Relations maroco-espagnoles: comprendre le passé pour construire l’avenir

Ismail Harakat
Ex-membre des rédactions de plusieures publications au Maroc, en France et en Espagne, Ismail est également académicien. Il est aujourd’hui enseignant chercheur et professeur aux universités canadiennes de Sherbrooke, Laval à Québec et ...
Relations maroco-espagnoles: comprendre le passé pour construire l’avenir

 

Montréal- Avant la signature du premier Traité de Paix et de Commerce entre le Maroc et l’Espagne en 1767, Sebta, Mélilia, les Iles d’Al Hoceima (Ile de la Mer, Ile de la Terre et Rocher d’Al Hoceima), en plus de Velez de la Gomera (Badis) étaient déjà occupées par l’Espagne depuis longtemps. Espagnols et Portugais avaient pris le contrôle de plusieurs localités du littoral méditerranéen et de la côte Atlantique entre la fin du XV ième et le début du XVI ième siècle et d’autres avaient été libérées par les Sultans alaouites. Et même après la signature du Traité de Paix de 1767, les présides occupés par l’Espagne ont donné lieu à bien des escarmouches entre les deux pays, à commencer par le siège de Mélilia en 1774 sous Sidi Mohammed Ben Abdallah. Après trois mois d’encerclement, l’armée du Sultan, épaulée par les Anglais et des mercenaires algériens battit en retraite. Les historiens évoquent 12 000 projectiles tombés sur la ville et une armée marocaine de 40 000 hommes puissamment armés

Revendications territoriales et voisinage conflictuel

Le Traité d’Aranjuez de 1780 sanctionnant l’échec du siège de Mélilia et en vertu duquel le Maroc a reconnu la souveraineté de l’Espagne sur la ville, constitue une base historique pour Madrid dès que le Maroc met en avant ses revendications sur les présides. Depuis, les autorités de Mélilia célèbrent en grande pompe la fin du siège de la ville. Chronologie des relations entre le Maroc et l’Espagne depuis le Traité de Paix et de Commerce de 1767.

1767 : Traité de Paix et de Commerce entre le Maroc et l’Espagne, en vertu duquel Mohammed Ben Abdallah et Charles III s’engagèrent à « maintenir durablement un état de paix par terre et par mer »

1774 : Siège de Mélilia entre le 9 décembre 1774 et le 19 mars 1775. Après trois mois d’encerclement du préside par l’armée de Sidi Mohammed Ben Abdallah, aidée par les britanniques qui avaient monnayé leur soutien contre des concessions et des mercenaires algériens, les Marocains se retirèrent sans atteindre leur objectif de récupérer la ville

1780 : Signature du Traité d’Aranjuez qui reconnait la souveraineté de l’Espagne sur Mélilia par le Maroc. Ce document a longtemps servi à Madrid pour justifier le maintien de l’occupation de Mélilia

1799 : Traité de Paix, d’Amitié, de Navigation, de Commerce et de Pêche, signé à Meknès par Moulay Slimane et Charles IV. Ce Traité met l’accent sur l’importance de la diplomatie pour régler les problèmes en suspens entre les deux pays. Les articles 35-38 soulignaient déjà un « problème de pêche au niveau des côtes canariennes-africaines »

Présence permanente en Afrique du Nord

1830-1844 : Plusieurs personnalités espagnoles expriment un « profond malaise face à l’inertie de leur pays » alors que la France étaient non seulement en train d’étendre son contrôle sur l’Algérie, mais aussi de « pacifier » le pays. Madrid commence dès lors à envisager la possibilité d’une présence permanente en Afrique du Nord. Ce regain d’intérêt pour le Maroc était qualifié au sein des cercles de pouvoir madrilènes « d’africanisme espagnol ». Certains évoquaient même sans gêne la « nécessité d’un rôle espagnol au Maroc au nom de l’image »

1859-1860 : Bataille de Tétouan appelée aussi « guerre d’Afrique » qui a couronné des années de tentatives espagnoles de justifier une campagne militaire au Maroc. Après la victoire espagnole dans un contexte de grande instabilité que connaissait le territoire conquis, l’armistice fut signé à Ouad Ras le 25 mars 1860. C’était un traité de Paix, de Commerce et de Délimitation des Frontières qui reconnaissait entre autres « le droit de l’Espagne d’exiger du Maroc la protection d’un certain nombre de sujets musulmans et juifs ». En plus d’autres articles qui s’inscrivaient purement et simplement dans la logique colonialiste

1862 : Les troupes espagnoles quittent Tétouan après le paiement par le Maroc d’un très lourd tribut qui a eu pour conséquence de ruiner le Royaume et d’accélérer la dépendance du pays vis-à-vis des puissances européennes. Montant global de la somme versée par le Maroc à la couronne espagnole : 100 millions de francs-or.

1880 : Conférence de Madrid convoquée pour discuter du droit des grandes puissances européennes à « défendre leurs intérêts au Maroc ».

1893 : Soulèvement des tribus limitrophes de Mélilia qui a coûté la vie au général Margallo, gouverneur militaire de la ville. Devant l’imminence d’une autre guerre contre l’Espagne, Hassan 1er se voit dans l’obligation de mater la rébellion.

1902 : La France propose pour la première fois le partage du Maroc avec l’Espagne en deux zones d’influence. Elle tenait à ce que le cas du Maroc soit réglé sans heurts pour que sa mainmise sur le Maghreb soit presque totale.

Respecter l’autorité du Makhzen

1904 : Suite à l’Entente cordiale signée entre la France et la Grande Bretagne, Paris décide de renoncer à ses prétentions sur l’Egypte en contrepartie du « Maroc utile », c’est-à-dire, là où se trouve l’essentiel des terres arables, soit près de 80% du territoire en excluant Rio de Oro. Autrement dit, toute la partie du pays susceptible d’intéresser les colons.

1906 : Conférence d’Algeciras, convoquée pour discuter du partage du Maroc entre la France et l’Espagne et de la « portée de l’intervention économique et financière de l’intervention de la France, de l’Espagne, de la Grande Bretagne et de l’Allemagne dans le territoire administré par le Sultan ».

1912 : Entrée en vigueur du protectorat français au Maroc suite au Traité de Fès de 1912. Quelques mois plus tard, l’ambassadeur de France et le ministre d’Etat espagnol signèrent un accord attribuant le Rif et la région de Tarfaya à l’Espagne. Le maréchal Hubert Lyautey « s’engage solennellement à respecter l’autorité du Makhzen Chérifien et les traditions musulmanes du Maroc »

1917 : D’après l’un des premiers recensements rendus publics par l’administration du protectorat français, la population marocaine dans la zone contrôlée par la France était estimée en 1917 à 5 400 000 habitants dans un territoire de 415 000 km² alors que la zone sous contrôle espagnol, on estimait la population à près de 800 000 habitants établis dans une superficie de 20 000 km²

1923 : Entrée en vigueur du statut international de Tanger, ville de toutes les convoitises bien avant l’entrée en vigueur du protectorat. Affranchie de droits de douanes, Tanger est devenue une plate-forme internationale de commerce, mais aussi une ville de prédilection pour nombre d’intellectuels à travers le monde.

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