Driss El Oumami: un artiste pas comme les autres

Mohammed Mansouri
Professeur à l'university Hassan 1er de Settat (Faculté Polydisciplinaire de Khouribga), Mohammed MANSOURI est également chercheur au Gerald H. Read Center for International and Inter-cultural Education à l'université de Kent State, dans l'Etat ...
Driss El Oumami: un artiste pas comme les autres

 

Fès- Il fut un temps ou il n’existait aucune différence entre l’artisan, l’homme de métier exécutant les besognes les plus humbles et l’artiste qui s’adonnait à l’art. C’est l’Amiénois Simon de Marmion qui en 1449 peint et dore les girouettes d’une tourelle du grand quai. Marmion fut un peintre de tableaux que la critique contemporaine à rapproché de Memling et un enlumineur de manu scripts d’une qualité somptueuse.

C’était il y a bien longtemps ! Aujourd’hui ou chacun se prétend artiste ou personne  ne se reconnait artisan, on se confie au travail anonyme de la mécanique et l’on se surprend que les objets qui en résultent, ne se mêlent plus à notre vie secrète. Il leur manque simplement de sortir de la main humaine, de conserver ce frisson indéfinissable qu’un poult vivant, soutenant la gouge ou rythmant le tracé du pinceau imprimait de façon déterminante aux choses les plus inertes. (Daniel Coutourier)

C’était cette réflexion qui vint à l’esprit de Daniel Coutourier lorsqu’il rencontrait l’œuvre si originale en la matière de Driss El Oumami à Settat en 2007. El  Oumami présentait au Festival d’Art Contemporain une œuvre peinte sur peau support unique dans le concert des autres œuvres peintes sur toile ou bois, voir contreplaqué.

Driss El Oumami est d’origine berbère. Du sud Atlasique, terre de ses ancêtres et creuset d’un Maroc racé, vernaculaire. Né en 1962 a Casablanca, aujourd’hui décorateur de plateaux de télévision, concepteur et réalisateur de maquettes pour le bâtiment, lotissements résidentiels, ports, aéroports, stands de foire, artisan si il en est c’est avec un respect presque mystique qu’il considère l’art dans ses diverses manifestations sachant que l’artiste peut faire passer un message de joie et de culture, l’aider aussi à se mieux connaitre.

Daniel Coutourier procède en disant que Driss El Oumami entrevoit en s’inspirant d’un patrimoine familial amazigh un chemin tout tracé qu’il emprunte sans retenue ni contraintes car il sait, lui qui n’appartient à aucune école ni maitre que pour respecter la tradition il ne faut pas copier, mais au contraire innover, innover sans cesse en tenant surtout compte du milieu dans lequel on est baigne ainsi que des matières employée. Alors il va créer en traduisant les besoins, les gestes de ses contemporains, en tenant compte de la façon d’appréhender les matériaux qu’il va employer. N’est ce pas créer suivant la tradition ?

L’harmonie des lignes, la richesse du matériau et le travail de la peau naturellement tannée laissent la dominance au symbole. Cette sobriété racée, noble, est précisément une qualité maitresse des œuvres de Drisse El Oumami. Si le sujet traité se veut moderne, le travail appliqué, manuel et personnel donne à l’œuvre son caractère.

Ce n’est pas être un génie qui d’avoir une avantageuse disposition de sentir, il faut encore que la pensée s’accorde avec l’excellence d’une faculté sensorielle. Alors l’homme comme le signale Léon Arnoult dans son « L’œuvre d’art son infini et son parfait » Paris 1930 dans son intelligibilité et dans l’ordre moral devint complet parce que son gout, irrésistiblement porte vers la perfection le transforme en un idéaliste passionné, lequel est généralement un artiste dont l’imagination créatrice est capable de « prendre un fragment du monde, le remanier et nous le rendre ensuite à la fois possible et parfait ».

Driss El Oumami homme, simple, aspire avant tout à la vérité, cherchant dans les procèdes techniques, la construction et l’exécution de son œuvre une beauté de la forme et une harmonie de couleurs. Il s’est acquit un style, exaltation d’une belle forme subordonné à un principe spirituel supérieur activant les éléments actifs de tout jugement et le style est peu être ce qui impressionne le plus les professionnels de l’art ou les tempéraments sensibles a la beauté de la forme !

Abderrahman Benhamza, lui aussi, voit que l’œuvre de Driss El Oumami reste unique en ce domaine. Selon Benhamza, Driss El Oumami recourt à la peau qui, de ce point de vue, reste à ses yeux le réceptacle  idéal pour son langage pictural. L’artiste s’attache à lui garder son aspect spectaculaire, de basane a la limite, préservant des configurations initiales et une géographie des formes génétiques rencontrées au cours de la préparation. Le poil qui la recouvre est parfois rasé en partie, impliqué du fait dans l’enjeu chromatique ; sa pigmentation naturelle se veut matière intégrée, qui participe à la définition des formes et a la circulation du sens.

La coloration de la peau est débitée sur le mode impressionniste, mais cela compte si peu pour l’artiste qui privilégie l’expression et le mouvement. Les tons ont un rôle complémentaire, ils dérivent de leur côté les caractéristiques d’une ambiance acquise le plus souvent a la célébration. El Oumami simplifie autant que possible ses sujets pourtant si chargés de mémoire. Ses scènes de genre, typiques, ciblent la mise en valeur d’un aspect social ancré dans le paysage marocain ; elles entretiennent un dialogue perpétuel avec les racines, mettant parfois en relief des personnages modèles, auxquels l’artiste attribue une dimension symbolique.

El Oumami veille à ajuster le contexte des représentations, par rapport au présent, n’hésitant pas de lever haut la bannière de l’identité amazighe, paradigme ethnique à  la fois intégré dans le cadre et différencié quant aux traditions. Il rehausse le rendu d’éléments plastiques par procuration tels les noyaux d’arganier, les boutons de veste, des éclats de bijouterie traditionnelle, etc. il procède à  une espèce de « montage », collant on cousant à même la peau ces éléments « récupérés », singularisant par là un art en mal d’appartenance. Des contrastes réussis et un certain sens de la profondeur en découlent, qui suscitent toute l’attention.

Le critique d’art, Abdellah Cheikh, de sa part décrit l’univers passionnant du coloriste alchimiste, Driss El Oumami comme un univers à la fois pictural et scriptural qui se présente comme un mélange harmonieux des formes et des tonalites. Cette profonde sensibilité plastique en filigrane fait de cet artiste une référence dans la peinture marocaine contemporaine.

Ses tons chromatiques chargés d’un symbolisme naturaliste font allusion a un macrocosme bien structure qui émane de la nature intérieure de l’artiste, pour mettre en abîme la dimension intrinsèque et ésotérique des figures et des couleurs : la quintessence de son vécu et de son imaginaire populaire.

 

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