanitaire marocaine. Mais qu’avons-nous gagné de la part de cet occident qui n’hésite pas à solliciter notre participation dans les grands conflits internationaux et à qui nous avons aveuglément ouvert nos portes? Des miettes! Pire, des exhortations hypocrites de la part de cette engeance « droit-de-l’hommiste » incarnée par les Transparency, Amnesty et autre Reporters Sans Frontières qui distribuent au gré de leur humeur les bons et les mauvais points, aidés en cela par une poignée d’individus qui véhiculent leurs «valeurs » au sein des pays du Sud.

Juste un petit rappel historique à l’adresse de ceux qui font semblant de pleurer le sort de l’Ukraine : Saviez-vous que la Crimée a été attribuée en 1954 par Nikita Khrouchtchev à ce pays lors de célébrations du 300ième anniversaire de la réunification de la Russie et de l’Ukraine? A l’époque, le chef du Soviet Suprême était à mille lieues de douter qu’un jour viendrait où l’Union Soviétique allait voler en éclat, rendant caduc ce cadeau empoisonné. D’ailleurs l’Occident sait pertinemment qu’en cas de référendum d’autodétermination en Crimée, l’Ukraine n’aurait pas la moindre chance de l’emporter. Mais, ça, les donneurs de leçons n’en parlent pas beaucoup…

Ce n’est pas le président Hollande, le journal « le Monde » ou Transparency International qui nous donnent à manger. Le jour où ça sera le cas, on acceptera avec certain fair-play la fatwa-éditorial du journal « Le Monde » ou encore les 5 sur 20 que Transparency daignera nous accorder.

© Morocco World News Français. Tous droits réservés pour tous pays. Cet article peut être  reproduit à la condition d’en citer la source et l’auteur.

 

commentaires

© 2014, Morocco World News - Français

Retour en haut de la page