Nabyla redonne ses lettres de noblesse au patrimoine marocain

Abdellatif Zaki
Abdellatif Zaki est enseignant chercheur à l'IAV - Hassan II. Ses domaines d'intérêt sont les sciences du langage et la communication, la terminologie, la traduction et l'interprétation, l'évaluation des programmes et les sciences sociales et de ...
Nabyla redonne ses lettres de noblesse au patrimoine marocain

Rabat- Le concert de Nabyla Maan du 18 juillet 2014 fera date. Il est une étape dans la réalisation d’un projet artistique et culturel ambitieux qui trouve ses origines dans la lecture renouvelée de l’héritage complexe, divers et pluriel du patrimoine du Maroc.

Ce concert est la proposition d’une ré-écriture, d’un chantier qui doit demeurer ouvert et d’un effort de réinvention dont la scène artistique marocaine ne peut plus faire l’économie. La palette couvre l’ensemble des tons et le spectre du référentiel ne laisse aucune émotion en dehors de son étendue. 

L’écriture, nous l’artiste, est collective et participative ; nous devinons qu’elle est aussi intense. La création ne s’y distingue pas du processus dans lequel elle se matérialise. Elle n’est pas finale et porte en elle-même les termes de sa propre autocritique et les germes de sa maturation, de son évolution, voire, de sa mutation, et de son émancipation. Elle conçoit son temps et institue ses espaces en toute liberté et sans en revendiquer ni l’exclusivité ni le monopole. Elle y invite la différence et la diversité et les ouvre sur toutes les dimensions et à l’appartenance à tous. 

Le thème, qui peut être individuel à l’origine, se déroule sous l’impulsion de la contribution de chacun. Les moments de création sont particuliers et uniques. Il n’y a pas de place pour la susceptibilité, l’impact de chaque apport étant immédiat. Il n’y pas d’aparté, tout est partagé, la cohésion du travail en dépend. Les compromis ne se font jamais au dépens du résultat ni pour ménager une individualité, ils le ne peuvent pas, d’ailleurs. Les fondements de l’œuvre en souffriraient et la structure s’en ressentirait jusqu’à l’effondrement. La générosité n’est ni démesure ni outrance. 

 La théorie n’est jamais absente. Elle est constamment mise à l’épreuve de la pratique et du réel. Sans elle, le passage du débat et de la négociation académiques du thème à sa réalisation collective ne serait pas possible, les déblocages non plus. Les rôles sont dynamiques et évolutifs. Si chacun peut être formateur, coach, conducteur, auteur, soliste ou critique, ils sont tous praticiens confirmés, disciplinés et rigoureux. Dans tous les cas, l’écoute, intense à tous les moments, est associée au processus de création du sens de l’œuvre et à chaque acte de sa construction.

 Les contraintes techniques sont déplacées par l’imagination et l’intelligence et les limites physiques de la performance le sont par des prouesses que permet la mise en commun de l’expérience et du patrimoine académique, culturel et artistique de chaque membre du groupe. Aucune difficulté n’est occultée ou reportée au lendemain, l’édifice ne pouvant prendre forme et s’acquérir le profil qui en fera une invention unique avec des ajournements de l’instant. Le va et vient entre recherche, élaboration et projection est constant.

 La liberté individuelle est totale dès lors qu’elle s’exerce contre un fond d’expertise

Le répertoire est riche tant par la variété des référentiels lyriques que par la diversité du patrimoine musical dont il s’inspire. Il revisite et reprend, pour les mettre en accord, des thèmes et des sonorités, entre autres, de l’Andalousie glorieuse, des fins fonds du mysticisme marocain, du classicisme européen, de la renaissance arabe moyen orientale, du flamenco et du jazz depuis sa naissance jusqu’aux plus modernes de ses expressions.

 La liberté individuelle est totale dès lors qu’elle s’exerce contre un fond d’expertise, d’engagement collectif d’élaborer un système cohérent à partir du même matériaux, d’exigence de donner du sens au travail commun, de soutien réciproque de l’effort et de l’accompagnement mutuel dans les quêtes particulières de chacun. Ce que les autres appellent improvisation est en fait l’exercice de sa souveraineté par l’artiste qui s’en va seul, dans des sentiers secrets, explorer des provinces de sa propre création au sein de l’unicité de l’univers de l’œuvre collective. Pour individuelle qu’elle est et qu’elle doit être, l’exploration n’aura, pourtant, de signification que si les autres y font confiance, acceptent d’en faire partie, s’abstiennent de toute ingérence pouvant perturber le voyage, respectent ses itinéraires, en restent solidaires et qu’elle s’inscrit en dehors de l’excès.

 La musique s’acquitte à la perfection de sa délicate mission de transformer le verbe et de rendre la profusion des images, des métaphores, de la symbolique et des récits en notes, en harmonies et en mélodies que la voix épouse et fait sienne, d’une part, en l’amplifiant par ses souffles, ses vibrations, ses modulations et la variation et l’ampleur des gammes qu’elle sollicite et, d’autre part, en se les appropriant, les chargeant d’émotions et de sens, et en faisant corps avec tous les instruments et chacun d’eux et se fondant avec le rythme, la respiration, les battements et les anticipations de l’auditeur confirmant son plaisir et confortant ses attentes. 

 Le concert est appelé à s’affiner et à s’enrichir par d’autres expériences, l’apport de la recherche continue, par une plus grande appropriation du patrimoine, et certainement aussi, par le retour de l’information du public. Rendez-vous est pris pour d’autres gratifications …

 

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