Déstabiliser le Maroc, un choix stratégique pour la survie du régime algérien

Mohamed Benfadil
Après des études supérieures juridiques et littéraires, au Maroc et en France, Mohamed Benfadil a succombé à l’appel du pays pour servir sa patrie par la plume. Ayant aiguisé ses armes journalistiques au quotidien Al Bayane puis à l’hebdomadaire ...

Washington- Le problème du Sahara, ce n’est un secret pour personne, doit se régler entre deux capitales, Rabat et Alger. Le Polisario, fatigué d’être instrumentalisé, de manière structurelle par le pouvoir algérien pour détourner l’attention de la misère du peuple algérien, voit ses batteries quasi-déchargées au point d’organiser pour les recharger en vue de pérenniser cette instrumentalisation, une cinquième « université d’été » de Boumerdès dite « des cadres du Polisario ».

Le Maroc doit donc rester vigilant en prenant au serieux les menaces de déstabilisation qui le visent aujourd’hui plus que jamais, tout en diversifiant ses offensives diplomatiques pour s’étendre à la socite civile algérienne. Medi 1 TV a consacré une de ses émissions spéciales à « l’implication du pouvoir algérien dans le dossier du Sahara Marocain et ses conséquences ». Les analystes politiques Mohamed Charkaoui, Mohamed Benhamou et Mostapha Tossa y étaient invités à débattre de cette question épineuse. Vu l’intérêt et l’actualité du sujet nous vous invitons pour notre part à regarder cette « émission speciale » et à en juger par vous-même.

Par ailleurs, si lesdits invités étaient unanimes à appeller à la vigilence permanente du Maroc, il n’en demeure pas moins que l’un des invités n’a pas manqué de relever dans le même temps que le pouvoir algérien, tout en faisant de la provocation de ses voisins une des pierres angulaires de sa politique étrangère dans la région, n’en sous-estime pas moins la sagesse et la maturité politiques et dilomatiques du régime marocain.

Mais de là à penser qu’une guerre entre le Maroc et l’Algérie, à cause du Shara, ne pourra éclater, il n’y a qu’un pas…que Samir Bennis, un autre spécialiste de la question, qui, lui, n’a pas pris part à cette émission, a clairement franchi dans un article déjà posté voici une paire de mois sur notre site. Soucieux de vous permettre de vous faire une idée plus complète sur la possibilité ou non d’une guerre entre les deux pays, nous reproduisons ci-après l’article en question. Il s’intitule:  » Pourquoi une guerre entre le Maroc et l’Algérie n’aura pas lieu »

Ici commence cet article:

Samir Bennis

Par Samir Bennis
 
<<New York- Alors que je lisais les nouvelles la semaine dernière, je suis tombé sur un article publié par un analyste marocain. M. Manar Slimi, auteur de l’article en question, a avancé nombre d’arguments concernant la question du « Sahara occidental » et les relations entre le Maroc et l’Algérie. Bien que j’aie beaucoup de respect pour M. Slimi au niveau personnel et que je sois souvent d’accord avec ses analyses, cette fois-ci je ne partage pas du tout ses arguments.

Parmi les questions soulevées par M. Slimi, il y en a une d’une importance capitale. Les Algériens auraient, selon lui, l’intention d’annexer le Sahara occidental, qui demeure en litige entre le Maroc et le Polisario, et de déclarer la guerre au Maroc.

Il a également fait valoir que la copie préliminaire du rapport du Secrétaire Général des Nations Unies sur le Sahara était plus émotionnelle que basée sur des faits. Et d’ajouter que celui-ci s’écarte de la mission de base de l’Organisation des Nations Unies, qui est de trouver une solution politique au conflit, qui serait, selon lui, sur la base du plan d’autonomie présenté par le Maroc au Conseil de sécurité en Avril 2007. Par ailleurs, et sans en fournir la moindre preuve, il affirme que l’Algérie a dépensé 300 milliards de dollars dans ses efforts de soutien au Polisario.

Pourquoi la guerre entre le Maroc et l’Algérie n’aura pas lieu

Plusieurs raisons militent en défaveur d’une guerre directe entre les deux pays voisins. Tout d’abord, pour des raisons géostratégiques internationales et de sécurité, aucune des puissances occidentales n’oserait laisser éclater une telle guerre. À cet égard, il faut tenir compte de l’importance stratégique de la Méditerranée et, plus particulièrement, du détroit de Gibraltar, non seulement pour l’Europe, mais aussi pour le reste du monde.

Ce détroit est, en effet, une des plus importantes voies maritimes internationales pour le transport de marchandises mondiales, telles le pétrole, le gaz et autres marchandises. Il occupe le deuxième rang au niveau mondial après le détroit de Malacca, en fonction de la densité du trafic maritime, avec plus de 100.000 navires par an. On peut simplement imaginer les effets négatifs sur l’économie mondiale d’une telle guerre à cause d’une question de portée nationale et régionale limitée.

En plus de cela, il faut aussi prendre en considération les intérêts des puissances européennes au Maroc et en Algérie. Les Européens, qui sont dépendants du pétrole algérien, ne laisseraient donc pas une telle guerre éclater entre les deux pays. Un tel scénario se traduirait par une interruption de l’approvisionnement de gaz, ce qui aurait de graves conséquences sur l’économie européenne, en plus des pertes que cette guerre causerait aux entreprises européennes établies dans les deux pays . De plus, une guerre entre le Maroc et l’Algérie serait également de nature à exacerber le problème de l’immigration clandestine subsaharienne, et l’on pourrait alors assister à une avalanche d’embarquements clandestins sur les côtes européenne.

D’autre part, l’époque où les conflits étaient résolus par la lutte armée directe entre les Etats est bel et bien révolue et l’on est, en effet, dans l’ère des guerres par procuration par le biais d’entités tierces interposées. Même si l’on admet que les Algériens sont prêts à déclarer la guerre au Maroc (ce qui conduirait à la destruction des deux pays), ils opterait probablement pour une telle guerre dite par procuration.
À cet égard, force est de constater que l’Algérie a déjà été dans ce genre de guerre contre le Maroc pendant les 40 dernières années. La seule différence est que nous assisterions, si les Algériens venaient à une escalade du conflit, à un feu vert au Polisario pour reprendre le maquis contre le Maroc. Même cette perspective me parait peu probable, dans la mesure où cela signifierait que le Polisario devrait contrevenir l’accord de cessez-le-feu entre les deux pays, signé voici plus de 20 ans, se mettant ainsi en porte-à-faux avec les résolutions onusiennes. Lesquelles préconisent une solution politique et mutuellement acceptable sur la base d’un esprit de compromis .

Le deuxième argument que M. Slimi met en avant, qui n’emporte pas mon adhésion pour des raisons objectives, est que le Secrétaire Général de l’ ONU s’écarte de son mandat de base d’aider le Maroc et le Polisario à parvenir à une solution politique au conflit, fondée sur la plan d’autonomie proposé par le Maroc .

S’il est vrai que depuis 2007 le Conseil de Sécurité a appelé les parties à négocier les conditions d’une solution politique mutuellement acceptable, il n’a jamais dit que le plan marocain d’autonomie constitue la base d’une telle solution politique au conflit du « Sahara occidental ». Cette déclaration de M. Slimi est loin de refléter la réalité. Car si tel était le cas, nous constaterions un progrès dans le processus de négociation entre les deux parties, et le Polisario serait obligé de se conformer à une solution basée sur cette proposition.

Les résolutions du Conseil de sécurité adoptées depuis 2007 qualifient le plan d’autonomie marocain de «sérieux» et «réaliste» et pourraient servir de base pour une solution politique possible. La dernière résolution adoptée par le Conseil de sécurité le 29 avril dernier ( Rés. 2152, 2014) ) a seulement pris « note de la proposition marocaine présentée le 11 Avril 2007 au Secrétaire Général et se félicite des efforts sérieux et crédibles du Maroc pour aller de l’ avant vers une résolution », pendant qu’elle prend « note également de la proposition du Front Polisario présentée le 10 avril 2007″.

Un chercheur ou analyste a la responsabilité morale de présenter aux lecteurs les faits exacts et d’éviter de l’induire en erreur, surtout quand il s’agit de questions d’une telle importance stratégique pour le pays .

Un autre argument qui n’emporte pas mon adhésion non plus, est quand l’auteur mentionne les cas du Libéria et du Soudan du Sud en tant que pays instables, pour faire valoir l’argument selon lequel l’ONU ne doit pas mettre en place un mécanisme des droits de l’homme au Sahara, puisque, contrairement aux cas avancés, le Maroc est un pays stable.

Ces deux missions (la Mission des Nations Unies au Libéria et la Mission des Nations Unies en République du Soudan du Sud ) sont parmi les missions de l’ONU qui ne prévoient pas de mécanisme de surveillance des droits de l’homme. Plutôt que d’utiliser l’argument de la stabilité par rapport à l’instabilité, il faudrait utiliser l’argument de l’absence d’un tel mécanisme au Libéria et au Soudan du Sud pour contrer l’argument de ceux qui prétendent que la MINURSO est la seule mission de l’ONU qui ne soit pas dotée d’un tel mécanisme de contrôle des droits de l’homme.

Un autre argument que je conteste est celui selon lequel le Polisario se prépare à annexer le Sahara à Algérie. Je ne sais pas sur quelle base on peut arriver à une telle conclusion, mais pour des raisons objectives un tel scénario est hautement improbable.

En effet, au cas où les Algériens s’aventureraient à annexer le Sahara, cela non seulement constituerait un casus belli avec le Maroc, mais aussi pousserait le Conseil de Sécurité à se saisir de la question. Car ce faisant, une telle action de l’Algérie menacerait l’intégrité territoriale d’un Etat membre de l’ONU, ce qui constituerait une violation de la Charte des Nations Unies. Dans ce scénario, l’Algérie serait exposé à des sanctions en vertu du chapitre VII de ladite organisation.

Besoin d’élever le débat et de trouver une solution utile

Je crois que ce genre d’arguments ne fera pas avancer la position du Maroc au niveau international, ni l’aider à convaincre l’opinion publique internationale du caractère juste de sa position. Il pourrait servir tout au plus à étancher la soif d’une certaine catégorie de lecteurs qui ne veulent entendre que des affirmations selon lesquelles tout va bien pour le Maroc et que la situation concernant le « Sahara occidental » est favorable à ses intérêts.

Ce que les Marocains ont besoin de savoir une fois pour toutes, c’est qu’il y a une proportion importante de l’opinion publique internationale qui est hostile à la position du Maroc concernant le « Sahara occidental ». La plupart des gens qui sont en faveur du Polisario ne le font pas parce qu’ils sont nécessairement convaincus de la légitimité du Polisario, mais parce que les Marocains n’ont pas fait leur travail au niveau de la société civile pour obtenir un soutien pour la position de leur pays .

Le Maroc a besoin de stratégies mettant à nu les thèses polisariennes, en vue de reconquérir le soutien de l’opinion publique internationale, et faire basculer le débat sur le conflit de la question politisée des droits humains à la nécessité de mettre fin au conflit sur la base d’un donnant-donnant équitable.

Afin d’être en mesure de trouver la bonne recette pour réaliser un progrès vers la résolution du conflit sur la base de la proposition marocaine d’autonomie, les responsables marocains devraient prendre le taureau par les cornes et admettre que, jusqu’ici, les stratégies qu’ils ont adoptées n’ont pas réussi à convaincre la communauté internationale de la pertinence de la proposition marocaine. Il ne faut pas s’endormir sur ses lauriers avec la soi-disant victoire du Maroc dans la bataille de l’inclusion des droits de l’homme dans le mandat de la MINURSO. Car le Polisario et l’Algérie reviendront à la charge dans les prochains mois.

Une fois que les responsables marocains admettront qu’ils doivent repenser leur stratégie, ils seront alors en mesure d’identifier ce qui ne va pas et prendront les mesures qui s’imposent en vue d’y remédier .

D’autre part, nous ne pouvons pas continuer à blâmer les autres. Le Secrétaire général n’est pas à blâmer pour son rapport. Son travail consiste à faire des rapports au Conseil de Sécurité sur la situation sur le terrain en se basant sur la perspective de l’équipe des Nations Unies en charge de la rédaction du rapport. En outre, la perspective de l’ONU est également influencée par celle des organisations des droits de l’homme les plus influentes, telles quHuman Rights Watch et Amnesty International, qui donnent une image sombre de la situation des droits de l’homme au Sahara occidental et au Maroc en général.

Comme M. Hassan Masiki, un ancien porte-parole d’Amnesty International aux Etats-Unis, le met en évidence dans un de ses articles: «l’incapacité » des diplomates marocains à aller au-devant des ONG s’intéressant aux droits de l’homme au Sahara occidental reste une faiblesse. Nos ambassades souffrent de l’absence de conseillers familiarisés avec les organisations des droits de l’homme, du droit international humanitaire et des organismes de la société civile à même d’expliquer le Plan d’autonomie locale pour le Sahara.

Comme indiqué par cet ancien activiste, le Maroc a besoin de stratèges et diplomates qualifiés connaissant le jargon de ces organisations et d’une « stratégie de relations publiques solide en vue de redorer son blason auprès des organismes internationaux des droits humains. «

Mettre les bonnes personnes aux bons postes et élaborer une stratégie gagnante changeront l’équation en faveur du Maroc et lui feront plus de bien que toute prophétie infondée destinée uniquement à une consommation domestique. À cet égard, la nomination de l’Ambassadeur Omar Hilal Comme Représentant permanent auprès de l’Organisation des Nations Unies à New York est un pas dans la bonne direction.>>

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