La face cachée du système d’immigration canadien

Ismail Harakat
Ex-membre des rédactions de plusieures publications au Maroc, en France et en Espagne, Ismail est également académicien. Il est aujourd’hui enseignant chercheur et professeur aux universités canadiennes de Sherbrooke, Laval à Québec et ...
La face cachée du système d’immigration canadien

Par Ismail Harakat

Montréal- Ils sont officiellement au nombre de 120 000 et présentent la spécificité d’être passés parune rigoureuse sélection comprenant des connaissances appréciables du français, un diplôme upérieur accompagné d’une expérience consistante dans un secteur en demande, des preuves d’actifs démontrant que le ou les requérants peuvent subvenir à leurs besoins au cours des premiers mois en attendant une première ouverture sur le marché de l’emploi…Autant dire qu’on est bien loin du contexte européen ou arabe où des centaines de milliers de ressortissants gagnent durement leur vie pratiquement sans la moindre qualification mais avec une volonté de fer compensant tous les diplômes. Ils, ce sont les Marocains du Canada, en grande majorité installés dans la province francophone du Québec. Une immigration récente puisqu’elle date assez souvent du début des années 1980, période à laquelle on a commencé à prendre conscience de l’importance du Canada et plus particulièrement du Québec en tant que terre d’accueil offrant cadre de vie agréable, opportunités d’emploi, en plus d’un système de protection sociale parmi les plus avancés de la planète. Ajoutons à cela un sentiment de sécurité à nul autre pareil et une efficacité administrative qui rend tout à fait vaine une quelconque intervention pour obtenir un Les dommages collatéraux du 11 septembre 2001.

Pourtant, au-delà de cette présentation idyllique que n’auraient pas renié les services d’Immigration-Canada, se cache une amère réalité à laquelle sont confrontés des dizaines de milliers de nouveaux arrivants, et plus spécialement ceux qui sont originaires du Maghreb. Ces derniers sont effectivement ceux qui pâtissent le plus de discrimination à l’embauche parmi toutes les minorités établies au Québec et le moins qu’on puisse dire, c’est que le 11 septembre 2001 y est pour quelque chose. Une forme de méfiance a commencé à être nourrie à partir de ce triste épisode vis-à-vis de la communauté arabe et spécialement maghrébine du fait que les Marocains et les Algériens constituent un appréciable pourcentage de la communauté arabe.

A compétences égales, il y a pas mal de chances pour ne pas dire toutes les chances de voir une candidature présentée par un maghrébin écartée au profit de celle d’un québecois dit de souche. Ensuite, on va préférer le Haïtien, le Latino-américain, le Vietnamien voire le Martien avant de prendre en considération la candidature d’un maghrébin. Bien entendu, aucun responsable du service des ressources humaines ne va crier haut et fort qu’il a écarté une candidature à cause de l’origine, mais les Marocains établis dans la Belle Province sont mieux placés que quiconque pour savoir que le processus d’intégration professionnelle peut prendre des années. Et avant qu’une première opportunité se présente, que d’anciens ingénieurs on du faire le taxi, que d’anciens comptables ont du livrer la pizza, que d’anciens médecins ont du travailler dans des centres d’appel pour vendre des glaces à des esquimaux…Et ce, alors qu’Immigration-Canada et Immigration-Québec leur faisaient miroiter une réalité toute différente du temps où ils étaient toujours chez eux, tout excités à l’idée de prendre pour la première fois de leur vie ce fameux vol pour Montréal.

L’anomalie, il faut la chercher dans le manque de concertation entre les services d’immigration et les ordres professionnels. Les premiers établissent leur grille de sélection en fonction des besoins du marché de l’emploi et du nombre de postes à pourvoir dans tel ou tel secteur, mais ce sont les ordres professionnels qui délivrent l’autorisation d’exercer. Et cette dernière ne peut souvent être obtenue qu’au prix d’une mise à niveau pouvant durer des années. Autant dire que dans certains cas, les nouveaux arrivants doivent carrément reprendre leurs études depuis le début pour pouvoir pratiquer. Et l’obtention de ladite autorisation ne constitue aucunement une garantie de trouver un emploi dans votre secteur. Ça se passe par recommandation et réseautage et c’est justement ce qui fait défaut aux nouveaux arrivants.

Au bout de l’épreuve, la réussite Face aux difficultés à s’intégrer, nombreux sont ceux qui ont décidé purement et simplement de faire leur deuil professionnel et de commencer une nouvelle carrière dans le taxi ou la restauration rapide dans l’espoir que les choses iront mieux pour leurs enfants. Après tout, tant de sacrifices ont été consentis pour leur progéniture…Une génération sacrifiée dans le nouveau monde, ce n’est pas si grave…Toutefois, les choses fonctionnent souvent mieux pour les nouveaux arrivants qui décident de déposer leur baluchon ailleurs qu’au Québec. Dans le Canada anglophone, le système est sensiblement plus ouvert aux minorités ethniques et la question du facies ou de l’origine entre moins en considération. Sans parler de la souplesse des ordres professionnels qui ont moins tendance à imposer aux nouveaux arrivants des épreuves.

Le problème, c’est que la grande majorité des nouveaux arrivants marocains ne conçoit pas son avenir au Canada ailleurs qu’au Québec. C’est une sorte de blocage presque instinctif. La perspective de devoir apprendre l’anglais pratiquement depuis le début et de se sentir totalement dépaysés dans des provinces anglophones décourage de nombreux immigrants, même si, ces dernières années de plus en plus de familles franchissent le pas et s’établissent désormais En Ontario, en Alberta ou en Colombie Britannique. Un choix souvent dicté par les circonstances puisque les nouveaux arrivants finissent par acquérir la conviction que lorsque les portent se ferment quelque part, le bon sens requiert que l’on élargisse ses horizons et que l’on fasse sa vie là où une vraie opportunité se présente.

Globalement, la communauté marocaine du Canada, après des débuts difficiles, finit par s’intégrer et se frayer son bonhomme de chemin dans une société aux standards situés aux antipodes de qu’ils ont connu jusque là. Les cas de réussite sont là pour démontrer qu’avec de la volonté, tout devient possible. Fatima Houda Pépin, ancienne vice-présidente de l’Assemblée nationale du Québec, Aldo Bensadoun, patron de l’entreprise de chaussures du même nom, Souad El Mallem, représente en chef, stratégie et développement des affaires internationals pour l’Afrique du groupe Bombardier, Mohammed el Khayat, patron de la firme informatique québecoise EBR…Des célébrités qui montrent la voie et qui nous prouvent qu’à cœur vaillant,rien n’est impossible.

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