Comprendre ce qui nous arrive : éléments préliminaires !

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
Comprendre ce qui nous arrive : éléments préliminaires !

Rabat- Mon ami rêva qu’il votait pour un adversaire qu’il abhorre. Il s’en réveilla ahuri. Il décida d’aller voir un psy pour reprendre de l’altitude. Il est optimiste.

Une connaissance fortuite et non choisie fit le profil le plus vil des arabes et le rend public. Elle tomba trop bas pour bien voir et pour tout voir. Elle ne vit que sa propre image et celle de ses potes dans l’eau saumâtre et sale de la marre dans laquelle elle se noient sans comprendre ce qui lui arrive.

Les niveaux d’analyse

Est-il vrai que pour bien les comprendre, les problèmes doivent être ramenés à leurs niveaux les moins complexes, les plus locaux et les démonter en leurs plus petits composants ? L’approche atomistique mécanique, quoi ? Comment faire dans ce cas pour éviter le risque de ne plus voir les relations et les interactions entre ces petits éléments dans lesquelles naissent les problèmes si on devait les séparer des autres ou trop nous en rapprocher ? Comment voir les minuscules éclats des explosions et des implosions projetés très loin de leurs centres par les extraordinaires forces des contradictions internes et externes et comment apprécier le trajet cybernétique de leurs mouvements boomerang.

 La question est donc comment trouver les meilleures hauteurs pour mieux appréhender chaque nouveau problème dans ses détails et dans sa globalité afin d’en apprécier le fonctionnement des composants et des facteurs et leurs interactions aux niveaux de l’éc helle de grandeur les plus bas et les plus hauts et les plus spécifiques et les plus globaux. En d’autres termes, comment donner un sens aux phénomènes qui ne les réduirait pas à des événements locaux et spécifiques à des situations précises et limitées dans l’espace et le temps alors qu’ils sont de nature dynamique, globale et universelle et leur trouver des causes et des effets qui ne les confineraient à des statuts de simplicité, de faits isolés et passagers alors qu’ils sont complexes, structurels et trans-frontaliers. La sagesse et le bon sens que l’expérience de la vie, l’éducation traditionnelle dite de nos jours informelle ou parallèle et la pratique de métiers intégrés dans des processus de production socialement maîtrisés permettaient à tous de développer des compétences d’évaluation des situations et la connaissance des personnes qui prenaient tous ces niveaux et cette complexité en compte. La survie en dépendait !

Le sentiment dominant actuellement d’être ni bien informé ni suffisamment préparé intellectuellement et affectivement pour faire face à la complexité croissante du monde est devenu, toutefois, si fort que les gens le trouve naturel de se déssaisir et se désister des questions les plus importantes, et de laisser à d’autres le soin de leur confectionner leurs opinions, leurs analyses, leurs évaluations, voire, les attitudes qu’ils doivent avoir et partant leur dicter leurs comportements. La politique, les croyances, les positions politiques et culturelles, les sentiments à avoir et les décisions économiques deviennent donc l’affaire des experts. La culture dominante actuellement est que chacun limite son action, y compris sa réflexion, à son petit domaine de spécialisation et laisse le reste – c’est à dire ce qu’il doit penser, sentir et faire – aux experts.

Exemples de la vraie vie

Devons-nous, par exemple, nous attarder sur les comportements sociaux d’une personne et la disqualifier du registre des grands de l’histoire sur des faits malencontreux comme le manque abusif de loyauté envers sa femme et sa famille, son addiction au jeu ou à une substance narcotique, les dettes qu’elle n’avait pas remboursée ou la juger sur son action politique reconnue par tous comme majeure, son œuvre académique encyclopédique de haute qualité et les idées « progressistes » autour desquelles elle a pu mobiliser. Au niveau le plus personnel et privé, la vie de cette personne est un échec selon tous les critères sociaux et moraux. Aux autres niveaux politique, idéologique et académique, l’influence de cette personne est des plus positives en son temps et sa vie publique est un succès des plus rares et des plus complets !!! Ce cas n’est ni théorique ni hypothétique.

Devons-nous, par exemple, nous attarder sur les violences et les abus contre sa population dont une personne s’est rendue coupable ou la juger sur le dessein et les intentions qu’elle a pour l’affranchir et lui assurer un meilleur futur et de meilleures conditions de vie ? Devons-nous centrer l’évaluation d’une décision politique sur ses effets secondaires immédiats ou sur ses objectifs de long terme qui peuvent ne jamais se matérialiser et comment devons-nous évaluer l’opportunité et/ou la légitimité d’une personne ou d’un groupe de personnes de vouloir faire valoir son expertise, ses opinions ou ses convictions sur les autre ?

Le mensonge et la manipulation, toujours les mêmes !

L’histoire nous renseigne sur le rapport opinions, promesses, projets politiques et leurs effets dans la vie réelle. Le mensonge et la manipulation par le maintien des populations dans l’ignorance et son corolaire la peur justifient les guerres qui sont faites pour des raisons autres que celles déclarées et des politiques sectaires, de classe et souvent racistes. En Amérique, l’esclavagisme tombe comme un des effets d’une guerre économique et on dit qu’elle a été faite pour libérer les esclaves alors que ses motivations furent essentiellement économiques. L’abolition de l’esclavagisme est célébré comme marque des valeurs morales, démocratiques et humaines de la société américaine. Le fait est que l’Europe entière y compris l’Angleterre avait aboli l’esclavagisme longtemps avant et que l’Amérique fut la dernière à le faire. Un siècle après cette abolition, et visiblement, la société américaine n’a pas encore bien assumé ses conséquences logiques. Elle continue de ne pas pouvoir traiter les anciens esclaves comme les égaux des blancs ni à leur faire confiance.

Les causes et les motivations justifiant le colonialisme, l’invasion et la création des pays ainsi que le retrait des armées d’un champs de guerre, l’imposition de sanctions politiques ou économiques à d’autres ne sont jamais celles déclarées. Autrement, quel rôle civilisateur devait avoir le colonialisme au Maroc ou en Égypte? Pourquoi l’armée israélienne s’est-elle retirée et mis fin à sa dernière campagne militaire à Gaza ? Comment peut-on distribuer la légitimité sur des mouvements dits séparatistes en Syrie et dans d’autres régions du monde et en priver ceux de Crimée et de l’Est de l’Ukraine ? Pourquoi les sanctions économiques imposées à la Russie n’incluent pas l’export des voitures allemandes et japonaises et l’import du gas russe ?!

La duperie dévoilée

Que devons-nous comprendre quand dans un conflit militaire, l’ensemble des belligérants utilisent des armes sorties des mêmes usines, vendues par des courtiers tous représentant les mêmes groupes industriels et politiques et payées par des dons et des prêts prélevés des mêmes contribuables. Les mêmes sont soutenus et armés d’abord en Syrie sous des noms et des étendards qu’ont leur a donné puis combattus  quand ils devinrent EI en Irak et ailleurs, et ceux initialement combattus sont maintenant ménagés pour ne pas dire en passe d’être réhabilités. Mais faut-il en être surpris quand il n’y a pas de stratégie ? Comment peut-on vouloir faire croire qu’on agit dans pareils cas sans stratégies ? À moins qu’on ait vraiment une confiance totale dans les mécanismes de fabrication des opinions qu’on a mis en place et qu’on prenne les gens pour ce qu’on a donné mandat aux systèmes de socialisation d’en faire, à savoir, des moutons, des imbéciles, des c … , on aurait honte de le dire !

Les questions de racisme, de frontière, d’immigration, de trafic de narcotique et des humains, de prostitution, de séparatisme, de pauvreté, d’éducation, de corruption, d’inflation, de terrorisme, d’extrémisme, de guerre ne sont jamais des cas isolés que l’on peut comprendre au niveau d’un seul pays ou d’un seul continent. Leurs causes sont toujours complexes et ancrées dans l’exploitation des hommes par d’autres qui ont bâtis  des réseaux mondiaux tellement incrustés dans la politique et l’économie que les deux finissent par devenir un transcendant les États, les gouvernements, les administrations, les armées et les dispositifs de sécurité nationaux et internationaux.

L’Europe existe-t-elle encore ? Qui s’aventurerait à le défendre et prétendre qu’il est sain d’esprit ou qu’on le prenne au sérieux ? Les États qui la créèrent ont-ils encore le pouvoir de la définir, de prendre les décisions qui l’engagent et la désengagent, savent-ils encore qui la dirige et comment elle est dirigée ? Qu’elle en est le contenu pour pouvoir l’évaluer et le juger le cas échéant ? Y-a-t-il encore des personnes qui comprennent l’ensemble des règlements qui la régissent et en contrôlent le processus législatif ? Le consensus est que non, l’Europe n’existe plus et les États la formant non plus. Des citoyens libres voudraient se battre pour lui rendre sa liberté et son sens mais ne savent pas contre qui le faire, ils n’arrivent pas à identifier l’ennemi. Tantôt ils l’appellent la finance, tantôt la mondialisation, tantôt le libéralisme effréné mais ils n’arrivent pas à y apposer une image claire ! Pour rendre la situation plus complexe, la chasse est ouverte pour celles et ceux qui cultivent des desseins pour l’Europe et ses États pas trop différents de ceux qui la conduisirent à ses tragédies du vingtième siècle.

Tous unis dans la même misère

Les problèmes du sans domicile fixe de New York, Paris, Londres, Casablanca, le Caire ou Calcutta ne sont pas étrangers les uns aux autres. Quelque part, ils sont tous liés à la gestion des fonds déposés en toute confiance par des citoyens et des contribuables honnêtes dans des institutions financières pas si honnête, à la manipulation de l’information et des passions, à la concurrence pour une hégémonie économique et sur des ressources naturelles, à un commerce illicite et criminel et à des mégalomanies psychologiques, ultra nationalistes, idéologiques et religieuses à l’occasion.

Conclusions et recommandation

Les causes et les motivations de ces problèmes n’ont pas de nationalité et ne reconnaissent les lois des pays dans lesquels et à partir desquels ils agissent que pour les violer et les tourner à leur profit. Alors, pour les comprendre, il faut apprendre à situer son regard le plus haut possible d’abord tel l’aigle qui survole prairie et montagne et les scrute avant de choisir la raison pour y descendre s’y nourrir et reprendre son envol sans jamais trop s’attarder trop bas ni perdre de vue l’objet de sa plongée.

L’altitude est ce qu’il faut, me confirme mon ami.

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